Interview

1 mai 2008

Tiens, à l’exemple du Bal des dégueulasses (lié dans la colonne de droite), et comme je suis affreusement jaloux de n’avoir pas été cité dans Libé, et parce que c’est les vacances, je vais faire mon autocritique - enfin, répondre au questionnaire du Monsieur qui s’intéresse à la réacosphère, dans laquelle Le Grand Charles (lié dans la colonne de droite) m’inclut avec bonté.

- Qu’avez-vous pensé de la pub Matelsom?

Rien. Peut-être parce qu’habitant en province, je ne l’ai jamais vue ; ça ne m’aurait même pas arraché un sourire de commisération.

- Qu’est-ce que la réacosphère?

Le fruit de l’activité non coordonnée de plusieurs individus qui ont jugé bon à un moment ou à un autre de faire partager ce qu’ils pensent à des lecteurs plus ou moins anonymes, qui partagent un certain nombre de points de vue sur le monde tel qu’il est, et ont un certain nombre de références culturelles en commun.

- Quels sont les thèmes dont vous débattez le plus souvent ?

La littérature, l’expatriation, l’Etat omniprésent comme mal absolu, les nouveaux bien-pensants, ceux qui ont pensé avant nous et sont dignes d’intérêt.

- Qui sont les principaux acteurs de la réacosphère ? quel est leur profil (sont-ils plutôt jeunes, plutôt pratiquants, des mordus du Net) ?

J’ai l’impression qu’ils sont plutôt jeunes, ont sans doute fait ou sont en train de faire des études supérieures, sont plus catholiques que la moyenne, avec des exceptions notables. Mordus du Net, je ne pense pas que ce soit le cas pour la majorité. Les blogs ont une interface très simple et sont à la portée du premier imbécile venu, voyez Skyblog. Personnellement je serais infoutu d’écrire un site en html. Il y a cependant dans la réacosphère, ou aux alentours, de vrais pionniers du blog comme Lorenzo, l’éminent fondateur d’Ilys.

- Pourquoi une telle activité de la part d’un petit nombre de bloggers ?

Tenir un blog pour redire ce qui écrit dans la presse quotidienne et diffusé par les radios et télévisions n’aurait pas grand intérêt. J’avoue avoir du mal à comprendre ceux qui pratiquent cet art. S’il y a une telle activité de la part d’un petit nombre de blogueurs, c’est sans doute parce qu’ils ont rarement l’occasion de rencontrer leur point de vue et leurs références dans les médias de masse et la culture subventionnée. Le Net est, d’une certaine manière, un exutoire.

- Politiquement, où vous situeriez-vous?

L’éventail semble assez divers, mais je vois mal la plupart des blogueurs de la réacosphère voter pour l’un des deux candidats arrivés au second tour de l’élection présidentielle l’année dernière. Un indice peut-être : je n’arrive pas à entendre cinq secondes d’un discours de Ségolène Royal sans être pris de pulsions meurtrières ; avec Nicolas Sarkozy, il faut attendre vingt secondes - en moyenne, hésitations et fautes de français non incluses. Voter en France, et peut-être voter tout court, n’a plus qu’un intérêt très limité pour la majorité d’entre nous, il me semble.

- Vous considérez-vous comme un lobbyiste (terme employé par Thibaud d’e-deo) ?

Je ne suis payé par personne - plût au Ciel ! J’essaie de diffuser des citations, des idées qui me semblent utiles à une meilleure compréhension du monde d’aujourd’hui, ou susceptibles d’amuser la galerie en attendant l’apocalypse (c’était la touche underground). C’est peut-être du lobbying. Je ne sais pas. Je ne crois pas.

- Estimez-vous représenter une communauté importante de lecteurs ? 

Oh, vous savez, moi, je suis un petit à côté d’autres auteurs sans doute beaucoup plus lus, et c’est bien ainsi. Disons que quand je ne poste pas régulièrement il y a 50 à 60 lecteurs par jour, et que quand je suis en verve ça virevolte entre 150 et 250 lecteurs par jour. Beaucoup moins de commentateurs, mais je ne m’attends pas à susciter un torrent de réactions enflammées en postant une citation d’Ortega y Gasset ou de Roger Nimier… Sans doute une bonne douzaine d’habitués qui passent quotidiennement ou presque via leur agrégateur (Netvibes ou autre…).

- La réacosphère pourrait-elle exister en dehors d’Internet ?

Vous voulez dire lancer un journal, un truc comme ça ? Non. Le public est sur Internet. Les gens sont accrochés via Google, au hasard d’une recherche, ou suivent un lien sur un autre blog, ils passent, repassent, et pour certains ça devient une habitude. Beaucoup de gens regardent leur petite demi-douzaine de blogs le matin au lieu de lire Libé. Je pense que leur temps est plus utilement employé de cette manière.

- Vous rencontrez-vous ?

Je suis assez réticent à l’idée de rencontrer des personnes croisées sur Internet ; cela m’est très rarement arrivé. Dans l’absolu, pourquoi pas, après tout. Des gens que je connais savent que je tiens ce blog et le lisent. Ils font leurs commentaires dans la vie réelle, ce qui est souvent plus intéressant.

- Enfin, pourquoi préférer garder l’anonymat ?

Dans certains milieux, il vaut mieux ne pas afficher trop ostentatoirement certaines idées, ce qui n’empêche pas de discuter et de dire de temps à autres ce que l’on pense.

- Quel plaisir de vous interroger.

Je vous en prie, Mademoiselle, tout le plaisir est pour moi. Laissez donc votre numéro de téléphone à ma secrétaire.

2 Responses to “Interview”

  1. Nexus Says:

    Voilà d’autres réponses toutes valables et pertinentes en regard de la nature de la “réacosphère” mais Libé n’ira pas plus loin que son article minable, hélas.

  2. Hussard_82 Says:

    “Les gens sont accrochés via Google, au hasard d’une recherche, ou suivent un lien sur un autre blog, ils passent, repassent, et pour certains ça devient une habitude.” La preuve, j’arrive sur votre blog en me rendant compte que je suis en lien -tout comme vous- sur le blog des Jeunesses Identitaires Paris et Ile de France, alors que personnellement je hais pas mal la politique.

    Bien à vous, joli blog.

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