Beaucoup de gens citent Maurras sur Internet en ce moment. Les choses sont compliquées. Il y a ceux qui pensent que la pensée de Maurras est on ne peut plus actuelle, ceux qui veulent être rebelles tout en se démarquant du vieux Maître, ceux qui stigmatisent tous ceux dont la gueule ne leur revient pas en les plaçant dans le même camp qu’un académicien épuré. Comme toujours, c’est Nimier qui a le dernier mot - d’autant plus que lui et moi sommes d’accord.

« Il lui est arrivé de raisonner en philosophe grec, aveugle et sourd aux cris de l’époque, quand ses hypothèses, maniées par des fous et transformés en vérités d’État, servaient à tuer. Pendant l’occupation, il continuait à manier ses balances, sans savoir que les poids étaient truqués et que son antisémitisme littéraire, félibre, imbécile et d’ailleurs modéré, s’appelait ailleurs Auschwitz ou Dachau. Il est grave pour un politique d’ignorer son temps. Il est vrai que si l’époque avait compris sa politique, les choses auraient peut-être connu un cours différent. »

Journées de lecture, « Charles Maurras », p. 200

14 Responses to “Pour en finir avec Maurras”

  1. Sébastien Says:

    Maurras déconnecté du pays réel, le comble.

  2. camille Says:

    Maurras, Bloy, c’est à la mode, les vieux grincheux complètement à côté de la plaque déjà en leur temps.

    allez savoir pourquoi.Il y a quelques mois, j’avais pensé m’acheter une culture en investissant dans du Léon Bloy. ça me tombe des mains tellement c’est ennuyeux et lourdingue.

    J’ai honte de le dire, mais je l’ai revendu chez Gibert, entre un marc levy offert par mamie et un douglas kennedy acheté dans un relay H.

  3. B & F Says:

    @ Camille

    Il ne faut pas trop acheter Léon Bloy. Le Désespéré, la Femme pauvre et l’Exégèse des lieux communs, ça vaut le coup. Le Désespéré y’a pas mal de morceaux de bravoure, ça se relit bien. Je vous conseille l’Exégèse des lieux communs, c’est encore ce qu’il a écrit de moins lourdingue. Les journaux, à mon humble avis on ne les lit qu’une fois (à télécharger sur Gallica pour ne pas se ruiner…), il y a quelques pépites noyées dans la boue, mais sans plus - je crois que c’est ce qu’en dit Jünger d’ailleurs, et Jünger a souvent raison.

  4. La voix dans le desert Says:

    Vrai, vous pensez que Maurras ignorait son temps ?
    Je crois qu’il a dit pas mal de bêtises, et de toutes façons c’est un rationaliste, alors en ce qui le concerne, la cause est entendue.
    Mais je ne crois pas que l’on puisse affirmer sans se tromper, que Maurras a toujours été à côté de la plaque.

  5. Juliette Says:

    Encarta aussi est d’accord avec vous :

    “Né à Martigues le 20 avril 1868 au sein d’une famille catholique et monarchiste, Maurras fut atteint de surdité irréversible en 1880.”

  6. Tang Says:

    Salut Donoso et Camille,

    Pour ma part “l’exégèse” je trouve ça un poil répétitif, mais très fertile. Je ne vais pas tarder à lire “le désespéré”.
    Cela dit je ne trouve pas que l’on puisse parler de grincheux pour Bloy, lisez donc dans “Belluaires et porchers” la chronique sur “Cheri” de Goncourt! C’ets à hurler de rire. Et plus généralement quel style dans l’éloge ou le blâme. Non vraiment je ne peux laisser dire qu’il est pesant!

    J’ai comemncé “Les épées” de Nimier, mais aussi le ” journal d’un curé de campagne” de Bernanos. Il va falloir choisir, je découvre de tte façon ces deux auteurs…

    A bientôt

  7. Polydamas Says:

    Maurras est un pur produit du XIXe, il était complètement out à la seconde Guerre Mondiale, il me semble que l’analyse sur le danger de l’Allemagne réunifiée, pour pertinente avant les deux guerres mondiales, n’est plus tout à fait d’actualité aujourd’hui. Cela ne retire rien à l’oeuvre qu’il a fondée, et au rôle qu’ils ont joué durant tout le début du siècle…

    @ Camille:
    C’est dommage, le Desespéré ou la Femme pauvre, ça vaut vraiment la peine, ils se trouvent sans peine sur le net.

