Église catholique et mariage pour tous : quel bilan ? (1) – Le regard missionnaire

Il y un an à peu près commençait ce qu’il est convenu d’appeler un "débat" sur la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe. L’Église catholique y a pris une part active, au travers de toute sorte de canaux : évêques, baptisés militants dans l’un ou l’autre camp, associations confessionnelles ou assimilées, médias confessionnels ou assimilés, etc. Catholique pratiquant, issu d’une famille de sensibilité conservatrice, engagé dans l’Église, vivant à Paris, je peux en témoigner : ce sujet a occupé une place très importante dans la vie de l’Église ces douze derniers mois. Il me semble important de le reconnaître, de ne pas escamoter cette réalité sous de faux prétextes, comme le caractère aconfessionnel des manifestations dites pour tous, ou le rôle assez restreint qu’a joué le clergé dans l’activisme anti-mariage dit pour tous – voilà, j’ai précisé "dites" et "dit" pour ne vexer personne, dorénavant je ne prendrai plus cette précaution. J’ai entendu des allusions plus ou moins directes au mariage pour tous dans à peu près la moitié des homélies dominicales que j’ai eu l’occasion d’entendre, et des appels très explicites à s’engager contre le projet de loi. Au sein de mon entourage catholique, familial comme amical, le mariage pour tous a été le sujet d’actualité no. 1 pendant un an, et a mobilisé beaucoup d’énergies.

Donc, comme je le disais, ce sujet a occupé une place très importante dans la vie de l’Église ces douze derniers mois. Il ne faut pas se le cacher. Il faut en parler, et même essayer d’en tirer des conclusions, d’identifier des pistes pour l’avenir. L’objectif de ces billets n’est pas de rejouer ou de relancer un débat qui, je crois, commence à nous taper sérieusement sur le système, à tous. Mais ces quelques mois ont été l’occasion de nombreuses découvertes ou redécouvertes : tâchons de leur donner un nom.

1. Si je peux me permettre de commencer par une chose qui m’interpelle au niveau de mon vécu : un des événements qui m’a le plus choqués au cours de ces douze mois est une homélie entendue un jour de manifestation dans une paroisse du XVIIe arrondissement de Paris. Le prêtre appelait au respect du "bon sens". Oh, je sais, on me dira qu’il avait sûrement de très bonnes intentions, qu’il ne voulait pas dire ça, que c’est plus compliqué que ça et que le "bon sens" a sa valeur, etc. Il n’empêche, quand on vient à dire des choses pareilles, c’est qu’il y a un problème, et ce fameux "bon sens" est très souvent revenu dans les nombreuses discussions que j’ai eues au sujet de mariage pour tous. Or il me semble qu’un chrétien ne devrait rien avoir à faire du "bon sens", ou plutôt si, justement, s’en méfier comme de la peste. D’une part, l’autre camp recourt au même argument : le bon sens étant la chose du monde la mieux partagée, il souffle à l’oreille d’une bonne moitié de nos concitoyens que deux hommes, deux femmes, ou un homme et une femme qui veulent vivre ensemble doivent, en droit, être traités de la même manière. Mais d’autre part, et surtout, si ce brave homme a cru bon de faire appel au "bon sens", c’est parce que dans la société française actuelle, pour des raisons historiques et sociologiques sur lesquelles je ne m’étendrai pas, il y a collusion entre conservatisme politique et social et catholicisme. Il me semble qu’il faut oser le dire, y compris au sein de l’Église, il me semble que les catholiques doivent accepter de l’entendre, et il me semble que cette collusion est un problème.

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas d’accepter béatement toute innovation, tout ce que certains présentent comme un progrès. Mais que je sache, être chrétien n’implique pas de chercher à prolonger les usages d’un passé plus ou moins idéalisé en les hypostasiant sous l’apparence de ce si commode "bon sens". Je me suis laissé dire que le Christ avait indiqué très clairement que pas mal de pratiques sociales en vogue à son époque étaient bonnes à jeter, de la réprobation liée à certaines maladies (Jean 9, 1-12), à la répudiation (Marc 10, 1-12), et j’en passe. Je ne sais pas ce que le Christ en aurait dit, mais après avoir relu les Évangiles, il me semble raisonnable de penser que s’il était tombé sur un pharisien ou un sadducéen apôtre du "bon sens", ç’aurait été un jour à "sépulcres blanchis", "engeance de vipères", renversement de tables et autres coups de fouet ès-temple.

Au cours d’une discussion informelle, j’ai entendu un autre prêtre – un de ces jeunes prêtres urbains que presque tout le monde trouve cools, qui, de fait, est assez cool dans son genre, et pour lequel j’ai beaucoup d’estime en dépit de nos divergences – me dire que la gêne ressentie face à un couple de personnes de sexe se manifestant de l’affection en public montrait bien "qu’il y avait un problème". Après tout, pourquoi pas. Mais voyons voir. Il y a un siècle, un couple de personne de sexe différent se manifestant de l’affection en public mettait tout le monde mal à l’aise. Il y a cinquante ans, deux personnes d’une couleur de peau différente s’embrassant dans la rue mettaient tout le monde mal à l’aise ; sentiment que certains d’entre nous, notamment parmi les plus âgés, ressentent encore aujourd’hui. Venons-en aux confidences : l’auteur de ces lignes, qui plaide pour que l’Église réétudie sérieusement la question de l’homosexualité et se montre plus ouverte à des unions entre personnes de même sexe, est mal à l’aise face à deux personnes de même sexe qui se manifestent de l’affection en public. Mais où est-il dit dans l’Évangile que nos gênes et nos répulsions instinctives doivent servir de socle à notre vision du monde, et de critères pour l’établissement de normes morales et juridiques ?

Plus généralement, j’ai eu l’impression, au cours de nombreuses discussions avec des catholiques impliqués à différents niveaux dans la manif pour tous et dans d’autres initiatives allant dans le même sens, qu’au fond, ce n’était pas le sort des pauvres enfants confiés à un couple de personnes du même sexe qui les inquiétait, mais le sort de leur modèle de société. (En fait, autant le dire, j’ai eu cette impression à chaque fois que j’ai eu ce genre de discussion.) Hein ? On veut nous mettre sur le même plan que ces gens-là ? Jamais ! On veut remettre en cause l’excellence de notre modèle de société ? On veut que nos enfants puissent envisager de faire d’autres choix que ceux que nous avons déjà faits pour eux ? Plutôt mourir.

(Mais où diable veut-il en venir ? Il nous avait promis de ne pas rejouer le débat, on y retourne tout droit). Où je veux en venir ? À ceci. Sans rentrer dans le débat sur la loi qui est ici en cause, il me semble que les catholiques qui s’y opposent, ceux qui y sont indifférents comme ceux qui la soutiennent peuvent tomber d’accord sur quelque chose. Il y a un problème dans le rapport que les catholiques occidentaux entretiennent avec la société dans laquelle ils vivent. Du fait de notre histoire, et aussi de notre sociologie, nous sommes marqués par une vision du monde qui ne me paraît pas tout à fait erronée, mais qui nous rend presque incapables de porter sur la société et sur nous-mêmes un regard missionnaire. Beaucoup de catholiques sont obsédés par la préservation de ce qui, au sein de la société occidentale, leur apparaît comme le résultat chèrement acquis de deux mille ans de christianisation. À l’instar de syndicats défendant les acquis sociaux, ceux qui sont descendus dans la rue ces derniers mois auraient défendu les acquis chrétiens. Bien évidemment, les chrétiens ont tendance à identifier leur propre mode de vie avec celui de cette "société chrétienne" qu’ils croient défendre. C’est ici que ce "regard missionnaire" pourrait utilement intervenir.

Quand les missionnaire débarquaient en Haute-Volta/dans le Nord-Tonkin – avant d’entrer au service de la France et de son Empire colonial, l’auteur de ces lignes avait commencé une spécialisation en histoire missionnaire -, se posait tout un tas de questions gravitant autour d’une question centrale : comment faire connaître le Christ à ces gens dont je ne sais rien – sinon quelques remarques glanées par un confrère prêtre mort martyr il y un demi-siècle et un lexique mường/mooré-français de cent vingt mots gentiment prêté par un trafiquant d’or ou d’ivoire ? Chez les meilleurs d’entre eux, cela donnait une attitude à bien des égards épatante. Une curiosité gloutonne, démesurée pour tout ce qu’ils découvraient, qui en conduisait certains, parfois sans grand bagage universitaire, à réaliser des travaux pionniers en linguistique, en géographie, en ethnologie. Une ouverture formidable à la société qu’ils rencontraient, ce qui n’excluait pas de se montrer implacable quand il s’agissait de distinguer entre ce qui était compatible avec l’Évangile, et ce qui ne l’était pas. (Je sais, il y a aussi eu moins glorieux, mais ce n’est pas le sujet.)

