Archives : les perles d’Encarta (1)
23 avril 2008
Je ressors les vieux dossiers. Par les soirs de pluie et/ou de solitude, il m’arrivait à une certaine époque d’errer sur l’encyclopédie Encarta pour m’esbaudir des aberrations et autres erreurs – commises de propos plus ou moins délibéré – qu’on peut y trouver. On s’amuse comme on peut, n’est-ce pas. Il s’agissait de la version 2003, si j’ai bonne mémoire.
Commençons par du sûr, du solide. L’OAS, quoi de mieux ? “Les réactions des partis et des syndicats de gauche face aux excès de l’OAS sont, elles aussi, durement réprimées par la police : le 8 février 1962, neuf personnes périssent écrasées par une charge policière à la station de métro Charonne.” Oui, c’est la version des partis et syndicats de gauche, que l’on nous rappelle chaque année, force documentaires et numéro spéciaux à l’appui, bravo, merci. Maintenant, la version de la police, de très loin la plus plausible compte tenu du contexte (quel intérêt pouvait bien trouver de Gaulle à faire réprimer une manifestation anti-OAS, en faveur de l’indépendance de l’Algérie, à un mois des accords d’Évian ?) : il s’agit d’un drame tout à fait regrettable, quoique, mais vraisemblablement dû à un mouvement de foule malencontreux, au pire à une mauvaise gestion de la manifestation par les forces de l’ordre, mais certainement pas à la méchanceté des CRS=SS et à la cruauté des fascistes alors au pouvoir, comme chacun sait.
À noter que l’OAS est “féroce” et “aveugle” quand elle commet des attentats. Va pour aveugle, mais je saisis mal le subtil distinguo entre le poseur de bombes “féroce” et celui qui a un cœur d’or. Sans doute est-ce un peu comme chez les Inconnus : le poseur de bombes féroce, c’est celui qui prend du plastic, un détonateur, et pouf, la petit fille n’a plus de bras. Le gentil poseur de bombes, c’est celui qui prend du plastic, un détonateur, et pouf, la petite fille n’a plus de bras. “Féroce et aveugle”, soit. Toujours est-il qu’on chercherait en vain de tels adjectifs dans les articles OLP, Brigades rouges – dont on apprendra qu’elles “mirent en place une politique d’assassinats et d’enlèvements sélectifs, visant plus particulièrement des représentants de la force publique” (ah, qu’en termes galants…) -, ETA, ou même IRA. Ah, si, le Sentier lumineux aussi est “aveugle”. Nous voilà fixés : à gauche d’Encarta, vous trouverez le Sentier lumineux.
Continuons avec les joyeux artificiers de la Fraction Armée rouge. Tout le monde se souvient de l’automne 1977. Enlèvement du chef du patronat allemand, Hans-Martin Schleyer. Assassinat de deux personnalités du monde de la justice et de la banque. Pourquoi pas. Du moment qu’ils sont prêts à assumer leurs actes devant un tribunal, hein, ça assure au moins des procès divertissants retransmis à la télé, et nous (nous, le public abêti par des siècles de capitalisme esclavagiste), c’est tout ce qu’on demande. Mais non : “au même moment, des membres du groupe participèrent au détournement d’un avion de la compagnie aérienne allemande Lufthansa pour obtenir la libération de leurs camarades” – camarades responsables des attentats évoqués ci-dessus. Devinez quoi ? Le gouvernement allemand, jamais en retard d’une initiative fascisante, a fait preuve “d’intransigeance”. L’avion détourné a été pris d’assaut, et les camarades, privés de dessert. Ce que c’est que l’intransigeance, de nos jours. Terriblement décevant. Vous lisez “intransigeance”, vous imaginez aussitôt du sang, des pendaisons à un crochet de boucher, un groupe électrogène dans un coin de la pièce (dans l’ordre que vous voulez, des goûts et des couleurs…). Même pas. Il s’agissait simplement de délivrer les passagers de l’avion, et surtout d’éviter que les terroristes aient le temps de s’amuser avec. Je t’en foutrai, moi, de l’intransigeance.
Le divertissant article “Action directe” comprend deux grandes parties, 1) De l’anarchisme… 2)… au terrorisme. Au nombre des activités relevant de l’anarchisme, et non du terrorisme, Encarta inclut de sang-froid le “mitraillage du ministère du Travail”, le “plasticage de diverses sociétés immobilières et d’informatique” et l’encyclopédiste juge même bon d’expliquer pourquoi il a procédé ainsi : “autant d’actions dans la tradition anarchiste qui visent à s’attaquer aux biens, plus qu’aux personnes”. Je vais aller mitrailler le ministère des Finances, on verra la tête du juge d’instruction quand je lui expliquerai, l’air candide : “Ah, mais non mais non, pas du tout, ce n’est pas du terrorisme. Disons plutôt que je m’inscrivais dans la tradition anarchiste en m’attaquant aux biens plus qu’aux personnes. Voyez Encarta à ce sujet.”
3 juin 2008 at 9:30
[...] juin 2008 Suite de ça. Et même justification préliminaire : je ressors les vieux dossiers. Par les soirs de pluie et/ou [...]