  8. camille Says:

    > Polydamas :

    je sais, mais… ça m’ennuie horriblement. RIen à faire. ça me fait autant d’effet que oui-oui ou kundera (id est : soporifique puissant).

  9. karalik Says:

    Tang,

    C’est amusant, moi je commence “les enfants tristes” de Nimier, et également le “journal d’un curé de campagne” (enfin, disons que je les ai posés sur ma table de nuit). Quant à Bloy,suite à la lecture des commentaires précédents ,j’avais remis à plus tard l’idée de m’y atteler, mais évidemment votre avis favorable change tout…Ah, l’influence de la réacosphère…Puisqu’on vous dit qu’elle pratique des méthodes de secte!
    En revanche sur la foi de la “bibliothèque idéale”
    présentée par Fandenimier il y a quelques mois, j’ai essayé le “satiricon” de Pétrone. Ca m’a tellement déçu que j’ai effacé de mes fichiers cette foutue bibiothèque idéale.

  10. fandenimier Says:

    @ Karalik

    Le Satiricon ? … ça fait longtemps que je n’y ai plus jeté un oeil, c’était une découverte d’hypokhâgne, je crois. J’avais trouvé ça amusant, original. Peut-être le contraste avec les versions cicéroniennes.

    @ Tang

    Nimier et Bernanos, joli programme ! Je m’inflige actuellement les 1 300 pages des Deux étendards de Rebatet, ça commence bien, j’en parlerai peut-être ici.

  11. Tang Says:

    Bijour je n’aime pas trop écrire bourré mais j’ai trop peur de ne pas saluer Karalik que j’ai parfois vu flâner chez ILYS. Bonjour à vous…

    Finalement je suis plutôt écartelé entre le journal écclésiaste bernanosien et la Dame du Job de Vialatte qui est transportable… ;)

    C”est très bien à première vue d’ailleurs (l’un comme l’autre au reste)

    Nimier attendra, mais ne m’échappera pas (l’incipit des Epées est violentes et comme en plus un mien ami royaliste qui m’initia aux Chroniques a bossé pour le journal au dit nom bretteur… ;)

    Cela dit je revendique ma non appartenance à la réacosphère, même au 2nd degrés cela reste une étiquette…

    Cela étant posé (sur la table de chevet, si l’on veut!) je vous enoucrage (vu l’inversion mais si splendide que je ne peux que la laisser… ;) à tenter l’expédition bloyenne. “Belluaires et porchers” est très lisible et me semble bien significatif (plutôt que représentatif) du style de l’auteur. L’article sur “Cherie” de Goncourt a, je pense, fortement inspiré Vialatte pour sa chronique anti-jankélévicth (procédé délirant des parenthèses ironiques pulvérisant joyeusement une citation)

    Sur ces bonne sparoles je vais m’en vais cuver en saluant fandenimier tout en notant la référence mise en étendard du Rebatet qui m’eut assurément incendié mais pas forcément pour les bonnes raisons… (allez comprendre… ;)

    Bien à vous,
    Tanguy

  12. Restif Says:

    Les deux étendanrs c’est de loin de meilleur Rebatet. quant à Bloy… Junger en dit toujours le plus grand bien -j’avais d’ailleurs donné ici les extraits le concernant. Kafka et Borges (poue lequel “bloy est un des 3ou 4 auteurs que je relis sans cesse) et bien, c’est un pur génie. Même Jules Renard a aimé Le mendiant ingrat (le début du moins) et Jarry comme Darien sont des fous de Bloy (Marc Stephane aussi pour ceux qui connaissent. Lisez “La cité des fous”). Je pourrai r

