Le théâtre des vanités

J’ai ébauché et vite abandonné deux ou trois projets de billets sur les spectacles dits christianophobes. Une homélie, diffusée par Le Salon Beige, m’amène à écrire finalement ces quelques lignes. J’aime beaucoup cette homélie. Des paroles comme « on blasphème [...] partout où le petit est défiguré, où le pauvre est ignoré, où l’étranger est chassé » me vont droit au cœur, et j’espère que tous les prêtres de France auraient le courage de les dire en chaire. « La révolte, la révolte authentique (celle de Jésus qui chasse les vendeurs du temple par exemple), elle ne peut jaillir que d’un amour plus grand, d’un amour qui embrase une vie, une vie toute entière. » Voilà qui est magnifique.

Mais je voudrais aller plus loin. Je ne crois pas que les deux engagements évoqués (la lutte « sociale » contre les spectacles en question et la conversion personnelle) soient complémentaires. Je ne crois pas que les manifestations devant des théâtres, ou même les soi-disant « prières de réparation », soient compatibles avec la « révolte authentique jaillie d’un amour plus grand ». Il me semble qu’il y a une opposition radicale entre des démarches qui visent à défendre le Christ (ou notre foi en Lui) devant la société, d’une part, et d’autre part notre conversion personnelle.

Je dois avouer très humblement mon ignorance : je ne sais pas ce que cela veut dire, « un seul peuple à genoux pour adorer le Christ Roi », une expression qu’emploie le prêtre auteur de l’homélie. Je ne comprends pas. Cela ne m’intéresse pas, et, plus grave, j’ai bien peur que le Christ ne s’y intéresse pas non plus. Je ne vois pas bien le rapport avec la conversion du cœur – la seule chose qui intéresse le Christ. On ne convertit pas une société, on ne convertit pas un peuple. Il n’y a jamais eu de société chrétienne au sens spirituel du terme, même si au sens historique, ou sociologique, il y a sans doute du sens à parler de sociétés chrétiennes à des époques et dans des endroits donnés. Le Christ ne s’adresse pas aux peuples, aux sociétés ou aux nations en tant que tels. Il s’adresse à chaque homme – le groupe social peut être, au mieux, un intermédiaire, un cadre pour la rencontre entre le Christ et une personne donnée.

Il n’y a pas d’autre moyen de faire aimer le nom du Christ que de se convertir personnellement. Tout le reste est vanité. Marches aux flambeaux, manifestations, toutes pacifiques qu’elles soient, prières de réparation, tout cela est vanité. Nous n’avons rien à exiger, rien à réclamer, rien à faire respecter, et rien à réparer sinon le mal que nous causons tous personnellement chaque jour que Dieu fait – ce chantier est assez vaste pour que nous ne dépensions pas en vain nos forces sur d’autres chantiers plus confortables, quoi qu’en disent ceux qui vomissent les tièdes sans se demander ce qu’est au juste la tiédeur que vomit Dieu.

Si ces spectacles sont nuls artistiquement parlant, il n’y a rien à en dire. S’ils valent quelque chose, entamons un dialogue constructif. Dans un cas comme dans l’autre, je ne vois pas ce que viennent faire flambeaux, pancartes, prières publiques et indignations.

(Et j’en profite – parce que ça me démange – pour envoyer au diable la France chrétienne, qu’on la fantasme au passé ou qu’on la rêve au futur. La France n’a jamais été chrétienne au sens spirituel du terme, elle n’a jamais appartenu au Christ, elle n’a jamais été « du Christ » et ne le sera jamais. « Le religieux véritable ne s’épuise pas dans sa fonction de cohésion pour le groupe social » (Claude Geffré). N’ayons pas peur. Essayons, pour voir.)

18 réflexions sur “Le théâtre des vanités

  1. En fait, l’argument d’une « société chrétienne », de la « France chrétienne », il est à mon sens à prendre comme un argument politique qui justifie un pouvoir absolu comme étant directement tenu de Dieu, pas un argument religieux au sens strict, spirituel.

    C’est finalement le meilleur moyen, devant des sujets chrétiens, de justifier son pouvoir. Si le roi est « lieutenant de Dieu sur terre », forcément on doit lui obéir (et si je ne me trompe pas on doit pouvoir faire un parallèle avec la montée de l’absolutisme).

    Mais je crois que dans ces époques-là, les gens ne pensaient pas réellement à une société entièrement chrétienne dans son essence. Ça, c’est un discours du XIXe siècle et du XXe, dans des mouvances politiques réactionnaires recomposant une image du passé.

  2. J’aime bien votre texte.
    Ceci dit, il y a plusieurs façons de réagir aux évènements.
    Et, pour faire honte à ma tiédeur, j’aime bien les fous qui réagissent, même de façon ridicule.
    Pour rebondir sur la « France chrétienne », je crois qu’elle a existé mais en ces temps j’aurais peut-être eu tendance à passer à coté (du coté Voltaire, par exemple); la France peu-chrétienne d’aujourd’hui me va bien.

    Salut.

  3. Waouh, je ne sais pas comment tu fais ça, mais une fois de plus, j’ai trop envie de sauter à deux pieds dans le débat que ton billet pourrait initier… sur la « conversion du corps social ».