Il me semble qu’il faudrait retrouver quelque chose de cette attitude. Notre société – aussi bien la micro-société catholique que la société française dans son ensemble – n’est pas chrétienne et ne l’a jamais été. Elle est, elle a toujours été à christianiser. Il y a tout un tas de très belles choses en elle, dont une grande partie a incontestablement à voir avec le rôle que le christianisme a joué par le passé. On ne peut pas poser ce regard missionnaire sur tout, tout le temps, j’en conviens, mais si nous essayions tout de même de l’adopter, de temps en temps ? Un missionnaire breton a pu trouver beaux les rituels funéraires des Lobis. Un missionnaire ariégeois a pu s’émerveiller devant la grammaire mbochi. Et les paroissiens de Notre-Dame-des-Armées ne seraient pas capables de trouver belle, voire digne d’être respectée et reconnue, y compris juridiquement, la volonté qu’ont Marcel et Jean-Paul de vivre ensemble fidèlement après avoir fait les quatre cents coups aux temps heureux d’avant le sida ? Et Marie-Christine, animatrice en pastorale à Saint-Pierre-du-Gros-Caillou, ne serait pas en mesure de comprendre que Julie souhaite faire adopter pleinement par sa compagne son enfant, né de père inconnu ? Allons donc. Je suis confiant. Entrons dans l’espérance. Et si nous posons ce regard missionnaire sur nous-mêmes, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Ce texte de Florent Verschelde en donne un bon échantillon.

Je ne sais absolument pas à quoi cette conversion du regard peut mener. Nous verrons bien. Mais il me semble que l’expérience vaut la peine d’être tentée. Si les chrétiens ne sont pas capables de se décentrer de leurs préjugés, de leurs propres choix de vie, pour se rendre sensibles à la beauté des choix de vie de certains de leurs concitoyens, c’est à désespérer. Je m’empresse de dire que les chrétiens ont quelques excuses : l’antichristianisme bas-du-front de toute une partie de la classe politique, de toute une partie du corps social qui vomit à la vue d’un crucifix et trouve ridicule qu’on aille encore à la messe en 2013. Et si le lecteur moyen de Libération s’efforçait, rien qu’une fois, de trouver admirable que Benoît-Marie et Domitille élèvent quatre enfants dont un trisomique ?

En résumé : beaucoup disent qu’un chrétien n’a pas à être de son temps, ils oublient parfois qu’il n’a pas non plus à être d’un autre temps. Beaucoup disent qu’un chrétien n’a pas à être du monde, ils oublient parfois qu’il n’a pas non plus à être de son monde, de son milieu. Une grande partie de nos contemporains identifient christianisme et conservatisme, et ce que nous avons à dire au monde y perd en crédibilité. Il y a là une part d’injustice, mais sachons reconnaître que nous y sommes pour quelque chose.

La prochaine fois, je vous parlerai de théologie de la création, ou d’autre chose, j’y réfléchis encore.

Kierkegaard et François, même combat ?

« Partout où il semble, où l’on admet qu’il y ait une chrétienté établie, on est en présence d’une tentative pour constituer une Église triomphante, même si l’on n’emploie pas ce mot, car l’Église militante est en devenir, tandis qu’une chrétienté établie ne devient pas, elle est. » (L’École du christianisme)

« Pour que le christianisme ordinaire, officiel de ce pays puisse prétendre à quelque rapport simplement vrai au christianisme du Nouveau Testament il lui faut, d’abord, reconnaître sans restriction, avec toute l’honnêteté et la solennité possibles, la distance qui le sépare du Nouveau Testament, sans qu’on puisse vraiment le qualifier de tentative pour s’en rapprocher. » (« Une thèse, une seule »)

« Et pour dire un mot à mon sujet : je ne suis pas, comme notre époque l’exige peut-être, un réformateur, je ne le suis en aucune manière et pas davantage un esprit profond adonné à la spéculation, un voyant, un prophète, non, je suis – avec votre permission – je suis un policier de talent comme il y en a peu. » (« Une thèse, une seule »)

« Gardez-vous de ceux qui aiment se promener en robes longues ! » (L’Instant, n° 5).

« Dans la somptueuse cathédrale voici paraître le Très Révérend et Très Vénérable prédicateur secret et général de la Cour, le favori, l’élu du grand monde ; il paraît devant un cercle choisi d’une élite choisie et il prêche avec émotion sur ce texte qu’il a lui-même choisi : « Dieu a choisi ce qui est humble et méprisé dans le monde » – et personne ne rit ! » (L’Instant n° 6, « Pointes acérées », 2, p. 199).

« « - L’apôtre Paul avait-il quelque fonction ? » Non, Paul n’en avait pas. « « Alors, gagnait-il beaucoup d’argent d’autre façon ? » Non, il ne gagnait pas d’argent, en aucune façon. « Était-il du moins marié ? » Non, il n’était pas marié. « Mais alors, Paul n’était pas un homme sérieux ? » Non, Paul n’était pas un homme sérieux. » (L’Instant n° 6, « Pointes acérées », 4)

« Parlant un jour avec l’évêque Mynster, je lui disais que les prêtres feraient presque aussi bien de s’abstenir de prêcher ; leurs sermons restaient sans effet, car les fidèles se disaient à part eux : oui, c’est leur métier. Je fus surpris de sa réponse : il y a là du vrai. » (« La vérité sur l’importance du « prêtre » pour la société », L’Instant n° 7).

« Bien qu’étant au-dehors, j’ai du moins compris que le seul crime irrémissible de lèse-majesté contre le christianisme, c’est celui où l’individu admet sans plus comme donné son rapport avec lui. » (Œuvres complètes, X, 15)

Wikipédia, mariage pour tous, et Jésus (parce qu’on y revient toujours)

Je voudrais apporter un modeste éclairage sur les débats en cours au sujet du mariage pour tous : quelques réflexions issues de mon expérience de contributeur au projet d’encyclopédie en ligne Wikipédia et de catholique fréquentant de près ou de loin un grand nombre de personnes ayant participé au mouvement d’opposition à la loi promulguée il y a quelques jours.

Sur Wikipédia, quand un contributeur estime que la notoriété d’un sujet est insuffisante pour qu’un article spécifique lui soit consacré, il peut lancer une procédure de "page à supprimer", au cours de laquelle les contributeurs qui le souhaitent peuvent argumenter, et se prononcer en faveur de la conservation ou de la suppression de l’article. De nombreux contributeurs se réfèrent alors aux "critères d’admissibilité des articles". Ces critères ont été élaborés progressivement par certains contributeurs, ils ont parfois fait l’objet d’un vote – qui a impliqué au maximum une centaine de contributeurs. Ils sont censés faciliter la prise de décision.

Ce qui me frappe, c’est que beaucoup voient dans ces critères un absolu, une charte sacro-sainte à l’encontre de laquelle on ne saurait aller. D’autres, dont je fais partie, ne considèrent pas qu’ils soient inutiles, mais sont conscients que l’élaboration desdits critères a, dans le meilleur des cas, impliqué trois rigolos, dont un avec lequel ils ont pris une bière la semaine dernière, et qu’en conséquence, il convient de ne pas leur accorder trop d’importance. Bref, ils sont capables de déconstruire le processus d’élaboration de la règle, et partant, de relativiser celle-ci. Et donc, confrontés à un article qui ne rentre pas à proprement parler dans les critères, ils seront disposés à prendre d’autres éléments en considération pour juger de l’admissibilité du sujet, voire à remettre en cause les critères d’admissibilité (un exemple récent)

Le mariage pour tous, toutes proportions gardées, c’est un peu la même chose. Nous avons une règle qui, grosso modo, ne fonctionnait pas trop mal jusqu’ici : il ne pouvait y avoir mariage qu’entre deux adultes de sexe différent. Une situation nouvelle est survenue, une évolution qu’on n’avait pas vue venir : deux adultes de même sexe demandent à se marier. Face à cette situation nouvelle, il y a deux solutions : une réitération de la règle, considérée comme sacro-sainte ("le mariage, c’est seulement entre un homme et une femme, donc vous ne pouvez pas vous marier") ou une prise en compte de la situation nouvelle, avec deux réponses possibles ("à une vache près vous remplissez les mêmes conditions que les mariés homme et femme d’hier, je ne vois aucune raison de vous refuser l’accès au mariage" ; "le mariage est fait de telle sorte que si vous y avez accès, cela posera plus de problèmes que cela n’en résoudra, je ne peux donc vous marier").