  13. Restif Says:

    Pardon coupure)
    Donc disais-je, je pourrai allegro ma non presto rajouter une dizaine de noms de la secte des adorateurs du Mendiant ingrat. Pour ceux qui n’avalent pas, évitez l’incroyable “Journal inédit” (pas celui publié durant les années 1892 -1917 donc) qui sort, pour la première fois, à l’Age d’Homme, t.3 paru il y a peu de temps (ne pas croire les dates de l’Age d’homme, d’ailleurs, on va faire une édition complète et ce ne sera pas à l’Age d’Homme vu le retard pris avec la correspondance -par contre, Gaëlle prépare une excellente édition de la correspondance avec Montchal - le Levedier du Désespéré, ça sera quelque chose. Lisez Bollerry, les lettres de Bloy sont sublimes. Lisez aussi Pierre Glaudes ” L’oeuvre romanesque de Léon Bloy”, on a rien écrit de mieux sur la nécesité d’une profonde connaissance de la symbolique et de la mystique pour vraiment entendre Bloy qui est loin d’être un simple beuglard. Voir Lydie Parisse ” « Mystique et littérature, l’autre de Léon Bloy ».
    Le Journal inédit, c’est du Bloy non épuré, au jour le jour. On a le droit de préférer Léautaud hein ! Maisq franchement, Bloy c’est aussi : Je m’accuse (qui faisait hurler de rire Valéry et Mauriac), Les dernières colonnes de l’Eglise, Le sa,ng du pauvre Celle qui pleure et une bonne dizaine d’autre volumes. Toujours retrouver les mêmes noms et voir que les 2/3 de son œuvre restent inconnues (et jugées !!! extra ordinaire). Ah, on ne trouve qu’une partie du journal « officiel » de Bloy sur la toile –enfin la derni_re fois que j’ai regardé il n’y avait pas La porte des humbles etc.

    A part ça, grâce au paraclet Bloy ne plait pas à tout le monde. L’ancien ami d’Allais, le grand inquisiteur du Chat noir et le destructeur de « La plume » (un petit journal de l’époque fabuleux) a toujours souhaité un public extraordinairement choisi. Il trie son lectorat. Bref, c’est un de ces auteurs comme Darien ou Mirbeau dans lesquels on entre absolument ou pas. C’est parfait comme ça. Com :e disait l’autre « L’ennui naquit un jour de l’uniformité » (il n’est resté que pour ce vers… essayez de trouver sans googlez).
    Par contre, il y a des gens qui ne sont pas fous fous des Journaux. Pour Amiel, je peux comprendre, pour les Goncourt, beaucoup moins. Quand à ceux qui n’aiment pas Saint –Simon (qui certes n’est pas un « diariste mais on s’en moque) alors, rien à faire. J’ joute pour embêter quelqu’un (qui s’en tape dans les hauts neurones) que Saint Simon est meilleur que Retz.
    A part ça (ayant fait une partie de mon devoir de bloyen mandaté par l’alma mater) puisque c’est la mode de donner ses lectures : je viens de me refaire une cinquième fois Au dessous du volcan, maintenant je relis Sterne (le Shandy) –prochain programme lecture d’Hermann Broch (Les somnambules) et relecture d’Herman Broch « La mort de Virgile.
    Et puisque on est dans la semaine de Suzette où le billet d’Onc Picsou, je dirai que mon écrivain favori est T. Mann pour le Faustus (lire celui de Marlow aussi) La montagne magique, Joseph et ses frères. Les Buddembrok ; oui mais…ce n’est vraiment qu’un début. A part ça, quelqu’un ici aime –t-il Gontcharov et Bielly. La littérature Russe du siècle d’argent (surtout sa poésie mais je ne suis pas encore assez fort, très loin de là) c’est une voix d’ange consumée par la Jaggernaut révolutionnaire (voir le « Journal sous la terreur de Zinaïda Hippius, la femme de Merejkovski –ce qui est tout dire…)

    En espérant que le dieu des rats de bibliothèque à de l’humour. .

    Ps Pour Maurras : les poèmes sont pas mal dutout. Et je jugement de Rebatet dans Les décombres est la plus belle déstruction de Maurras que je connaisse. Meilleur que celle de Bernanos, c’est dire!
    Ps 2 : le latin de Petrone est génial. Presque aussi bien que Juvénal. Et puis n’oubliez pas qu’on a perdu les 2/3 du livre.

  14. fandenimier Says:

    @ Restif

    Merci pour toutes ces suggestions ! Lowry, Darien, c’est dans mes petits papiers depuis longtemps, faut que je m’y mette. Sterne j’aimerais le lire en anglais, mais à chaque fois que je m’y frotte je cale au bout d’une vingtaine de pages - alors que Fielding (je suis définitivement fan de Joseph Andrews, sacrément bidonnant), Richardson ou Defoe passent très bien, bizarre… Hermann Broch je note.

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