    Parce que c’est juste une question anthropologique et métaphysique qui m’a torturé l’esprit pas mal de temps, et que j’ai à peine commencé à dégrossir : dans la tradition chrétienne, quand on se pose la question de pourquoi Dieu a créé l’Homme, il n’y a pas de mystère, il y a une nécessité logique découlant de la nature même du Dieu (telle que nous l’enseigne ladite tradition), un et trine, parfaitement libre, etc … La création de l’Homme tient métaphysiquement debout. Par contre, la création DES hommes, ou de l’Homme comme multitude, là franchement c’est beaucoup plus obscure. Et ça pose un millier de questions, y compris celle que tu soulèves et qui me semble pas si simple que ça à résoudre.

    Je crois que c’est De Lubac qui a bossé un peu la question, et qu’il y a notamment une analogie entre cette approche de l’eschatologie (considérant l’Homme comme multitude appelée au salut) et les théories de l’évolution des espèces. Tu m’as donné envie de me replonger dedans.

    • Oui, c’est une question passionnante ! Il me semble qu’il faut partir du salut : le Christ sauve chaque homme, et le Christ sauve l’humanité tout entière.

      Comme déjà dit sur Twister, je crois qu’on peut reconnaître un rôle aux sociétés humaines, mais en les laissant à leur place, en se gardant autant que possible de les absolutiser avec des formules du type « fille aînée de l’Église ». La France a-t-elle un rôle dans l’économie du salut ? Oui, sans doute. La confrérie des amateurs d’authentique andouillette, aussi. Un groupe de rock et son public, aussi.

  4. Merci pour ce billet !

    Utiliser des prières publiques comme une arme dans un rapport de force, n’est ce pas faire primer le politique sur le spirituel ?
    Civitas rime avec Maurras…

    à Pneumatis : votre questionnement m’évoque le « one by one » de Newman (cf par exemple le bel article de Patrick Kéchichian

    http://bit.ly/thRPJo)

  5. Est il si vain de lutter socialement pour le règne social du Christ Roi ?
    D’autres l’ont pourtant bien fait, comme les Christeros…
    La société, peut elle se passer du Christ ? Et je généralise la question, la société, peut elle se passe de religion ?

  6. « Nous n’avons rien à exiger, rien à réclamer, rien à faire respecter, et rien à réparer sinon le mal que nous causons tous personnellement chaque jour que Dieu fait  »

    Si c’est à dire « chacun pour sa pomme de péchés », alors j’en doute. cf la prière de Fatima.
    Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime. Je vous demande pardon pour tous ceux qui ne croient pas qui n’adorent pas et qui n’espèrent pas.

    « ce chantier est assez vaste pour que nous ne dépensions pas en vain nos forces sur d’autres chantiers plus confortables »
    Certes le chantier est vaste et c’est celui de l’amour, mais pourquoi une prière de réparation bien comprise (aimer le Christ en retour des offenses qu’il subit d’où qu’elles viennent) n’y trouverait-elle pas sa place ?
    Quant au confort, c’est une tentation universelle qui peut toucher tous les protagonistes de cette affaire…

    Voilà, quelques réflexions pour nourri ce débat.

    Cdlt

    • Oui, j’y ai été un peu fort. Il y a bien entendu la communion des saints, la réversibilité des mérites et toute cette sorte de choses. Mais cela ne doit pas justifier les postures du type « camp des saints priant pour le méchant monde du dehors qui se vautre dans la luxure » auxquelles nous autres catholiques sommes fâcheusement enclins.

  7. @julien: il me semble que si  » « Nous n’avons rien à exiger, rien à réclamer, rien à faire respecter, et rien à réparer, c’est simplement en vertu de notre condition humaine. Que nous demande ou nous enseigne le Christ? D’aimer son prochain comme soi-même et de nous aimer les uns les autres comme Il nous a aimés.
    Et lorsque Pierre a voulu le « défendre », n’a -t-il pas dit: « arrière Satan? » ( pardonnez-moi de ne pas citer les versets, je manque de temps…)

  8. Voilà quelques références bibliques à méditer avant de se lancer dans un activisme de mauvais aloi…

    Défendre l’honneur du Christ ? Défendre les droits de Dieu ?
    Lutter contre le blasphème ?

    Textes bibliques :

    Le Christ a été condamné à la mort de la croix par les autorités religieuses juives en tant que blasphémateur… Cette erreur de jugement devrait nous rendre très prudents…

    « Mais Jésus gardait le silence. Le grand prêtre lui dit : « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Messie, le Fils de Dieu. » Jésus lui répond : « C’est toi qui l’as dit ; mais en tout cas, je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. » Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : « Il a blasphémé ! Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous venez d’entendre le blasphème ! Quel est votre avis ? » Ils répondirent : « Il mérite la mort. » Alors ils lui crachèrent au visage et le rouèrent de coups ; d’autres le giflèrent en disant : « Fais-nous le prophète, Messie ! Qui est-ce qui t’a frappé ? » (Matthieu 26, 63- 68)