Je ne dis pas que les opposants à la loi sur le mariage pour tous ne peuvent être que des imbéciles. Je dis qu’on rencontre plus souvent chez eux un certain tour d’esprit, dans lequel la déconstruction, même purement intellectuelle, d’une institution, d’une règle, n’est pas perçue comme un exercice salutaire pouvant conduire à améliorer l’institution ou la règle en question, mais suscite ce qu’il faut bien appeler une réaction de panique. Avec toute la bienveillance dont je suis capable, je ne vois pas comment interpréter autrement la terreur que suscitent les études de genre, le rejet abrupt dont elles font l’objet. "Certains prétendent nous montrer que ce que nous tenons pour immuable, naturel, fixé par Dieu, est construit, critiquable, réformable : quelle horreur !".

Il ne s’agit pas de mépriser les normes ou les traditions existantes : il s’agit de les laisser à leur place. Une norme, une tradition a toujours, à un moment donné, été définie par trois rigolos autour d’un coin de table, de la même manière que les critères d’admissibilité des articles sur Wikipédia. En général, elle a été mise en place progressivement, au cours des siècles, par plusieurs groupes de rigolos. Parfois, les rigolos se disent inspirés par Dieu. Et parfois même – pour mes lecteurs croyants – les rigolos sont réellement inspirés par Dieu. Cela n’y change rien. Fondamentalement, rien ne distingue l’interdiction de l’inceste des règles d’un jeu que trois gamins viennent d’inventer dans une cour de récréation.

Et ce paragraphe qui paraît certainement farfelu à beaucoup de mes lecteurs, pour moi, concorde parfaitement avec l’enseignement du Christ. Les règles, c’est important, c’est utile, il ne faut pas les remettre en cause pour un oui ou pour un non, mais quand, en observant attentivement les signes des temps, nous discernons qu’il est possible et souhaitable de les modifier, pourquoi ne pas le faire ?

J’aime bien faire cette interprétation (qui n’a aucune prétention à la rigueur exégétique) de l’évangile de la femme adultère (Jean 8, 2-11). Comme vous le savez peut-être, les pharisiens amenèrent un jour à Jésus une femme qu’on avait surprise en flagrant délit d’adultère. Pour le mettre à l’épreuve, ils lui rappellent que selon la loi de Moïse, cette femme doit être lapidée, et lui demandent ce qu’il en pense. Jésus ne répond pas, et trace des traits sur le sol (terre, sable, peu importe). Comme s’il disait : "voyez ce qu’est la règle selon laquelle cette femme devrait être lapidée : de simples traits sur le sol, qui demeureront un temps, mais que la pluie effacera demain". (Oui, c’est un peu gnostique comme lecture, mais zut). (Je sais, je sais, la loi, c’est important, Jésus n’est pas venu abolir mais accomplir, etc. Mais justement, s’il y a accomplissement possible, c’est qu’on peut distinguer entre la loi telle qu’elle s’est manifestée jusqu’ici et telle qu’elle est dans le cœur de Dieu.)

Il y a aussi la fameuse controverse sur le divorce (Matthieu 19, 1-12), citée à tort et à travers ces derniers mois – mes biens chers frères, je regrette, mais dans ce passage, Jésus n’est manifestement ni en train d’interdire le mariage homosexuel, ni en train de construire une anthropologie de la complémentarité homme-femme. Des pharisiens demandent à Jésus s’il est permis de divorcer – de fait, la loi de Moïse prévoit qu’il est permis de divorcer dans certaines situations. Et Jésus de répondre : "C’est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de divorcer d’avec vos épouses. Mais, au commencement, il n’en était pas ainsi." Cette phrase ne vaut-elle que pour le divorce ? Je me le demande. Il me semble – mais ce n’est que mon avis d’exégète amateur – que Jésus nous fournit, avec ces deux phrases, un levier fantastique pour contester toutes les règles, partout et toujours. Je ne sais pas si "au commencement", i.e. dans le cœur de Dieu, deux hommes ou deux femmes peuvent recourir au dispositif juridique appelé "mariage" au début du XXIe siècle. Toujours est-il que, comme je l’ai expliqué dans un billet précédent, je suis à peu près sûr que la loi qui vient d’être promulguée pourra servir au salut d’un grand nombre. D’où mon avis sur la question.

Vous êtes chrétien ? Vous vous intéressez aux questions de genre ? Vous n’avez pas lu ça ? Vous avez tort !

Mise au point

Après avoir pris connaissance d’un certain nombre de réactions au dernier billet publié ici, il me semble opportun de faire cette mise au point. Je suis on ne peut plus soucieux de prendre en compte l’enseignement de l’Église, et sans entrer dans les détails, j’y consacre une part très notable du temps que me laisse mon devoir d’état. Il ne faut pas tout renverser : ce sont les évêques qui se sont, assez rapidement, exprimés de manière très tranchée sur ce sujet, et je considère, précisément parce que je suis catholique, que leur parole m’engage. C’est parce que je me sens engagé par leur parole, que je m’efforce d’être un fils aimant et respectueux de l’Église, qu’à un moment donné, je me crois autorisé à dire clairement que j’aurais souhaité qu’ils réfléchissent plus en profondeur à cette question. (Je me permets d’indiquer, en outre, que j’ai une mission – très modeste, mais enfin une mission – dans l’Église, et que dans le cadre de cette mission, je ne me crois pas autorisé à faire état des divergences que je peux avoir avec ce qu’elle enseigne).

La méconnaissance des questions liées à l’homosexualité dans l’Église peut, il me semble, faire l’objet d’un consensus, quel que soit notre position au sujet de la loi sur le mariage pour tous. Prenons l’exemple des études de genre : lorsque Benoît XVI, la Congrégation pour la doctrine de la foi ou les évêques, dont je reçois avec respect (et intérêt) l’enseignement, s’expriment sur ce sujet, il est manifeste qu’ils comprennent mal ce dont il est question, qu’ils font ce qu’il faut bien appeler des contresens. (Je pense, par exemple, à ce texte : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/speeches/2012/december/documents/hf_ben-xvi_spe_20121221_auguri-curia_fr.html). On ne peut pas ne pas le voir, à moins d’être sourd et aveugle volontairement.

Cela n’a rien de très grave en soi. Dans le monde universitaire français, par exemple, les générations qui nous ont précédé ont eu beaucoup de mal avec les études de genre, la hiérarchie catholique n’a pas l’exclusivité dans ce domaine. Je signale à titre indicatif que dans toutes les facultés de théologie du monde anglo-saxon ou presque, les études de genre ont d’une manière ou d’une autre leur place, et que jusqu’à preuve du contraire, cela n’a pas fait vaciller la Terre sur ses bases. Si les catholiques de notre génération qui, pour avoir abordé les études de genre à un moment ou à un autre de leurs études et/ou de leur vie professionnelle, ont constaté que l’Église s’en faisait une idée erronée, ne prennent pas la parole, qui le fera ? Ce n’est pas être un fils aimant et respectueux que de considérer l’Église comme une vieille folle qui ne sait pas ce qu’elle dit et dont les enseignements n’ont aucune importance. Et c’est précisément parce que je ne considère pas l’Église comme une vieille folle qui ne sait pas ce qu’elle dit et dont les enseignements n’ont aucune importance que je me suis permis d’écrire ce que j’ai écrit.

