Monsieur,

Vous m’étiez plutôt sympathique. Vous sembliez décidé à agir, d’une certaine manière, en cohérence avec les beaux discours qu’on a pu lire dans L’Insurrection qui vient (que vous l’ayiez ou non écrit, là n’est pas la question). La chose n’est pas si fréquente, dans un pays où beaucoup délirent en public sur le pouvoir fasciste, mais se gardent bien de prendre le maquis. Aussi ai-je lu avec intérêt vos réponses aux questions du journal Le Monde. Depuis, j’hésite entre le rire et la pitié.

Car en fin de compte, Monsieur, vous n’êtes qu’un clown. Oh, inutile de vous défendre en disant que Le Monde vous a mis dans une « situation » dans laquelle vous ne souhaitiez pas vous trouver. Vous étiez parfaitement libre de ne pas répondre, au cas où les questions vous auraient paru mal posées ou impertinentes. Vous ne vous en êtes d’ailleurs pas privé, à l’occasion.

J’ai beaucoup de mal à saisir comment vous pouvez, dans un premier temps, vous scandaliser de la violence que le système exerce à votre égard, et dans un deuxième, faire l’éloge de la violence à l’encontre du « système » (vous n’employez pas ce mot, peu importe, ce qui ressort de vos réponses est bel et bien qu’il y a un système, mauvais et à abattre, dans lequel la « DST », la « police française » et les « patrons » semblent jouer les premiers rôles).

Ne soyez pas ridicule. Que vous n’aimiez pas ce « système », que vous vouliez le détruire, le remplacer, faire la révolution, je n’en sais rien, et que vous choisissiez de lutter contre lui par tous les moyens, cela, je peux tout à fait le comprendre. (De fait, je ne l’aime pas beaucoup, ce « système », même si je ne suis pas certain que pour l’instant, il mérite qu’on exerce de la violence contre lui). Mais si vous choisissez de lutter contre lui, ne vous étonnez pas qu’il cherche à vous mettre hors d’état de nuire. Et n’exagérez rien : l’État ne déploie contre vous qu’un dixième de ce qu’il a pu déployer en d’autres temps, contre l’OAS, Action directe, ou d’autres ennemis publics numéro un.

Je vous imagine en train de phosphorer : Mmmm… le scénario « attentat + revendication + arrestation + procès-spectacle » est un peu éculé. Le régime sarkozyste, peu imaginatif, s’attend à ce que je plaide coupable, afin de faire la promotion de mes « idées ». Je vais donc tenir des propos décousus pseudo-debordiens pendant plusieurs mois, on verra bien ce que ça donnera. Tout cela, je vous l’avoue, me laisse dubitatif.

Vous atteignez le sommet du comique lorsque vous prétendez que « la seule force qui soit à même de faire pièce au gang sarkozyste, son seul ennemi réel dans ce pays, c’est la rue, la rue et ses vieux penchants révolutionnaires ». Et que mentionnez-vous à l’appui ? Les trois voitures brûlées après la présidentielle de 2007 ? La grève aux Antilles ? Les occupations d’usines ? Les blocages de facultés ?

Là, on ricane franchement. Vous et vos amis refusez d’être assimilés aux « anarcho-autonomes », soit, toujours est-il que vous semblez manifester une certaine hostilité à l’État (fasciste, policier, ou tout ce que vous voudrez). Vous rejetez sans appel Besancenot et sa « grisaille soviétique à peine retouchée sur Photoshop ».

Excusez-moi, M. Coupat, mais les émeutiers de mai 2007 (ou ceux de novembre 2005), sauf erreur de ma part, réclamaient plus d’intervention de l’État, plus d’animateurs de quartiers, plus de surveillants, plus de subventions, bref, de reconnaissance. Les Antillais réclamaient une revalorisation des salaires et des prestations sociales, le tout à l’initiative de… l’État. Quand les délocalisations menacent, les ouvriers ne réclament pas l’autogestion, mais font appel à… l’État. Les étudiants bloqueurs, de l’extrême-gauche au centre-droit, réclament plus d’argent à… l’État. Et même s’ils font l’éloge de l’autonomie des universités, c’est une autonomie sous perfusion de… l’État.

Comment faites-vous pour voir dans ces différentes manifestations de violence quelque chose de positif, un signe d’espoir ? Au contraire, elles révèlent que le système fonctionne admirablement et n’est pas près de s’effondrer : quand le système ne marche pas, les mécontents demandent plus d’intervention du système ! Une assemblée générale dans une faculté, c’est un adolescent à qui papa ne donne pas assez d’argent de poche, et qui va s’enfermer dans sa chambre jusqu’à ce que maman intervienne en sa faveur. En matière d’idéal révolutionnaire, j’ai vu mieux.

L’alternative est la suivante. Soit vous n’êtes qu’un étatiste compulsif comme la France en produit par millions, auquel cas prenez gentiment votre carte au Parti socialiste, passez le concours externe de l’ENA, et laissez les caténaires tranquilles. Soit vous êtes réellement hostile à l’État, à tout ce qu’il représente, auquel cas, agissez en conséquence et cessez de cautionner les chiards de banlieue ou de la Sorbonne à qui Papa-Sarkozy n’a pas donné assez de billes. Le TGV est encore l’une des moins mauvaises réalisations de la social-démocratie française, épargnez-le, et quitte à vous livrer à des actes de violence (que la morale et moi-même réprouverions, bien évidemment), attaquez-vous plutôt aux Hôtels des Impôts, à Louis Schweitzer, ou aux Caisses de Sécurité sociale. Non ?