    L’apôtre Paul était avant sa conversion un blasphémateur…

    « Je suis plein de reconnaissance pour celui qui me donne la force, Jésus Christ notre Seigneur, car il m’a fait confiance en me chargeant du ministère, moi qui autrefois ne savais que blasphémer, persécuter, insulter. Mais le Christ m’a pardonné : ce que je faisais, c’était par ignorance, car je n’avais pas la foi ; mais la grâce de notre Seigneur a été encore plus forte, avec la foi et l’amour dans le Christ Jésus. » (1 Timothée 1, 12-14)

    « Un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille. Jésus lui dit : « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée. Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père, qui mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges ? » (Matthieu 26, 52.53)

    « Jésus déclara : « Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d’ici. » (Jean 18, 36)

    « On emmenait encore avec Jésus deux autres, des malfaiteurs, pour les exécuter. Lorsqu’on fut arrivé au lieu dit : Le Crâne, ou Calvaire, on mit Jésus en croix, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » Ils partagèrent ses vêtements et les tirèrent au sort. Le peuple restait là à regarder. Les chefs ricanaient en disant : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! » Les soldats aussi se moquaient de lui. S’approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée, ils lui disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Une inscription était placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des Juifs. » (Luc 23, 32-38)

    « Jean, l’un des Douze, dit à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu’un chasser les esprits mauvais en ton nom, et nous avons voulu l’en empêcher, car il n’est pas avec nous pour te suivre. » Jésus lui répondit : « Ne l’empêchez pas : celui qui n’est pas contre vous est pour vous. » Comme le temps approchait où Jésus allait être enlevé de ce monde, il prit avec courage la route de Jérusalem. Il envoya des messagers devant lui ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue. Mais on refusa de le recevoir, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem. Devant ce refus, les disciples Jacques et Jean intervinrent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire ? » Mais Jésus se retourna et les interpella vivement. Et ils partirent pour un autre village. » (Luc 9, 49-56)

    « Aux jours d’espérance, soyez dans la joie ; aux jours d’épreuve, tenez bon ; priez avec persévérance. Partagez avec les fidèles qui sont dans le besoin, et que votre maison soit toujours accueillante. Bénissez ceux qui vous persécutent ; souhaitez leur du bien, et non pas du mal. Soyez joyeux avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent.
    Soyez bien d’accord entre vous ; n’ayez pas le goût des grandeurs, mais laissez-vous attirer par ce qui est simple. Ne vous fiez pas à votre propre jugement. Ne rendez à personne le mal pour le mal, appliquez-vous à bien agir aux yeux de tous les hommes. Autant que possible, pour ce qui dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes. Ne vous faites pas justice vous-mêmes, mes bien-aimés, mais laissez agir la colère de Dieu. Car l’Écriture dit : C’est à moi de faire justice, c’est moi qui rendrai à chacun ce qui lui revient, dit le Seigneur. Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire : ce sera comme si tu entassais sur sa tête des charbons ardents. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. » (Romains 12, 12-21)

    « Enfin, que tout le monde vive parfaitement uni, plein de sympathie, d’amour fraternel, de tendresse, de simplicité. Ne rendez pas le mal pour le mal, ni l’insulte pour l’insulte ; au contraire, appelez sur les autres la bénédiction puisque, par vocation, vous devez recevoir en héritage les bénédictions de Dieu. En effet, celui qui aime la vie et désire connaître des jours heureux, qu’il garde sa langue du mal et ses lèvres de tout mensonge ; qu’il évite le mal et pratique le bien, qu’il recherche la paix, qu’il la poursuive. Car le Seigneur regarde les justes, il écoute, attentif à leurs appels. Mais le Seigneur affronte les méchants. Et qui vous fera du mal, si vous cherchez le bien avec ardeur ? S’il vous arrivait de souffrir pour la justice, heureux seriez-vous ! Comme dit l’Écriture : N’ayez aucune crainte de ces gens-là, ne vous laissez pas troubler. » (1 Pierre 3, 8-14)

    « C’est le Seigneur, le Christ, que vous devez reconnaître dans vos cœurs comme le seul saint. Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. Ayez une conscience droite, pour faire honte à vos adversaires au moment même où ils calomnient la vie droite que vous menez dans le Christ. Car il vaudrait mieux souffrir pour avoir fait le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt que pour avoir fait le mal. » (1 Pierre 3, 15-17)

    « Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil, dent pour dent. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre.
    Et si quelqu’un veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.
    Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui.
    Donne à qui te demande ; ne te détourne pas de celui qui veut t’emprunter. Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Matthieu 5, 38-48)

    « Donc, tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi, voilà ce que dit toute l’Écriture : la Loi et les Prophètes. » (Matthieu 7, 12)

    Où se trouve l’image de Dieu ? L’image du Christ ? Dans des représentations ?

    « Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu’il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages, et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre. » Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. » (Genèse 1, 26.27)

    « Quant au sang qui vous anime vous-mêmes, j’en demanderai compte à tous les vivants et à tout homme, à chacun je demanderai compte de la vie de son frère. Celui qui verse le sang de l’homme, son sang sera versé par l’homme. Car Dieu a fait l’homme à son image. » (Genèse 9, 5.6).

    « Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : ‘Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !’ Alors les justes lui répondront : ‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu…? Tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? Tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? Tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? Tu étais nu, et nous t’avons habillé ? Tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?’
    Et le Roi leur répondra : ‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.’ » (Matthieu 25, 34-40)

    « Saul était toujours animé d’une rage meurtrière contre les disciples du Seigneur. Il alla trouver le grand prêtre et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin de faire prisonniers et de ramener à Jérusalem tous les adeptes de la Voie de Jésus, hommes et femmes, qu’il découvrirait. Comme il était en route et approchait de Damas, une lumière venant du ciel l’enveloppa soudain de sa clarté. Il tomba par terre, et il entendit une voix qui lui disait : « Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? » Il répondit : « Qui es-tu, Seigneur ? Je suis Jésus, celui que tu persécutes. Relève-toi et entre dans la ville : on te dira ce que tu dois faire. » (Actes des Apôtres 9, 1-6)

    « Dieu, personne ne l’a jamais vu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour atteint en nous sa perfection. Nous reconnaissons que nous demeurons en lui, et lui en nous, à ce qu’il nous donne part à son Esprit. Et nous qui avons vu, nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu. Et nous, nous avons reconnu et nous avons cru que l’amour de Dieu est parmi nous. Dieu est amour : celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui. Voici comment l’amour, parmi nous, atteint sa perfection : il nous donne de l’assurance pour le jour du jugement. Car ce que nous sommes dans ce monde est à l’image de ce que Jésus est lui-même. Il n’y a pas de crainte dans l’amour, l’amour parfait chasse la crainte ;car la crainte est liée au châtiment, et celui qui reste dans la crainte n’a pas atteint la perfection de l’amour. Nous aimons parce que Dieu lui-même nous a aimés le premier. Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous avons reçu de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère. » (1 Jean 4, 12-21)

    Catéchisme pour adultes des Evêques de France :

    Au chapitre premier (Dieu à l’horizon des hommes de notre temps), le Catéchisme présente les caractéristiques de l’existence chrétienne (3. Une existence transformée) :

    « La vérité du Christ est son être de Fils qui reçoit tout du Père, avant de transmettre son Esprit. A travers la croix, cette vérité apparaît comme une vérité désarmée, qui ne s’impose pas, mais qui, pour cette raison, s’adresse à notre liberté pour nous rendre libres (cf. Jn 8,32). Si la vérité chrétienne est en dernière instance une personne, elle ne peut être l’objet d’une possession. La question n’est pas de savoir si nous la possédons, mais si nous acceptons qu’elle vienne nous libérer. Le chrétien connaît donc très réellement la vérité. Mais il la connaît pour la servir. Il ne prétend pas en être le maître. Il se tient « en elle » en marchant à la suite de son Maître, sous la mouvance de l’Esprit, que celui-ci a laissé en héritage à ses disciples, pour les conduire à « la vérité tout entière » (Jn 16,13). » (n°37)

    « Les conditions actuelles de la vie chrétienne demandent de plus en plus aux chrétiens de former une Église de témoins, prêts à dire « oui » à Dieu comme Dieu, trouvant en lui le sens radical de leur vie et le préférant à tout le reste. Ils sont provoqués à faire leur la réponse de Jésus à Satan, lors de la tentation au désert: « Il est écrit: Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c’est lui seul que tu adoreras. » (Lc 4,8) Dans ce contexte, les croyants sont appelés à faire valoir sereinement la foi qui les fait vivre, en rayonnant la paix, même au-delà du déchirement, et en laissant entrevoir les horizons insoupçonnés qu’ouvre cette foi. Celle-ci est, à leurs yeux, un bien trop précieux pour qu’ils ne soient pas portés à vouloir la communiquer, non pas en empruntant les chemins trop humains de la propagande, mais plutôt en reprenant la proposition de Jésus à ses premiers disciples: « Venez et voyez. » (Jn 1,39) » (n°41)

    « Les difficultés de la foi aujourd’hui sont nombreuses. Mais il ne sert à rien de se lamenter. Il y a des obstacles qui peuvent faire avancer. Nous devons être prêts à « nous expliquer devant tous ceux qui nous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en nous (cf. 1P 3,15). La parole de saint Pierre s’adresse à chaque croyant. C’est l’Église tout entière qui a vocation missionnaire et qui est envoyée pour annoncer l’Évangile au « monde de ce temps », selon la formule de la Constitution pastorale Gaudium et spes du concile Vatican II.
    Trois défis majeurs, ou problèmes insistants, se trouvent sur la route des hommes soucieux de rencontrer et de vivre la foi: ce que l’on appelle la « sécularisation »; des peurs qui restent à dépasser; et enfin, mais il traverse tous les temps, le scandale du mal. » (n°43)

    « A cet égard, aucun temps n’a peut-être été autant que le nôtre en attente des lumières de la foi chrétienne. Car entre tous les hommes membres de la même famille humaine existe une fraternité qui demande à être vécue en acte, surtout quand il faut lutter contre ce qui menace la vie et la liberté des hommes. Cette fraternité appelle la reconnaissance de Celui qui est son fondement: le Père créateur qui nous donne son Fils comme « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6). Nous appartenons à cette humanité qui cherche sa route et qui est parfois tentée de se suffire à elle-même. Mais la foi catholique reçue des apôtres est une invitation permanente à vaincre la peur et à découvrir que Dieu est avec nous pour nous rendre libres. L’appel de Jean-Paul II au début de son pontificat: « N’ayez pas peur! Ouvrez toutes grandes vos portes au Christ! » est toujours à réentendre. » (n°45)