Si je devais résumer, indépendamment du débat sur le fond du projet de loi, les questions que je me crois autorisé à poser :

- N’aurait-il pas fallu réfléchir au bien-fondé de l’enseignement de l’Église avant d’intervenir dans ce débat, se demander d’où elle parle ? Quand on enseigne que les actes homosexuels sont intrinsèquement désordonnés, quelles sont les chances qu’une prise de position qui concerne au premier chef les personnes homosexuelles soit reçue avec attention et intérêt ? Si je pense aux discussions que j’ai eues avec des catholiques de tous horizons, je crois pouvoir dire qu’avec les trois quarts d’entre eux (dont de nombreux catholiques de sensibilité très conservatrice, ou dite "traditionnelle"), nous tombions d’accord pour dire que l’enseignement de l’Église sur le caractère "intrinsèquement désordonné" des actes homosexuels était intenable et qu’il n’était pas illégitime que les personnes homosexuelles puissent, au minimum, accéder à une forme d’union civile. Tout cela ne devrait-il pas nourrir une réflexion de fond au sein de l’Église ?

- N’avons-nous pas tendance à repousser sur les personnes homosexuelles un certain nombre de problèmes qui se posent en réalité à tous, à nous servir des personnes homosexuelles comme de boucs émissaires ? La tendance à se croire détenteur d’un "droit à l’enfant", les sérieux problèmes éthiques que posent la procréation médicale assistée et la gestation pour autrui, la tendance à vivre une sexualité "narcissique" qui ressemble plus à une masturbation à deux qu’à un don mutuel, la recherche de vaines "expérimentations" avec des partenaires multiples : tout cela, les homosexuels en ont-ils l’exclusivité ? D’autre part : avons-nous manifesté contre l’avortement ? contre la procréation médicalement assistée ? contre les réformes successives de la législation sur le divorce ? Non, pour la plupart d’entre nous. Alors pourquoi, tout d’un coup, nous est-il étrangement facile de nous exprimer publiquement et de descendre dans la rue, dès lors que le mot "homosexuel" a été prononcé ?

- Pourquoi les catholiques ont-ils focalisé leur réflexion sur l’enfant ? La question n’est pas étrangère au projet de loi, bien entendu, mais enfin, pourquoi n’avoir pas plus sérieusement étudié d’un point de vue chrétien les implications du projet de loi pour les personnes qui pourraient être dans un avenir proche en mesure de se marier ? Ne serait-ce pas parce que, consciemment ou non, nous nous rendons compte que, si l’on considère aujourd’hui le mariage tel qu’il existe dans notre société, il y a au fond bien peu de raisons de le refuser aux couples homosexuels ? Enfin, il était tout à fait pertinent de réfléchir sur les implications du projet de loi pour l’enfant, mais sommes-nous bien certains, là encore, que les problèmes que certains ont identifiés sont spécifiques aux parents homosexuels ?

Pourquoi, en tant que catholique, il me semble impossible de participer à la manifestation dite « pour tous » du 13 janvier 2013

1. Parce que certains d’entre nous ont participé à la manifestation du 31 janvier 1999 contre le PACS, et que contrairement à ce que nombre d’évêques et de personnes autorisées prévoyaient à l’époque, les fondements de la société n’ont pas été ébranlés, les droits des enfants n’ont pas été bafoués. Chaque année, il y a un divorce pour deux mariages, contre une rupture de PACS pour six PACS conclus. Et un tiers des PACS rompus le sont parce que les pacsés… se marient.

2. Parce que l’homosexualité telle que nous la voyons autour de nous n’a rien à voir avec celle qui est condamnée dans l’Ancien Testament, ni avec celle que réprouve saint Paul. Il ne s’agit pas de pédérastie ou d’exploitation sexuelle des esclaves comme c’était souvent le cas de l’Antiquité ; il ne s’agit pas de la pure et simple satisfaction de besoins sexuels ou affectifs. Nous voyons autour de nous des couples homosexuels stables, fidèles, aimants, et qui ont une très réelle fécondité au sein de notre société. Cela doit nous amener à changer le regard que nous portons encore trop souvent sur les personnes homosexuelles – beaucoup d’entre nous l’ont déjà fait, et que personne ne se sente ici accusé d’homophobie – mais aussi à revoir un cadre législatif qui ne permet pas de prendre en compte leur situation de façon appropriée.

3. Parce qu’en dépit de ces changements, l’Église n’a pas modifié sensiblement le discours qu’elle tient sur l’homosexualité, qu’elle tient, dans les documents publiés par le Saint-Siège comme dans les déclarations de beaucoup de ses pasteurs, un discours trop souvent blessant, et qui traduit, aux yeux de beaucoup d’entre nous, une grande méconnaissance de l’homosexualité, et l’insuffisance de sa réflexion sur ce sujet. Il aurait sans doute été préférable que notre Église ne s’implique pas à ce point dans ce débat avant d’avoir réfléchi en profondeur à la validité de son enseignement ; nous sommes tous responsables de cet état de fait. Il y a une distinction à faire entre la Vérité que nous avons pour vocation d’annoncer au monde, et ce qui n’est peut-être qu’une mauvaise habitude de pensée, une tradition obsolète. Il est décevant que les médias catholiques ne donnent la parole qu’à des « experts » dont la compétence est plus que discutable, comme Philippe Ariño (dont le parcours personnel est tout à fait respectable, mais qui explique l’homosexualité masculine par un fantasme de viol, ce qui est pour le moins  réducteur) ou Tony Anatrella (qui, pour résumer, réduit l’homosexualité à un narcissisme et à une immaturité affective, ce qui traduit une profonde méconnaissance du sujet), et qu’en parallèle on s’intéresse si peu aux études de genre, caricaturées en une « théorie du genre » qui n’existe que pour ceux qui en ont peur.

4. Parce que le caractère « intrinsèquement désordonné » (c’est l’expression du Catéchisme de l’Église catholique) d’un acte sexuel entre deux hommes ou deux femmes, à ce qu’il me semble, n’a précisément rien à voir avec la Vérité, et tout avec des habitudes de pensée, des traditions auxquelles nous pourrions renoncer sans dommage. Je ne répèterai jamais assez cette citation de François Mauriac : « Le Christ, dans son enseignement, paraît ne s’être jamais inquiété de nos goûts singuliers. Il ne lui importe aucunement de connaître les bizarreries de nos inclinations. Son exigence, sa terrible exigence, et qui est la même pour tous, c’est que nous soyons purs, c’est que nous renoncions à notre convoitise quel qu’en soit l’objet La réprobation du monde à l’égard de l’homosexualité, et qui est d’ordre social, n’offre aucun caractère commun avec la condamnation que le Christ porte contre toutes les souillures, ni avec la bénédiction dont il recouvre les cœurs qui se sont gardés purs : Beati mundo cordes quoniam ipsi Deum videbunt. »

5. Parce que la loi sur le mariage pour tous me semble contribuer au bien commun. Elle permettra à des couples qui souhaitent donner un cadre juridique à leur union de le faire dans les mêmes conditions que les autres. Nous n’avons aucune raison de juger a priori leur attachement superficiel ou insincère. Nous n’avons aucune raison de refuser à deux personnes de même sexe formant un couple de se transmettre leur patrimoine dans les mêmes conditions que les autres, de tisser entre elles la même solidarité que celle qui peut unir les autres. Quand la situation se présente, nous n’avons aucune raison de leur refuser d’élever ensemble des enfants dans les mêmes conditions que les autres. Le fait d’élever un enfant, d’être son père ou sa mère, n’a jamais été, dans aucune société humaine, consubstantiellement lié au fait d’avoir participé à sa conception. On ne saurait parler à ce sujet de mensonge (outre que ce terme est profondément blessant) – ou alors les parents célibataires sont des menteurs, les parents divorcés sont des menteurs, les parents qui adoptent sont des menteurs, ce qui fait beaucoup de menteurs.

6. Parce que les arguments présentés par ceux qui parlent de la famille nucléaire (ou « un papa, une maman, un ou plusieurs enfants ») comme d’un modèle unique, exclusif et indépassable me semblent faibles. L’histoire des sociétés humaines montre que ce modèle n’est ni plus « universel », ni plus « naturel » qu’un autre. L’Église elle-même a toujours reconnu la diversité des états de vie : mariage, célibat, vie consacrée, sacerdoce, vie religieuse communautaire. À cet égard, les couples homosexuels ne me semblent pas représenter un bouleversement majeur ; il suffit d’en connaître quelques-uns pour saisir à quel point ce qu’ils vivent ressemble profondément à ce que vivent les couples hétérosexuels. Quant à vouloir préserver l’institution du mariage de tout changement : on oublie un peu vite qu’il n’y a pas si longtemps, se marier, c’était débuter une vie commune avec quelqu’un qu’on avait rarement choisi – vie commune marquée par la domination de l’un des deux membres du couple sur l’autre. (Je ne crois pas qu’il y ait eu, en ce temps, de grandes manifestations contre le mariage tel qu’il était). Pour autant qu’il soit possible d’en juger au for externe, de ce mariage et de celui de deux personnes homosexuelles aujourd’hui, lequel vous paraît le plus éloigné d’un hypothétique modèle d’union chrétienne ? Il me semble que la question mérite d’être posée.

