Rhâ, ça c’est du titre. Donc, la modernité (c’est-à-dire, dans le sens où le terme est employé ici, ce qu’il y a d’odieux dans le monde aujourd’hui) se caractérise, entre autres, par de nouvelles manières d’envisager la mort. (Voyez par exemple l’affaire Chantal Sébire – pour une fois, excellent débat sur France Cul’ ce matin, où Caroline Fourest est renvoyée dans les cordes par deux médecins - Emmanuel Hirsch et Sylvain Pourchet – qui savent très bien de quoi ils parlent, voir ici, à la date du 21 mars). Je suis tombé récemment, par le plus grand des hasards, sur deux textes écrits à peu près à la même période (1900-1910) qui illustrent ces changements. Le premier, n’en déplaise à l’excellent Nicolas d’Ilys, est de Léon Bloy. Rebattu ces derniers temps sur la blogosphère réactionnaire, je vous l’accorde. J’avoue le lire en diagonale, en savourant les rares morceaux de bravoure. Mais je lui reconnais une extraordinaire capacité à mettre en lumière des “signes des temps”, de petits faits qui montrent que l’on passe d’un monde à un autre. En voici un – extrait de Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne, à la date du 26 mai 1902, peu après l’éruption de la Montagne Pelée.

« Un article inconcevable intitulé : “Concours Humbert-Daurignac”, contenant un questionnaire complet sur ces escrocs, jusqu’à ce jour introuvables. Il y a 200 prix pour ceux qui répondront plus ou moins juste. C’est une invitation universelle à l’espionnage et à la délation. Mais le fin du fin, c’est la somme de 50 centimes devant accompagner l’envoi de chaque concurrent, sous peine de n’être pas admis au concours. Le total sera versé au comité national du ministère des colonies pour venir en aide aux sinistrés de la Martinique. Je n’ai jamais rien vu de plus beau. »

Tout cela me semble assez caractéristique : lorsque survenait une catastrophe, autrefois (et autrefois nous emmène assez loin, puisque le changement, l’entrée dans la modernité, dans ce domaine, remonte sans doute à l’époque moderne), on s’interrogeait sur les causes de la colère divine, à défaut on célébrait, au moins par habitude, quelques messes, on organisait quelques processions. Le moderne n’organise plus de processions, mais des tombolas. Tombeau-là. (Je viens de la trouver).

La suite demain, avec un texte de Charles Péguy.

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