    « Au cours de son histoire, l’Église a déjà eu à relever d’autres défis: que l’on pense à l’ouverture aux païens des premières communautés chrétiennes, à l’évangélisation des barbares, à la découverte du Nouveau Monde, à la crise de la Réforme, à la tourmente révolutionnaire, aux grands mouvements politiques et sociaux du siècle dernier.
    Les défis d’aujourd’hui sont immenses, dans les domaines de la culture, de l’économie, de la politique, des questions nouvelles posées par le progrès accéléré des techniques, de la biologie à l’informatique. Ayant dépassé toute peur, les disciples du Christ mort et ressuscité peuvent retrouver la fierté de leur foi, dans une attitude d’humble confiance en Dieu et d’ouverture aux questions des hommes. Ils sont forts de la conviction d’être porteurs pour le monde d’un message d’espérance qu’ils ont à rendre crédible par leurs paroles et leurs comportements. » (n°46)

    A propos du blasphème :

    « Le refus de Dieu, à notre époque, prend des formes diverses, depuis l’athéisme serein ou militant jusqu’à l’indifférence. Il arrive même que, par une mystérieuse hostilité vis-à-vis de Dieu (dans laquelle le croyant peut déceler la présence de l’Adversaire), des hommes et des femmes cultivent une véritable haine du Seigneur, de tout ce qui l’évoque et de tous ceux qui l’invoquent. Littérature, presse et films nous montrent parfois ce genre de dérision et de blasphème alors que d’autres œuvres ouvrent sur le mystère de l’homme et de la vie spirituelle.
    Il est donc important d’évangéliser la culture, les milieux et les mentalités pour que la référence à Dieu y trouve sa juste place et ne soit pas systématiquement écartée. Mais ces refus, nous le savons, ont de multiples causes surestimation de la connaissance scientifique, révolte devant le scandale du mal, notamment les injustices et la souffrance des innocents, répulsion à l’égard de Dieu et de la religion rencontrés dans leurs caricatures.
    Certaines oppositions, toutefois, peuvent être plus proches d’une véritable attitude religieuse que des conformismes sans âme. N’oublions pas non plus que les saints eux-mêmes ont connu la tentation de se révolter contre le scandale de la souffrance: « Cela ne m’étonne pas, Seigneur, que vous ayez si peu d’amis, à la manière dont vous les traitez », disait sainte Thérèse d’Avila. Et le concile Vatican II, dans son Message aux pauvres, aux malades, à tous ceux qui souffrent, ose nous dire: « Le Christ n’a pas supprimé la souffrance; il n’a même pas voulu en dévoiler entièrement le mystère; il l’a prise sur lui, et c’est assez pour que nous en comprenions tout le prix. » On doit donc se garder de juger ceux qui semblent refuser Dieu. L’indifférence et l’athéisme militant doivent nous trouver lucides sur le mal, mais humbles et respectueux des personnes. Le concile Vatican II souligne en même temps ce que peut être la responsabilité des chrétiens dans la genèse de l’athéisme: « Les croyants peuvent [y] avoir une part qui n’est pas mince, dans la mesure où, par la négligence dans l’éducation de leur foi, par des présentations trompeuses de la doctrine et aussi par des défaillances de leur vie religieuse, morale et sociale, on peut dire d’eux qu’ils voilent l’authentique visage de Dieu et de la religion plus qu’ils ne le révèlent » (GS 19). » (n°548-549)

    Lettre des Evêques de France aux catholiques : « Proposer la foi dans la société actuelle » :

    « Face à la tentation du ressentiment, qui conduit à chercher et à dénoncer des responsables de cette crise, nous tenons à réaffirmer ce que le rapport sur la proposition de la foi a déjà manifesté: nous acceptons sans hésiter de nous situer, comme catholiques, dans le contexte culturel et institutionnel d’aujourd’hui, marqué notamment par l’émergence de l’individualisme et par le principe de la laïcité. Nous refusons toute nostalgie pour des époques passées où le principe d’autorité semblait s’imposer de façon indiscutable. Nous ne rêvons pas d’un impossible retour à ce que l’on appelait la chrétienté. C’est dans le contexte de la société actuelle que nous entendons mettre en œuvre la force de proposition et d’interpellation de l’Evangile, sans oublier que l’Evangile est susceptible de contester l’ordre du monde et de la société, quand cet ordre tend à devenir inhumain. Bref, nous pensons que les temps actuels ne sont pas plus défavorables à l’annonce de l’Evangile que les temps passés de notre histoire. La situation critique qui est la nôtre nous pousse au contraire à aller aux sources de notre foi et à devenir disciples et témoins du Dieu de Jésus Christ d’une façon plus décidée et plus radicale. » (Pages 20.21)

    « Nous voilà donc appelés à vérifier la nouveauté du don de Dieu, de l’intérieur même de notre foi vécue dans cette société incertaine qui est la nôtre. Nous voilà appelés à aller puiser nous-mêmes aux sources de notre foi le courage et l’espérance nécessaires pour faire face à nos responsabilités, sans crispation, ni ressentiment. Nous voilà appelés à proposer l’Evangile non pas comme un contre-projet culturel ou social, mais comme une puissance de renouvellement qui appelle les hommes, tout être humain, à une remontée aux sources de la vie. » (Page 25)