7. Parce que la procréation médicalement assistée (PMA) et la gestation pour autrui (GPA) sont des problèmes bien distincts de celui du mariage pour tous. Si l’Église ne considère pas la plupart des formes de procréation médicalement assistée comme moralement acceptables, c’est pour des raisons qui s’appliquent tout autant à un couple hétérosexuel qu’à un couple homosexuel. Il aurait pu être pertinent de mettre un million de personnes dans la rue lorsque la fécondation in vitro (et la production d’embryons surnuméraires qui y est hélas associée) a été autorisée : il est étrange de ne s’en préoccuper à ce point – même si je n’ignore pas toutes les actions entreprises par des catholiques pour combattre cette pratique – qu’à l’heure où les couples homosexuels pourraient y avoir accès. Quant à la gestation pour autrui, elle n’est à l’heure actuelle pas légale en France, que le couple intéressé soit homosexuel ou hétérosexuel. La plupart des couples qui recourent à ce procédé dans les pays qui l’autorisent sont hétérosexuels. Bref, s’il y a un risque de reconnaissance d’un « droit à l’enfant », c’est un problème global, c’est le problème de tous les couples, qu’ils soient homosexuels ou hétérosexuels, et stigmatiser les couples homosexuels comme nécessairement « égoïstes » dans leur désir d’enfant est injuste et mensonger.

8. Parce que je crois que les personnes homosexuelles sont, comme chacun d’entre nous, appelées à la sainteté, et qu’avoir la possibilité de se marier les aidera à être toujours plus aimantes, heureuses et fidèles, ce dont un catholique, à ce qu’il me semble, ne peut que se réjouir. Leur permettre de faire ce choix, ce n’est pas manquer de reconnaissance à nos parents et éducateurs ; cela n’a rien de contradictoire avec les choix que nous avons faits, si différents qu’ils puissent nous paraître. Pour toutes ces raisons, en tant que catholique, il me semble impossible de manifester le 13 janvier, et je me permets de vous faire une proposition alternative : prier pour que, si la loi est votée, les couples homosexuels qui choisiront de se marier civilement en tirent tout le bien possible.

Dans les premiers commentaires : beaucoup de réactions de gens "qui se sentent moins seuls", des contradicteurs intéressants, et hélas, quelques excommunicateurs péremptoires : en ayant plus qu’assez de ces derniers, ce billet étant très lu et n’ayant pas le temps d’assurer une modération au cas par cas, je ferme les commentaires.

L’Église catholique, Jean Yanne et la vulgarité

D’après un éminent confrère blogueur, Virginie Despentes serait vulgaire dans sa "réponse à Lionel Jospin et aux anti-mariage pour tous". Mme Despentes commet quelques erreurs factuelles (les grands classiques sur les femmes qui n’avaient pas d’âme – vous lirez avec intérêt cet article – n’héritaient pas – c’est plus compliqué que cela – etc.). Mais je trouve la lecture de son article utile et même réjouissante. Elle envoie au diable tous ceux qui se servent de considérations anthropologiques, psychanalytiques, religieuses ou politiques hasardeuses pour s’opposer au mariage pour tous. Qui s’en plaindrait ? Elle renvoie à leur hypocrisie et à leurs contradictions tous ceux qui s’obstinent à défendre une société "fermée" où législation et normes sociales concordent pour conduire chacun jusqu’au modèle unique de bonheur qui lui est prescrit. Qui s’en plaindrait ?

Alors, si vous le voulez bien, je reprendrai la distinction entre grossièreté et vulgarité opérée par Emmanuel Kant Jean Yanne dans ce célèbre extrait de Tout le monde est beau, tout le monde il est gent, que je vous prie de bien vouloir regarder avec toute l’attention dont vous êtes capables. (Je vous l’accorde, ce film est abominablement mauvais : mais là n’est pas la question).

Dans le sens (qui n’est pas celui du dictionnaire, je ne l’ignore pas) où l’entend Jean Yanne dans ce passage, Mme Despentes est simplement grossière. Elle emploie des expressions comme "sucer des bites", "se torcher le cul", et j’en passe. C’est tout. C’est probablement le résultat d’une exaspération qu’avec un petit effort, chacun pourra comprendre.

En revanche – toujours dans le sens où l’entend Jean Yanne – d’autres choses me paraissent vulgaires. Quand, dans sa lettre de 1986 sur ce sujet, l’Église catholique – que j’aime – écrit que les personnes homosexuelles "cultivent en elles une inclination sexuelle désordonnée, foncièrement caractérisée par la complaisance de soi", elle est vulgaire. Quand elle affirme que l’activité homosexuelle "est en contradiction avec la vocation d’une existence vécue sous la forme de ce don de soi dans lequel l’Évangile voit l’essence même de la vie chrétienne", elle est vulgaire. C’est-à-dire qu’elle blesse et détruit, alors qu’elle devrait guérir et construire.

Quand de façon complètement aveugle à la réalité qui nous entoure et à tout ce qu’enseignent l’histoire, l’anthropologie, la sociologie et d’autres disciplines, le cardinal Vingt-Trois exprime publiquement une ânerie telle que "l’union stable et définitive de l’homme et de la femme pour élever des enfants est comme inscrite dans le code génétique de l’humanité" (Lettre "La famille, un bonheur à construire"), il ne se rend pas compte de la violence (et, toujours au sens de Jean Yanne, de la vulgarité) de ses propos. Un seul modèle, pour tous les lieux et pour tous les temps, et que ceux qui ne parviennent pas à s’inscrire en son sein périssent (ou se sacrifient, comme l’Église le suggère aimablement aux personnes affligées de tendances homosexuelles) ! Le texte de la Conférence des évêques de France n’était pas mal, et aurait pu suffire. Les lettres condescendantes comme celle du cardinal Vingt-Trois – encore plus désagréable quand il en lit grosso modo le contenu, ici -, les déclarations maladroites, les manifestations… était-ce bien nécessaire ?

Alors voilà : je suis catholique, l’Église est d’une certaine manière ma mère. Et je n’aime pas que ma mère soit vulgaire. C’est pour cela que j’essaie tant bien que mal de montrer, ici, sur Twitter et de vive voix, aux catholiques qui m’entourent, en quoi le regard qu’ils portent sur les homosexuels pourrait changer, dans le sens, à ce qu’il me semble, d’une plus grande fidélité au Christ. Il me semble que le Christ ne nous demande pas de porter un regard compatissant sur des gens qu’on juge nécessairement "malades", "blessés" ou "pécheurs" du seul fait de leur homosexualité. Il me semble que le Christ ne nous demande pas de maintenir les normes qui régissent notre société de telle façon qu’elles promeuvent un et un seul modèle de vie commune, modèle que Mme Despentes nous invite à considérer avec modestie – qu’elle en soit remerciée.

La sainteté pour tous

« Le Christ, dans son enseignement, paraît ne s’être jamais inquiété de nos goûts singuliers. Il ne lui importe aucunement de connaître les bizarreries de nos inclinations. Son exigence, sa terrible exigence, et qui est la même pour tous, c’est que nous soyons purs, c’est que nous renoncions à notre convoitise quel qu’en soit l’objet. La réprobation du monde à l’égard de l’homosexualité, et qui est d’ordre social, n’offre aucun caractère commun avec la condamnation que le Christ porte contre toutes les souillures, ni avec la bénédiction dont il recouvre les cœurs qui se sont gardés purs : Beati mundo cordes quoniam ipsi Deum videbunt. » (François Mauriac, « Les catholiques autour d’André Gide », Hommage à André Gide, NRF, 1951, p. 103-107).