Profitez-bien de votre détention pour y réfléchir, au lieu de rédiger votre autobiographie pour les éditions XO. En union de prières (lol),

B & F

Sur le même sujet, on lira avec profit les commentaires plus ou moins éclairés de Blueberry, Koz, Guillermo, du Chafouin, et de bien d’autres que je n’ai pas lus.

12 Responses to “Lettre ouverte à J. C.”

  1. Nebo Says:

    Rien de neuf sous le soleil, cher ami, nos Gauchistes sont fidèles à eux-mêmes, ce qui est rassurant quant à nos postulats. Ces mecs-là, comme je le disais par ailleurs, prennent tout, mais absolument TOUT, très au sérieux et se refusent, ou ne savent pas, à faire les choses sérieusement.

    Et quand leur ennemi, l’Etat, les prend en levrette, ils pleurent comme des petites filles bien sages prêtes à rentrer dans le rang dés que l’occasion leur en sera donné et que la punition sera finie. Les branlos !

  2. beam Says:

    Oui c’est vrai, ces pauvres gauchos vont peut-être crever du ridicule.
    Ils se sont bien moqués de Maxime Brunerie et de l’inanité de la réaction nationale général contre le système et dans une certaine mesure, ils n’avaient pas tort. Mais là avec cette affaire de TGV et de discours suicidaire et lamentable, méprisant et débilitant de Coupat, c’est l’apothéose, ils ne sont plus que l’ombre d’eux mêmes.

  3. Sébastien Says:

    Je m’étonne de la facilité avec laquelle les policiers les ont arrêtés. Pour des révolutionnaires, ça la fiche un peu mal.

    Pour l’arrestation de la bande à Bonnot, il avait fallu faire intervenir l’armée (un régiment de dragons) et faire sauter la maison où ils s’étaient réfugiés à la dynamite. Grièvement blessé dans l’explosion, le chef de la bande trouve encore la force d’accueillir les assaillants à coups de révolver. Il mourra des suites de ses blessures.

    C’était une autre époque.

  4. anthropopotame Says:

    Il me semble que quand on veut faire de la prison un tremplin pour l’avenir, le titre d’ouvrage qui s’impose est “Mon Combat”.

  5. pirluit Says:

    “attaquez-vous plutôt aux Hôtels des Impôts, à Louis Schweitzer, ou aux Caisses de Sécurité sociale.”
    Attention, re-phrasez, mon ami, sinon c’est une incitation à la violence et au crime.
    Suggérez “attaquez vous à la Safrane de Louis Schweitzer, crève-z-y les pneus”.
    Je ne souhaite pas que les copains de Julien Coupat fasse de M. Schweitzer, tout aussi antipathique qu’il soit par son HALDitude, un nouveau martyr à la Georges Besse etc.
    Quant aux Hôtels de impôts, j’ai cru comprendre que c’était la chasse gardée des corses (les mêmes qui terrorisent de pauvres malgrébiens en prison, oui).
    Les caisses de sécu sont déjà prises d’assaut, de ce côté là la gabegie approche la paralysie dans certains coins.

    Sinon, je citerais volontiers Nimier (qui lui avait bien mieux le sens de la formule, mais ne portait pas de faux-col Mao amidonné et raidi), pour rebondir sur ce sérieux et cet humour-sans-amusement de M. Coupat:
    “Il faut vivre avec cette désinvolture panique, ne rien prendre au sérieux, tout au tragique.” (qui répondait à la maxime raisonnable et inverse de Thiers)

  6. Nebo Says:

    De toute façon Brunerie & co, ça ne vaut guère mieux. Tout ce beau monde (quand il s’agit de tenir debout devant le système) devient platement comique. C’est d’un ridicule.

  7. fandenimier Says:

    Ah zut, l’ont libéré.

  8. paul Says:

    ce dernier commentaire vaut tout l’article ! J’avais moi même une certaine sympathie pour JC avant de lire sa profession de foi

  9. PAKA Says:

    Il me semble que ça chiale bien ici, alors que tout le peuple français est POUR JULIEN COUPAT …

  10. evariste Says:

    Quelque-chose que l’on ne sait pas, c’est l’état moral et mental de Julien Coupat après 6 mois de prison.
    Nul ne sait s’il n’a pas pété les plombs, atteint de paranoïa ou mégalomanie durant cette période.
    La procédure antiterroriste, il faut se la farcir. Pour te faire péter un cable (pas un caténaire je précise), à mon avis il n’y a pas mieux. Alors c’est vrai que cet interview a des aspects déplaisant tant dans la forme que dans le fond, mais cet aspect “prétentieux”, “narcissique” ou “manichéiste” sont peut-être le symptôme d’une réelle détresse psychique après 6 mois passés dans les geôles sous une procédure “antiterroriste”. C’est un élément à prendre en compte.


  11. JC …. Avec des initiales pareilles, pas étonnant qu’il se prenne pour le messie


  12. L’interview de JC au Monde n’apporte rien sur le personnage que l’on ne savait déjà. Elle est parfaitement cohérente avec ses actes et ses propos antérieurs, ainsi que ceux des ses soutiens.

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