Lecteurs bien-aimés, j’ai l’impression que la France a franchi un palier (un de plus). Peu après être rentré (neuf mois d’absence tout de même, et Dieu sait si la connerie ambiante a eu le temps de faire plus de victimes que la grippe porcine), prenant mon courage à deux mains, j’ai décidé de m’intéresser de nouveau à l’actualité de notre belle patrie. Hélas, comme mes condisciples et moi-même le disions fort poétiquement, il y a quelques années : “Ah bah putain, c’est pas branlé pour nos gueules”.

Un bébé congelé neuf mois un jour après avoir été conçu vaut deux ans huit mois de prison, si j’ai bien calculé, mais ce n’est pas le plus inquiétant. Après tout, depuis trente-cinq ans déjà (joyeux anniversaire Simone !), un bébé congelé huit mois vingt-neuf jours après avoir été conçu ne vaut rien, et Nelson Mandela ne semble pas s’en être inquiété.

S’agissant de la burqa (seize points au Scrabble, mot en “Q” sans “U”, à retenir), les bras m’en tombent. Je ne vais pas développer de réflexion pète-couilles, pas le temps, quelques rappels cependant :

- Chacun s’habille comme il le souhaite chez soi et dans l’espace public. En parlant d’interdire la burqa dans la rue, les limites du grotesque étaient déjà allègrement franchies, mais je crois avoir entendu un doux illuminé proposer qu’on interdise la vente de burqa sur le territoire français. Et les machines à coudre ! N’oubliez pas les machines à coudre ! Et le tissu noir !

- L’usage, dans les pays occidentaux, est de s’adresser à ses interlocuteurs à visage découvert, sauf bal masqué. La guichetière de la Poste, la caissière de Super U ou l’agent de police ont le droit d’exiger de Mme Allaoui qu’elle se décapuchonne, lorsqu’ils doivent entrer en interaction verbale avec elle. Sur les bancs d’une faculté ou d’une classe de collège (sauf s’il s’agit d’un collège musulman, bien entendu…), au tribunal (sauf s’il s’agit d’un tribunal musulman, comme à Mayotte – oui, au train où vont les choses, la métropole risque de se mayottiser avant que Mayotte ne se métropolise…), sur un passeport, même topo.

- Celui qui possède les droits d’usage sur un espace donné y fait respecter les règles de son choix, dans les limites très souples fixées par la législation en vigueur. Mme Michu, boulangère, a parfaitement le droit de refuser de servir Mme Allaoui si cette dernière refuse de se découvrir. M. Durand, chef d’entreprise, a parfaitement le droit de refuser d’embaucher Mlle Benarba si celle-ci refuse de se découvrir.

Encore un ballon de côtes, Marcel. Le cerveau d’une personnalité politique française standard est doté d’une étrange anomalie : une connexion directe entre la partie du cerveau qui pose les questions (même philosophiques ou culinaires), et celle qui prend les décisions. Conclusion : ce pays sera heureux le jour où les personnalités politiques évoquées ci-dessus arrêteront de se poser des questions stupides du genre : “une femme en burqa est-elle épanouie ?”, “comment donner une mentalité démocratique aux musulmans de France ?”, “comment faire diminuer le chômage chez les immigrés ?”, etc., etc., ad libitum…

Je me répète, mais après neuf mois de jeunes filles à forte teneur en mélanine, White is beautiful.

5 Responses to “La burqa et le principe de subsidiarité”


  1. Oui, les white, ‘faut en profiter ; dans quelques décennies il n’en restera plus des masses.

    Blague à part, oui, on peut très raisonnablement se demander si cette affaire de burqa ne revient pas à occuper bêtement l’espace médiatique. Pour ma part, je n’ai jamais vu de burqa de ma vie.

  2. h16 Says:

    La burqa, c’est comme le jeu de chaises musicales du “nouveau” gouvernement. Ça occupe les pisse-copies. Ca donne un petit sujet polémiques pour les blogs. Ca ne fait pas avancer le chmilblick.

    Pendant ce temps, les shadocks pompaient.

  3. fandenimier Says:

    @ Fors l’honneur

    Ma foi, si vous vivez à la campagne, c’est possible, mais en ville il est difficile d’y échapper.

    @ H 16

    Oui, d’ailleurs les multiples “affaires du voile” avaient suscité les mêmes torrents d’encre en des temps où ils auraient pu se déverser sur d’autres questions.

  4. Robert Marchenoir Says:

    Baroque ? Vous m’avez l’air un peu fatigué, là.

    La guichetière de la poste “a le droit” de demander à Madame Machinchose de se décapuchonner ? Mais Madame Machinchose a le droit de l’envoyer se faire foutre… et si elle ne l’a pas, elle le prendra, croyez-moi !

    Comme ça s’est déjà passé chez l’un de nos voisins que je suis, moi aussi, trop fatigué pour rechercher (Belgique ? Pays-Bas ? Danemark ? enfin, dans cette direction, quoi) : une bâchée prend le bus, le chauffeur lui demande de se découvrir pour qu’il puisse vérifier la photo sur son abonnement, la musulmane enclenche la manoeuvre n°1 du manuel (hurler au racisme), le chauffeur tient bon et la plante sur le trottoir, et que croyez-vous qu’il arriva ?

    C’est évidemment le chauffeur qui s’est fait engueuler par sa compagnie, et celle-ci qui a modifié le règlement pour ne pas offenser la délicate sensibilité de nos hôtes et leur si riche culture.

    Même topo pour les tribunaux : des juges européens ont déjà dû se battre avec des avocates voilées qui refusaient d’enlever la toile de tente.

    Où avez-vous vu que “celui qui possède les droits d’usage sur un espace donné y fait respecter les règles de son choix” ? Comme Fanny Truchelut, qui a refusé d’accueillir une voilée dans son gîte rural parce qu’elle refusait de se dévoiler, et qui a éte condamnée pour discrimination après avoir étiquetée comme d’esstrême-droâ ?

    Où avez-vous vu que “M. Durand, chef d’entreprise, a parfaitement le droit de refuser d’embaucher Mlle Benarba si celle-ci refuse de se découvrir” ? C’est au contraire une discrimination caractérisée en raison de la religion, qui tombe parfaitement sous le coup de la loi. Et si quelque jurisprudence ou argutie juridique permet encore à M. Durand d’exercer son libre arbitre en la matière (ce que j’ignore), ce n’est qu’une question de temps, soyez-en sûr, avant qu’une provocation délibérée ne fasse reculer ce droit.

    En Angleterre, un salon de coiffure branché a été condamné pour avoir refusé d’embaucher une femme qui voulait garder son voile.

    Ce n’est pas pour dire que l’interdiction de la burqa règlerait le problème de l’islamisation, hein. Elle pourrait même avoir l’effet pervers de légitimer le simple voile, par contraste…

    Mais le problème de la burqa est le même que celui du voile. On a dit non de manière ferme pour l’école, et du coup les musulmans se sont écrasés, on ne les entend plus. Parallèlement, les profs n’ont plus besoin de se dire qu’ils ont “le droit” de demander à une élève de se dévoiler : d’abord parce que c’était loin d’être sûr, et ensuite parce que “le droit”, les musulmans, quand il leur est contraire, ils se torchent avec…

    Ca n’empêche pas les fatwas… Mais ça bloque un moment l’avance ennemie sur l’un des fronts…

  5. fandenimier Says:

    @ Robert Marchenoir

    Bien d’accord avec vous, je ne parlais pas des choses telles qu’elles sont, mais plutôt telles qu’elles devraient être à mon sens.

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