Il m’a fallu du temps pour me décider à écrire ce billet. Au fond, ce n’est pas plus mal : pour autant que je puisse en juger, beaucoup de choses très intéressantes ont été dites de part et d’autre. Je voudrais tenter d’expliquer ici pourquoi, de mon point de vue – et avant tout en catholique –, je ne suis pas hostile à ce que des couples de même sexe puissent se marier et adopter des enfants. Comme la citation liminaire le laisse entendre, je vais, si vous le voulez bien, commencer par le début. J’entends déjà les protestations véhémentes sur le thème « vous nous faites le coup de l’homophobie, c’est trop facile, etc. » Il me semble pourtant difficile de ne pas partir de là. L’Église catholique qui fait campagne contre le mariage de deux personnes du même sexe est aussi l’Église catholique qui enseigne que les tendances homosexuelles sont objectivement désordonnées, et les actes, intrinsèquement désordonnés (Catéchisme de l’Église catholique). Il est impossible de les dissocier l’une de l’autre.

En tant que chrétien, et même en tant que chrétien catholique, il me semble impossible de porter un jugement négatif au for externe sur le comportement des personnes homosexuelles. Je ne suis pas un adepte du nous-ne-jugeons-pas-la-personne-mais-les-actes, qui me semble relever d’une assez piètre apologétique. Je ne crois pas qu’il soit possible, pour un chrétien, de distinguer des actes bons et des actes mauvais, en faisant abstraction de la personne qui les accomplit. Peut-être est-ce à la rigueur possible, mais cela n’aurait guère d’intérêt. Les actes ne devraient nous intéresser qu’en tant qu’ils sont l’expression d’une relation à Dieu et d’une relation au prochain – car c’est la seule chose qui compte, n’est-ce pas ? Et j’ai toujours en vain attendu qu’on me montre en quoi une relation amoureuse, un baiser ou un acte sexuel entre deux personnes du même sexe exprimeraient intrinsèquement une relation pervertie à Dieu ou au prochain.

Trop de condamnations de l’homosexualité que j’ai pu lire ici ou là s’appuient sur des naturalismes de mauvais aloi (« c’est contre-nature »), des anthropologies péremptoires (« hors du couple homme-femme, point de salut ») ou des psychologies dépassées (« les homosexuels sont immatures »). Trop peu sur l’Évangile. Et pour cause : on serait bien en peine d’y trouver quoi que ce soit qui permette de réprouver moralement l’homosexualité. Le Christ n’a vraisemblablement jamais prononcé le mot « nature ». Il ne s’est pas incarné pour donner des fondements anthropologiques aux sociétés humaines, mais pour nous sauver ; et il n’avait pas lu Freud.

Le texte proposé par la conférence des évêques de France est profond, réfléchi, et beaucoup plus intéressant que certaines déclarations médiatiques. Mais, à mon humble avis, dans la partie concernant l’homophobie, il laisse de côté une partie du sujet : les homosexuels n’attendent pas qu’on « approuve leurs actes », mais d’une part, qu’on leur permette de donner un cadre juridique aussi solide que possible à leurs éventuelles aspirations à la vie commune, et d’autre part, s’ils sont croyants, qu’on leur propose un chemin de sainteté. Ce n’est pas le cas actuellement : les évêques ont-ils réfléchi à la façon dont réagiraient les laïcs catholiques hétérosexuels, s’ils se voyaient proposer de s’abstenir de tout acte sexuel, même dans le cadre du mariage ? C’est pourtant ce à quoi ils appellent les homosexuels.

Comme l’écrit Jacques Ellul, « il n’y a pas de morale universelle décrite dans la Bible. Il y a un appel à la conversion, et à partir de là, volonté de vivre en accord avec Dieu ». Si je suis bien les deux citations d’Ellul et de Mauriac (ô rives de la Garonne !), qui me semblent pouvoir recueillir un large consensus chez les chrétiens de toutes dénominations, et que je prends une personne humaine, accessoirement animée de désirs homosexuels, à quoi, avant tout, est-elle appelée par le Christ ? À se convertir. À vivre en accord avec Dieu. À purifier son désir. À renoncer à sa convoitise. Et cela, j’en conviens, peut l’amener temporairement au moins à renoncer à certaines relations, à certains actes auxquels son désir l’appelle.

Mais au fond, en quoi cette situation est-elle différente de celle d’une personne qui serait animée de désirs hétérosexuels ? (Je prends ici « désir » dans un sens très large, il ne s’agit pas que du désir physique, mais du désir d’être proche de l’autre, de le connaître, de vivre à ses côtés, etc. ) Pourquoi s’arrêter à l’objet du désir, quand il ne devrait être qu’un critère parmi tous ceux que nous prenons en compte quand nous décidons de ce que nous allons faire de notre désir. Quel que soit l’objet de mon désir, c’est de la façon dont je choisis de prolonger ce désir et de lui donner un sens, que je vais tirer du bien. Mon prochain peut être animé du désir de s’enrichir : je ne peux pas porter de jugement sur lui s’il poursuit cet objectif, et même s’il s’enrichit effectivement. C’est entre Dieu et lui ; l’Église, au sens le plus large qui soit, est là pour le mettre en garde contre les risques que l’enrichissement fait courir à la relation qu’il entretient avec Dieu et avec son prochain.

Mon prochain, en l’occurrence un homme, désire une femme : c’est entre Dieu et lui, entre cette femme et lui. L’Église est là pour le mettre en garde contre les risques qu’une relation amoureuse fait courir à la relation qu’on entretient avec Dieu et avec son prochain – mais aussi pour lui faire voir tout le bien qu’on peut en tirer pour soi, pour l’autre et pour les autres. Supposons maintenant que mon prochain ne désire plus une femme, mais un homme : il me semble que ce que je viens d’écrire reste valide. Bien sûr, comme toute relation, et même comme toute activité humaine, son désir pour cet homme est à la fois une chance et un risque dans sa relation à Dieu et dans sa relation à son prochain. Mais alors, qu’est-ce qui doit changer ? L’orientation générale de son désir amoureux vers les hommes ou les femmes ? Ne doit-il pas plutôt traduire ce désir en actes, en s’efforçant, comme chacun d’entre nous doit le faire, de le purifier, de renoncer à sa convoitise, à sa volonté de posséder l’autre ?

Si certains tiennent à certaines références anthropologiques, à une « norme », ils reconnaîtront que le Christ nous appelle à la sainteté, et non à avoir une sexualité « normale ». La seule norme de mon désir, c’est la sainteté. Si mon désir se met en travers de la sainteté à laquelle je suis appelé, je dois me convertir, convertir mon désir. Non, vraiment, je ne vois pas en quoi les homosexuels sont dans une situation fondamentalement différente de celle du jeune homme et de la jeune femme catholiques dans lesquels beaucoup de lecteurs se reconnaîtront : ils veulent construire une relation durable, qui contribue à faire d’eux des saints, et pour cela, doivent purifier leur désir, le transformer, en le faisant passer au feu de l’amour divin.

En ce qui concerne la filiation, si je comprends bien, il y a, grosso modo, deux types de situations. D’une part, des familles recomposées dans lesquelles des enfants vivent avec deux adultes de même sexe. Les choses seront plus simples, le mari de M. Durand ira chercher les enfants de son conjoint à la sortie de l’école, et voilà. Pas de quoi faire la révolution : que le couple « recomposé » soit hétérosexuel ou homosexuel, le risque de fragiliser les relations entre l’enfant et ses parents biologiques est exactement le même. D’autre part, les couples homosexuels souhaitant adopter un enfant ; il n’y en aura pas des millions, et les enfants adoptables seront certainement mieux avec un couple homosexuel stable que dans un orphelinat ukrainien. Le jugement défavorable que nous portons sur le comportement sexuel de certains hétérosexuels ne nous amène pas à interdire à un couple hétérosexuel stable d’adopter, n’est-ce pas ? Il suffit d’étendre ce raisonnement aux couples homosexuels.

En résumé, il me semble que, contrairement à ce que beaucoup affirment, le mariage homosexuel n’introduit pas de rupture dans l’ordre de la filiation. Dans tous les cas, si rupture il y a, elle a déjà eu lieu. Peu importe que l’homme divorcé ait formé un nouveau couple avec un homme ou avec une femme. Peu importe que l’enfant orphelin ou abandonné soit adopté par un couple hétérosexuel ou homosexuel. Je ne dis pas que le divorce ou l’abandon d’enfants soient à encourager : j’essaie simplement de montrer que le problème préexiste à la question du mariage homosexuel, et que le mariage homosexuel n’en modifie pas substantiellement les termes.