    « Quant à ce qui concerne l’importance du fait chrétien à l’intérieur de notre histoire nationale, nous devons rester vigilants. Car la foi ne peut pas être réduite à une tradition religieuse que l’on pourrait utiliser à des fins culturelles, sociales ou politiques. La tradition catholique est inséparable de l’Evangile du Christ qui l’inspire, et du peuple des croyants qui s’en réclame. En d’autres termes, nous tenons à être reconnus non seulement comme des héritiers, solidaires d’une histoire nationale et religieuse, mais aussi comme des citoyens qui prennent part à la vie actuelle de la société française, qui en respectent la laïcité constitutive et qui désirent y manifester la vitalité de leur foi. Enfin, nous avons un désir fort à exprimer: en cette fin du 20e siècle, après deux siècles d’affrontements parfois violents entre la tradition catholique et la tradition laïque, nous souhaitons que l’on parvienne à surmonter les ressentiments et les ressassements réciproques. Ne sommes-nous pas plus libres aujourd’hui pour reconnaître que beaucoup des valeurs de nos deux traditions étaient et demeurent des valeurs communes, en particulier le souci de la justice pour tous et le sens de la droiture dans les comportements personnels et sociaux? N’avons-nous pas aussi à reconnaître que, face aux fractures sociales et à la crise de transmission généralisée, nous sommes confrontés à un défi commun qui consiste à éveiller les jeunes générations à ces valeurs dont nos deux traditions sont porteuses? A chacun de nous de prendre ses responsabilités, en cherchant à ne pas réveiller des querelles anciennes, et en faisant un bon usage de la laïcité elle-même. Pour notre part, au titre de notre citoyenneté et de notre foi, nous voulons contribuer au vouloir-vivre de notre société, et y montrer activement que l’Evangile du Christ est au service de la liberté de tous les enfants de Dieu. » (Pages 28.29)

    « Pour nous, catholiques de France, qui avons été parfois habitués à occuper dans notre pays une position hégémonique ou exclusive, ce pluralisme de fait est un encouragement au dialogue et à la confrontation, spécialement sur le terrain de l’expérience religieuse et spirituelle. C’est à nous, d’abord, qu’il appartient de comprendre que l’expérience de Dieu ne s’impose jamais de l’extérieur, mais qu’elle s’enracine dans le désir religieux, dans le pressentiment du sacré qui habite chaque être humain. » (Page 30)

    « Nous ne pouvons pas nous résigner à une totale privatisation de notre foi, comme si l’expérience chrétienne devait rester enfouie dans le secret des cœurs, sans prise sur le réel du monde et de la société. Notre Eglise n’est pas une secte. Nous ne formons pas un ghetto. Nous refusons toute tentation de repliement ecclésial. Ce refus de toute marginalisation ne nous empêche pas d’être réalistes. L’Eglise catholique ne recouvre pas toute, la société française. Elle ne doit pas rêver d’obtenir une position privilégiée, plus ou moins favorisée par les pouvoirs publics. » (Page 34)

    « Cet appel à aller résolument au cœur de la foi, l’Eglise l’a entendu bien des fois au cours de son histoire. C’est même là une loi constante de la croissance de la foi. Dans les périodes critiques, c’est toujours d’un approfondissement de la foi qu’ont procédé les grandes réformes religieuses et spirituelles, les mouvements de renouveau théologique et apostolique. » (Page 39).

    « Ce contexte général nous invite à redécouvrir notre spécificité. Aussi bien du point de vue de la doctrine que du point de vue de l’éthique, le caractère propre de la foi chrétienne est de refuser toute séparation entre la cause de Dieu et celle des hommes. Prétendre cela n’est pas innover. C’est seulement aller au cœur même de la foi chrétienne, qui est tout entière centrée sur Jésus Christ, qu’elle professe comme vrai Dieu et vrai homme. De sorte qu’en étant disciples de Jésus Christ, nous n’avons pas à fuir le monde, puisque Dieu lui-même est venu en ce monde. Et, corrélativement, nous ne nous éloignons pas de Dieu en nous engageant dans le monde pour y servir les hommes, puisque la volonté du Père qui est aux cieux est que son Royaume germe au sein de notre humanité. C’est du dedans de l’expérience et de la condition humaines que nous apprenons à adhérer au Dieu de Jésus Christ et à nous fier à ce salut, à cette vie nouvelle qui nous est révélée et communiquée par Lui. A cause de cette Révélation de Dieu en l’homme Jésus, nous avons aussi à apprendre qu’entre Dieu et l’homme, il ne s’agit jamais d’un rapport de forces, mais d’un rapport de libertés, et, en dernière instance, d’une relation de confiance et d’amour. » (Page 45).

