Hayek Week – 1

26 octobre 2009

Sans raison particulière, je décrète une “semaine Hayek”.

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« L’emploi de la raison vise au contrôle et à la prévisibilité. Mais le processus qui permet d’ouvrir de nouveaux domaines à la raison repose sur la liberté et l’imprévisibilité de l’action humaine [...] On ne peut guère douter que l’homme doive certains de ses succès majeurs dans le passé au fait qu’il n’ait pas été capable à l’époque de contrôler et diriger la vie sociale. Dans le futur il se pourrait bien que la poursuite du progrès lui commande de renoncer délibérément à exercer certains des pouvoirs qui sont aujourd’hui à sa portée. »

Friedrich Hayek, La Route de la servitude, ch. II

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Dans La Route de la servitude (The Road to Serfdom), Hayek critique avant tout le planisme, qui a de nos jours à peu près disparu sous sa forme pure (subventions directes à certains secteurs de l’économie, nationalisations ciblées…). Rappelons tout de même que la France était dotée jusqu’en 2006 d’un Commissariat général au Plan, qui certes n’élaborait pas des plans quinquennaux aussi précis que ceux de la regrettée Union soviétique, mais fixait néanmoins de grandes orientations sur des périodes données, avec des objectifs de production, des normes de prix, de salaires, etc. – hé oui ! Ce plan, à chaque fois, bien évidemment, était contredit par des événements imprévus – Guerre d’Algérie pour le IIIe Plan, choc pétrolier de 1973 pour le VIe Plan.

Le VIIe Plan (1976-1980), censé adapter l’industrie à la concurrence mondiale, concorde avec l’une des pires périodes de désindustrialisation qu’ait connu la France (textile, sidérurgie). Le VIIIe Plan (1981-1985) prévoit la mise en œuvre d’une politique de l’emploi (ce qui, à l’époque, ne faisait pas encore rire) : entre le 3e trimestre 1981 et le 3e trimestre 1985, on passe d’1,525 M à 2,262 M de chômeurs, ce qui nous fait en moyenne… oui, 50 000 chômeurs de plus par trimestre  [voyez à ce sujet le site de l'INSEE].

En 1993, la droite a compris que l’appellation “Commissariat au Plan” faisait un peu tache après la chute du mur de Berlin, et a laissé la chose tourner en eau de boudin pendant quelques années ; elle a fini par la supprimer en 2006, mais rassurez-vous, depuis, le même système continue, sous des formes différentes (contrats de Plan État-régions, etc.), dans tous les domaines (économie, aménagement du territoire, et même éducation). On ne prévoit plus des millions de tonnes d’acier, mais des centaines de milliers de collégiens formés aux outils informatiques, par des enseignants qui la plupart du temps en savent moins qu’eux (je me rappelle encore de ces séances d’informatique où nous échangions des messages d’un poste à l’autre par l’invite de commande MS-DOS, qui était restée un objet non identifié pour le professeur de technologie).

La mentalité planiste perdure : l’État sait mieux que nous ce qui est bon pour nous, mieux que les entrepreneurs quels choix économiques il faut faire, mieux que les professeurs et les parents d’élève ce qu’il faut enseigner aux enfants, mieux que les curés ce qu’il faut croire. Toute la classe politique en est intimement persuadée, ou du moins, se comporte comme si elle l’était. Ces derniers temps, tout le monde semble avoir trouvé parfaitement normal que les chefs d’État se retrouvent ici ou là pour discuter relance économique, réglementation bancaire et industries non polluantes.

« Dans le futur il se pourrait bien que la poursuite du progrès lui commande de renoncer délibérément à exercer certains des pouvoirs qui sont aujourd’hui à sa portée. » Quand j’ai lu pour la première fois cette phrase, il y trois ou quatre ans, je me suis dit : “Merde alors, ce mec n’est pas l’anarcho-nazi dont on m’a parlé en cours d’histoire contemporaine.” Oui, ce qui fait la force de Hayek et des thèses qu’il développe dans La Route de la servitude et plus tard, avec quelques différences, dans La Constitution de la Liberté, c’est qu’il ne raisonne pas sur le court ni même sur le moyen terme, qu’il ne fait pas de l’économie politique sarkozienne, dans laquelle l’ultime horizon est, au pire, le prochain sondage IFOP, au mieux, la prochaine élection présidentielle.

Hayek ne dit pas que partout et toujours, l’État arrive nécessairement à un moins bon résultat que le libre jeu du marché. D’ailleurs, il n’est pas exclu que le planisme, sur une période donnée, soit efficace, et même plus efficace que le libre jeu du marché. Mais ce n’est pas le problème : le problème est de savoir dans quelle société nous voulons vivre. Une société dans laquelle l’État prend des décisions que ses sujets appliquent (dans une société où la dépense publique représente 55 % du PIB, où le système de santé, le système de solidarité, le système éducatif sont quasi-totalement contrôlés par l’État – non, vous ne rêvez pas, c’est bien la société française actuelle – je crois qu’on peut dire que l’État prend des décisions que les sujets appliquent), ou dans une société où chacun, à son niveau, exerce les responsabilités qui lui reviennent.

Et où conséquemment, l’État reste à sa place, c’est-à-dire, pour aller vite : assurer l’ordre, fixer des règles générales, garantir les droits individuels. Ce qui n’exclut pas, entre autres, de fixer certaines règles pour l’établissement des contrats de travail (temps de travail, sécurité, allocations chômage…) et même de mettre en œuvre une politique de solidarité (toutes choses qu’Hayek écrit très explicitement, même s’il a défendu un libéralisme plus radical à partir des années 1970).

En conclusion partielle: ce n’est pas parce qu’un type ne parle pas à chaque ligne de la Société, de l’Homme ou de l’Humanisme, de la Générosité, de la Solidarité, de l’Amour et des Désirs d’Avenir qu’en fin de compte, ce type n’est pas celui qui prend le plus au sérieux la liberté, la responsabilité, et même (soyons fous, utilisons cette notion un peu fumeuse mais pas tant que ça) la dignité humaines. Pas dit que demain je fasse aussi long, profitez-en. Je vous laisse, les rognons et la crème crient d’impatience dans mon frigo (je n’ai qu’un armagnac Tariquet hors d’âge sous la main – un quart de mon budget alimentaire mensuel quand même – du coup j’hésite à les flamber, mais il se peut que je cède à la tentation).

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Dernière minute : on m’apprend que je suis en lien sur ce blog. Moins de dix-huit ans, passez votre chemin. Cette jeune femme n’est pas mal fichue, il faut le reconnaître : un peu plus squelettique, ce serait parfait, cf. la citation de Nimier supra. Freud a sûrement trouvé une explication aux passions pour les squelettes, si vous la connaissez, n’hésitez pas à m’en faire part.

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