Quant au cas dans lequel une femme vivant en couple avec une autre femme souhaiterait avoir un enfant, j’ai bien peur de ne pas très bien voir comment on pourrait empêcher qu’il survienne, mariage homosexuel ou pas. (« Halte ! Police des mœurs ! Monsieur Z*, êtes-vous en train de faire un enfant en douce à Madame L*, qui vit en couple avec Madame J* ? Non ? C’est juste pour le plaisir ? Tout va bien alors, circulez ! »). La gestation pour autrui, les adoptions frauduleuses, ce n’est pas le sujet : le problème est exactement le même s’agissant d’un couple homosexuel ou d’un couple hétérosexuel.

Si nous nous intéressons maintenant au mariage dans sa dimension interpersonnelle, il me semble qu’il y a quelque chose de paradoxal dans l’opposition de nombreux catholiques au mariage de deux personnes homosexuelles. Ils réprouvent le comportement amoureux des homosexuels, et dans le même temps, leur interdisent l’accès aux institutions qui encadrent le comportement amoureux qu’ils jugent idéal. Il suffit de regarder autour de nous pour constater que tous les homosexuels ne passent pas leur temps à rechercher des partenaires multiples dans les backrooms du Marais – comportement qui, dans son principe, est loin d’être rare chez les hétérosexuels. Quand bien même il existerait un seul couple homosexuel stable, et animé d’un désir sincère de mener une vie commune durable (en tant que chrétien, j’ai du mal à ne pas interpréter ce désir comme un appel à la sainteté), il serait bon que ce couple puisse se marier. Pourquoi pas, donc ? En tout cas, il ne semble pas pertinent d’en faire un cheval de bataille. Comme le sabbat, le mariage est fait pour l’homme – et non l’homme pour le mariage ; d’un point de vue chrétien, le mariage civil n’est pas une fin en soi, mais peut être mis au service d’un chemin vers la sainteté.

Pour conclure, je dirais que ce débat a été l’occasion pour l’Église, une fois de plus, de se couper des homosexuels, qui représentent pourtant une fraction non négligeable de la population, à laquelle l’Évangile doit être annoncé. Je trouve cela regrettable : l’Église a quelque chose à dire aux homosexuels, et sans doute autre chose que le discours inaudible qu’elle leur adresse encore trop souvent. Le document récemment rendu public par les évêques de France est encourageant. Mais peut-être pourrait-on, tout simplement, renoncer à faire peser une réprobation spécifique sur les relations amoureuses entre personnes du même sexe, et se contenter d’appeler ces dernières à la sainteté. En somme, leur annoncer cette « terrible exigence » du Christ, qui vaut pour eux ni plus ni moins que pour ceux qui s’éprennent de personnes d’un sexe différent : que chacun renonce à sa convoitise ! Si j’étais pape, voilà ce que je leur dirais, en substance. « Pendant des siècles, nous avons contribué à vous mettre au ban de la société ; ça n’est certainement pas ce que nous avons fait de mieux. Difficile de devenir un saint quand on paye des matelots pour assouvir ses pulsions, ou qu’on épouse Albertine pour camoufler une relation coupable avec Marcel. Maintenant que nous vous laissons à peu près tranquilles, profitez-en ! Vous voulez vous marier ? Allez-y ! Foncez ! Montrez-nous de quoi vous êtes capables ! Rendez-vous à la première béatification d’un couple homosexuel ! ».

Prépa-rez vos mouchoirs

Le Monde nous inflige le marronnier annuel sur les classes préparatoires, qui seraient, si l’on en croit une tribune de Marie Desplechin, des bagnes où les futures zélites-de-la-nation seraient formées dans le sang et les larmes. Je ne vais pas m’amuser à reprendre l’une après l’autre ses affirmations pour les démonter, mais je tiens simplement à apporter un témoignage.

J’ai passé deux ans en classes préparatoires littéraires (hypokhâgne-khâgne), dans un lycée de niveau moyen – de ceux dans lesquels un élève intègre de temps en temps une école normale supérieure. Il se trouve que j’ai été un des élèves en question, ce qui, j’en conviens, biaise mon témoignage. D’autre part, les classes préparatoires littéraires sont très différentes des autres (horaires moins lourds, échouer au concours est le destin quasi-général, etc.), et ce que j’écris ici ne saurait s’appliquer aux classes économiques et scientifiques.

Sur le volet "social" : j’ai conscience d’appartenir à un milieu privilégié (pas au sens où nous roulions particulièrement sur l’or, famille nombreuse oblige, mais au sens où il y avait plusieurs centaines de livres à la maison, ce qui n’est pas le cas de 90 % des foyers français, ce que beaucoup ont tendance à oublier) ; mes parents ont néanmoins toujours suivi de très loin mes études, ne m’ont jamais poussé dans telle ou telle direction, et ma scolarité comme interne en classe préparatoire leur a coûté 2 000 euros par an, tout compris. J’avais postulé en classe préparatoire sur la suggestion de mes professeurs de lycée, et j’ignorais absolument ce qu’étaient les écoles normales supérieures en entrant en hypokhâgne.

En classe préparatoire littéraire "lettres et sciences humaines", on suit environ vingt-cinq heures de cours par semaine. Ce n’est pas exténuant. On considère en général que chaque heure de travail en classe en appelle une autre de travail personnel. Nous arrivons à cinquante heures. Quelques lectures personnelles sont attendues. Disons en moyenne soixante heures de travail par semaine, dont vingt-cinq consacrées à écouter, vingt autres à lire – oui, à lire – et quinze à rédiger des exercices en tout genre (dissertations, versions, thèmes, exposés). Le tout, sur des sujets auxquels une personne qui a choisi de son plein gré le cursus en question n’est pas a priori hermétiquement fermée (les adjectifs chez Mallarmé, les révoltes paysannes au XIXe siècle, Woolf et Tacite en version originale, etc.).

J’aurais quelques réserves à émettre sur la qualité de l’enseignement qui nous a été prodigué : du professeur d’histoire qui lisait un manuel en cours à celui de géographie qui rendait les copies au compte-goutte deux mois après leur rédaction, en passant par le professeur de lettres qui jouait excessivement sur l’affectif (et m’avait tranquillement affirmé que je n’avais aucune chance d’intégrer normale), celui de philosophie qui traitait sereinement un dixième du programme (j’ai quelque part cent vingt pages de cours sur le corps chez Descartes et Spinoza, qui n’auraient pas déparé un séminaire de faculté, mais n’étaient probablement pas à leur place en classe préparatoire…), et celui de latin, dont, par respect et par discrétion, je ne dirai rien.

Et aussi des louanges : un professeur de lettres dilettante qui avait cependant trouvé le moyen de nous faire traverser toute l’histoire de la littérature française au cours de l’année d’hypokhâgne, un professeur d’histoire très impliqué qui donnait d’excellents conseils de méthode, ou un professeur d’anglais exigeant, auquel j’allais jusqu’à demander du travail supplémentaire (traduire Huxley, peut-on rêver mieux pour ses vacances de Noël ?). J’ai trouvé le moyen de me brouiller avec la moitié d’entre eux au moins, en raison, je crois, de ma fâcheuse tendance à jouer les porte-parole en temps de crise, mais au fond, qu’importe ? Et d’autre part, beaucoup de lectures personnelles – je dirais quatre ou cinq livres par semaine, CDI et bibliothèque municipale étaient mis au pillage.

Le fait que le concours m’ait souri incite le lecteur à la méfiance, j’en ai bien conscience. Mais pour ce que j’en sais, la plupart de mes condisciples ne regrettent pas leur passage en classe préparatoire. Ils ont tous fini par trouver leur voie, de l’enseignement (beaucoup de professeurs de français et d’histoire-géographie) à la recherche et au journalisme, en passant par la couverture (oui, poser des ardoises), la diplomatie, l’édition, le conseil et l’archéologie. Aucun ne s’est suicidé – j’ai eu connaissance d’une ou deux tentatives manquées, liées, pour ce que j’en sais, à des déboires sentimentaux, ce qui n’a rien d’extravagant à l’âge que nous avions. Aucun n’est alcoolique ou cannabinomane. Je me souviens que nous étions tous très différents, tant en termes de caractère que d’origine sociale ou de sensibilité littéraire, politique ou philosophique ; les échanges en étaient d’autant plus féconds – mais parfois, j’en conviens, inexistants. La classe préparatoire ne nous a pas coulés dans un moule uniforme.