    « Si Dieu est ainsi le Dieu Sauveur, le Dieu qui se révèle comme étant intégralement et passionnément pour nous et avec nous, alors notre foi en Dieu ne peut jamais exclure l’engagement au service des hommes, surtout quand leur dignité d’enfant de Dieu est oubliée ou bafouée. Nous ne pouvons pas laisser croire qu’il nous faudrait choisir entre Dieu et les hommes, entre la foi en Dieu et le service des hommes. Tout au contraire: la foi véritable et intégrale au Dieu de Jésus Christ implique, du même mouvement, qui est celui même du Fils, l’ouverture au Père et l’amour du prochain. Mais, pour les mêmes raisons, lorsque nous nous engageons, de multiples façons, au service des hommes, nous avons la liberté de laisser apparaître et parfois de dire clairement quelles sont nos raisons d’agir ainsi, en précisant que notre raison ultime, c’est Jésus, le Seigneur qui se fait Serviteur et qui nous appelle à servir comme lui. » (Page 55)

    « Dans ce genre de débats, les arguments peuvent se retourner à l’infini. A ceux qui dénoncent le caractère dangereux et totalitaire de toute religion, d’autres répliquent, en énumérant les crimes commis au nom de la Raison livrée à elle-même. Nous ne voulons pas rester enfermés dans ce genre de débats finalement stériles. L’expérience vécue par les catholiques de France nous montre que nous n’avons pas à choisir entre les « droits de Dieu » et les « droits de l’homme ». Nous sommes disciples du Fils de Dieu fait homme pour le salut de tous, et nous savons, par expérience humaine et historique, que là où les droits réels des êtres humains sont bafoués, l’invocation de Dieu est hypocrite, et qu’inversement, là où la liberté d’adorer et de servir le Dieu Sauveur du monde n’est pas reconnue comme un droit civique, la liberté politique n’est qu’un argument de propagande. Pour sortir de ces oppositions insupportables, nous disposons de la grande affirmation du Concile Vatican II au sujet de la sacramentalité de l’Eglise, car « l’Eglise est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen Gentium, 1). » (Page 84)

    « Et comme le malheur est nu, les motifs religieux interviennent dans l’analyse des conflits qui déchirent des pays et des peuples. Il arrive que le fait religieux lui-même soit présenté comme l’origine des maux qui s’abattent sur notre terre, d’autant plus que des poussées nationalistes sont souvent liées à des formes d’intégrismes religieux. Nous ne pouvons pas mésestimer ce contexte relativement nouveau qui entremêle religion et violence, religion et entrave à la liberté. Il nous oblige encore davantage à affronter le mystère du mal, en allant aux sources de la Révélation chrétienne. » (Pages 57.58)

    « Nous devons refuser tous les systèmes manichéens qui conçoivent la création et l’histoire humaine comme le résultat d’un conflit entre des forces du Bien et des forces du Mal, et qui proposent à leurs adeptes d’échapper à ce conflit en se rangeant du côté des forces du Bien et en se prétendant indemnes de tout mal. Il est même indispensable de démasquer, s’il le faut, cette tentation manichéenne, dans telle ou telle façon de concevoir la vie chrétienne et l’Eglise. » (Pages 58.59)

    Lettre du pape Jean-Paul II aux artistes :
    « Il est vrai cependant que, dans la période des temps modernes, parallèlement à cet humanisme chrétien qui a continué à être porteur d’expressions culturelles et artistiques de valeur, s’est progressivement développée une forme d’humanisme caractérisée par l’absence de Dieu et souvent par une opposition à Lui. Ce climat a entraîné parfois une certaine séparation entre le monde de l’art et celui de la foi, tout au moins en ce sens que de nombreux artistes n’ont plus eu le même intérêt pour les thèmes religieux. Vous savez toutefois que l’Église n’a jamais cessé de nourrir une grande estime pour l’art en tant que tel. En effet, même au-delà de ses expressions les plus typiquement religieuses, l’art, quand il est authentique, a une profonde affinité avec le monde de la foi, à tel point que, même lorsque la culture s’éloigne considérablement de l’Église, il continue à constituer une sorte de pont jeté vers l’expérience religieuse. Parce qu’il est recherche de la beauté, fruit d’une imagination qui va au-delà du quotidien, l’art est, par nature, une sorte d’appel au Mystère. Même lorsqu’il scrute les plus obscures profondeurs de l’âme ou les plus bouleversants aspects du mal, l’artiste se fait en quelque sorte la voix de l’attente universelle d’une rédemption. On comprend donc pourquoi l’Église tient particulièrement au dialogue avec l’art et pourquoi elle désire que s’accomplisse, à notre époque, une nouvelle alliance avec les artistes, comme le souhaitait mon vénéré prédécesseur Paul VI dans le vibrant discours qu’il adressait aux artistes lors de la rencontre spéciale du 7 mai 1964 dans la Chapelle Sixtine. L’Église souhaite qu’une telle collaboration suscite une nouvelle «épiphanie» de la beauté en notre temps et apporte des réponses appropriées aux exigences de la communauté chrétienne. » (n°10)
    « Le Concile Vatican II a jeté les bases de relations renouvelées entre l’Église et la culture, avec des conséquences immédiates pour le monde de l’art. Il s’agit de relations marquées par l’amitié, l’ouverture et le dialogue. Dans la constitution pastorale Gaudium et spes, les Pères conciliaires ont souligné «la grande importance» de la littérature et des arts dans la vie de l’homme: «Ils s’efforcent en effet de comprendre le caractère propre de l’homme, ses problèmes, son expérience dans ses tentatives pour se connaître et se perfectionner lui-même, pour connaître et perfectionner le monde; ils s’appliquent à mieux saisir sa place dans l’histoire et dans l’univers, à mettre en lumière les misères et les joies, les besoins et les forces de l’homme, et à présenter l’esquisse d’une destinée humaine meilleure. En partant de ces bases, les Pères conciliaires ont, à la clôture des travaux, salué les artistes en leur lançant un appel en ces termes : «Ce monde dans lequel nous vivons a besoin de beauté pour ne pas sombrer dans la désespérance. La beauté, comme la vérité, c’est ce qui met la joie au cœur des hommes, c’est ce fruit précieux qui résiste à l’usure du temps, qui unit les générations et les fait communiquer dans l’admiration. C’est précisément dans cet esprit de profonde estime pour la beauté que la constitution Sacrosanctum Concilium sur la liturgie avait rappelé la longue amitié de l’Église pour l’art. Et, en parlant plus spécifiquement de l’art sacré, «sommet» de l’art religieux, ce document n’avait pas hésité à considérer comme un «noble ministère» le travail des artistes quand leurs œuvres sont capables de refléter, en quelque sorte, l’infinie beauté de Dieu et d’orienter l’esprit de tous vers Lui. Grâce aussi à leur apport, «la connaissance de Dieu se manifeste mieux, et la prédication de l’Évangile devient plus facile à saisir par l’intelligence des hommes. À la lumière de ce qui vient d’être dit, l’affirmation du P. Marie-Dominique Chenu ne nous surprend pas, lui qui considère que l’historien de la théologie ferait œuvre incomplète s’il n’accordait pas l’attention qui leur est due aux réalisations artistiques – qu’elles soient littéraires ou plastiques -, qui constituent, à leur manière, «non seulement des illustrations esthétiques, mais de véritables “lieux” théologiques. » (n°11)

  9. Chaque encerclement d’un théâtre avec prières d’expiation et je ne sais quoi ferme la porte d’une église et le chemin du Christ à 100 âmes qui étaient prêtes à y (re)venir. Un spectacle miteux sur le Christ ou son visage ou le concept de son visage ne compromet que son auteur. Des centaines de manifestants agressifs parlant au nom du Christ bafouent tous ceux qui croient et ne se tiennent pas pour des traîtres au prétexte qu’ils ne chantent pas des messes en souvenir de Léon Degrelle, du maréchal Pétain et de saint Louis. C’est exactement la même démarche que celle de ces chrétiens qui vous taxent de « fasciste » sous prétexte que vous ne parrainez pas un sans-papier

  10. Ne pas réagir aux pièces de théâtre revient à refuser la part d’ombre en nous , refuser la réalité sociale de nos comportements, le fait que notre environnement entre en nous inconsciennement, qu’on le veuille ou non.

    L’absence de discours anthropologique réaliste d’une partie de l’Eglise de France (qui commence par le refus plus ou moins explicite du péché, considéré comme une faute sociale) induit ce lâchage, cette dégénérescence terrifiante en occident et surtout en France, y compris sur le plan économique (refus d’une réelle régulation, à la fois compétente et indépendante, à l’origine de la crise).
    Rien à voir avec les affaires de Motu ou de retour arrière : l’espérance et le réalisme écclésial, je peux témoigner qu’on les trouve largement dans des pays africains, au rite zairois..

  11. Bien que cela soit peut-être un malentendu, je ne peux pas laisser passer l’occasion de te dire franchement, ce que je pense de ton billet : j’aime beaucoup ! Pour une fois, je suis d’accord (du moins je pense). Les prières de réparation mettent l’amour en balance voire balance l’amour… Cela n’interdit pas de nous poser la question de nos petits blasphèmes quotidiens. Tu cas hurler mais le message de Paray-le-Monial pourrait inviter à une petite méditation personnelle…
    Les sociétés chrétiennes ? Effectivement, on peut rire en pensant que certains s’imaginent que la notion à une once de substance. En revanche, ainsi que le relevait Pneumatis, il ne faut pas nier la dimension sociale de la foi même si son but est le salut de chacun et de tous (et non celui de la société qui n’a pas d’âme à sauver).

  12. Juste un mot: j’ai vu la pièce de Roméo Castelluci. Le coeur du sujet, c’est le mystère de la déréliction. Profonde interrogation chrétienne s’il en fût. Il est étrange qu’au nom du catholicisme, on prétende interdire de représenter le fait que le Christ « renonçant au rang qui l’égalait à Dieu, s’est dépouillé , prenant la condition d’esclave(…) s’est abaissé jusqu’à la mort… » Je crains qu’à ce train là il ne faille bientôt nous passer de l’Evangile inconstestablement blasphémateur. A quand le moment où la lecture de l’Evangile sera interrompue par la récitation du chapelet?

    • Je viens de lire votre commentaire et rapidement parce que je manque de temps, je tiens à vous dire que celui-ci me fait énormément de bien ! ( j’ai laissé d’autres commentaires sur ce blog et sur d’autres montrant que que je n’étais pas d’accord avec les « manifestants » mais vous, exprimez très bien ce que je ressens.) Merci à vous, bonne fin d’année et belle année 2012!

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