Cela a été plus dur pour certains que pour d’autres. Être l’élève le plus prometteur de son lycée de banlieue, et se retrouver en queue de peloton en début d’année avec des cinq à la pelle, c’est une expérience difficile, personne ne le nie. Personne n’a jamais prétendu qu’hors les classes préparatoires, point de salut. Ajoutons qu’il est toujours possible de rejoindre les bancs de l’université en cours de route, sans perte de temps, grâce au système d’équivalences, qui fonctionne, me suis-je laissé dire, de mieux en mieux.

Nous avons manqué d’autres choses. Sans doute. C’était un choix à faire, que je ne regrette pas. Mais il y avait une bonne cohésion d’ensemble, surtout parmi les internes : à quelques exceptions près, on se serrait les coudes. Certains sont devenus de très bons amis. Ces nuits où les premiers se couchaient à minuit, les derniers à six heures du matin, parce qu’il fallait rendre une dissertation le lendemain, c’était plutôt un défi qu’une vexation imposée par un sergent Hartman sur estrade. On rédigeait entre minuit et six heures du matin parce qu’on avait procrastiné entre dix-huit heures et minuit. Et le temps n’a pas manqué par la suite pour les voyages, la musique, les amours…

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Plus généralement, je suis personnellement favorable au maintien du système classes-préparatoires-grandes-écoles, avec quelques aménagements – en particulier une meilleure information des lycéens, et un effort sur la qualité des aliments servis à la cantine (parents, munissez vos enfants de bouilloires et de soupes Royco). Ne cassons pas ce qui marche pour réparer quelque chose qui ne marche pas (les premières années d’université, du moins dans les disciplines littéraires). Les vrais problèmes sont ailleurs : dégradation du système d’enseignement primaire et secondaire, et surtout surinvestissement des parents dans l’éducation de leurs enfants ; foutez-leur la paix, s’ils veulent passer deux ans à se cultiver et à apprendre à écrire (ou à compter) dans un cadre favorable, qu’ils y aillent, s’ils veulent faire autre chose, ils apprendront tout aussi bien ailleurs ce qu’il leur faut apprendre. Si je devais citer une raison de ma réussite en classe préparatoire : le fait que mes parents n’aient jamais accordé la moindre importance à mes résultats scolaires. Je ne leur parlais pas de mes notes, bonnes ou mauvaises (et il y en a eu de mauvaises, surtout au début, et en fin de deuxième année, où je ne terminais qu’un devoir sur deux, parce que j’estimais avoir mieux à faire – lire pour mon compte personnel, notamment). Ils m’envoyaient des colis de Nuts, et, j’insiste là-dessus, me foutaient la paix. Que les parents qui ont contraint leurs enfants à faire deux heures de travail scolaire par jour "pour leur bien" à partir de la sixième ne s’étonnent pas du résultat et aillent brûler en enfer.

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Sur le même sujet, billet et commentaires intéressants chez David Monniaux.

Le théâtre des vanités

J’ai ébauché et vite abandonné deux ou trois projets de billets sur les spectacles dits christianophobes. Une homélie, diffusée par Le Salon Beige, m’amène à écrire finalement ces quelques lignes. J’aime beaucoup cette homélie. Des paroles comme "on blasphème [...] partout où le petit est défiguré, où le pauvre est ignoré, où l’étranger est chassé" me vont droit au cœur, et j’espère que tous les prêtres de France auraient le courage de les dire en chaire. "La révolte, la révolte authentique (celle de Jésus qui chasse les vendeurs du temple par exemple), elle ne peut jaillir que d’un amour plus grand, d’un amour qui embrase une vie, une vie toute entière." Voilà qui est magnifique.

Mais je voudrais aller plus loin. Je ne crois pas que les deux engagements évoqués (la lutte "sociale" contre les spectacles en question et la conversion personnelle) soient complémentaires. Je ne crois pas que les manifestations devant des théâtres, ou même les soi-disant "prières de réparation", soient compatibles avec la "révolte authentique jaillie d’un amour plus grand". Il me semble qu’il y a une opposition radicale entre des démarches qui visent à défendre le Christ (ou notre foi en Lui) devant la société, d’une part, et d’autre part notre conversion personnelle.

Je dois avouer très humblement mon ignorance : je ne sais pas ce que cela veut dire, "un seul peuple à genoux pour adorer le Christ Roi", une expression qu’emploie le prêtre auteur de l’homélie. Je ne comprends pas. Cela ne m’intéresse pas, et, plus grave, j’ai bien peur que le Christ ne s’y intéresse pas non plus. Je ne vois pas bien le rapport avec la conversion du cœur – la seule chose qui intéresse le Christ. On ne convertit pas une société, on ne convertit pas un peuple. Il n’y a jamais eu de société chrétienne au sens spirituel du terme, même si au sens historique, ou sociologique, il y a sans doute du sens à parler de sociétés chrétiennes à des époques et dans des endroits donnés. Le Christ ne s’adresse pas aux peuples, aux sociétés ou aux nations en tant que tels. Il s’adresse à chaque homme – le groupe social peut être, au mieux, un intermédiaire, un cadre pour la rencontre entre le Christ et une personne donnée.

Il n’y a pas d’autre moyen de faire aimer le nom du Christ que de se convertir personnellement. Tout le reste est vanité. Marches aux flambeaux, manifestations, toutes pacifiques qu’elles soient, prières de réparation, tout cela est vanité. Nous n’avons rien à exiger, rien à réclamer, rien à faire respecter, et rien à réparer sinon le mal que nous causons tous personnellement chaque jour que Dieu fait – ce chantier est assez vaste pour que nous ne dépensions pas en vain nos forces sur d’autres chantiers plus confortables, quoi qu’en disent ceux qui vomissent les tièdes sans se demander ce qu’est au juste la tiédeur que vomit Dieu.

Si ces spectacles sont nuls artistiquement parlant, il n’y a rien à en dire. S’ils valent quelque chose, entamons un dialogue constructif. Dans un cas comme dans l’autre, je ne vois pas ce que viennent faire flambeaux, pancartes, prières publiques et indignations.

(Et j’en profite – parce que ça me démange – pour envoyer au diable la France chrétienne, qu’on la fantasme au passé ou qu’on la rêve au futur. La France n’a jamais été chrétienne au sens spirituel du terme, elle n’a jamais appartenu au Christ, elle n’a jamais été "du Christ" et ne le sera jamais. "Le religieux véritable ne s’épuise pas dans sa fonction de cohésion pour le groupe social" (Claude Geffré). N’ayons pas peur. Essayons, pour voir.)

Questions de genre

Sur Internet et ailleurs, un certain nombre de personnes et d’organisations liées à l’Église catholique se sont récemment émues des nouveaux programmes de sciences de la vie et de la terre en classe de première L et ES, qui feraient, nous assure-t-on, la part belle à la théorie dite du genre. Une pétition lancée par les Associations familiales catholiques circule. Je commencerai par dire qu’à plusieurs titres – en tant que chrétien, en tant que libéral – il me paraît aberrant que des programmes scolaires soient définis à l’échelle d’un État, et que des enfants soient entre les mains de professeurs que les parents n’ont pas choisis plus de trente heures par semaine. Mon très humble avis sur la question est que moins les enfants passent de temps à l’école telle qu’elle existe sous sa forme actuelle, mieux ils se portent.

Mais sur le fond, j’avoue ne pas voir ce qui pose problème dans ces programmes. Les professeurs en feront ce qu’ils voudront, le pire comme le meilleur, bien entendu, mais cela n’est pas nouveau. Alors, oui, telles que les choses sont présentées, il ne s’agit pas de dire aux lycéens ce qui est bien et ce qui est mal. Mais cela, c’est le rôle des parents, pas celui du professeur de sciences de la vie et de la terre. Oui, il ne s’agit pas de distinguer entre ce qui serait naturel et ce qui ne le serait pas, ce qui serait normal et ce qui ne le serait pas. Et là, il peut y avoir un problème. Mais à mon humble avis, ce sont les catholiques qui ont un problème, ce n’est pas le genre.

Qu’est-ce que le genre ? C’est une notion, ou plutôt un instrument, un outil intellectuel, apparu aux États-Unis dans les années 1950 – mais dont on parle surtout depuis les années 1980-1990 et les travaux de Judith Butler – pour désigner ce qui permet à une personne de se caractériser à ses propres yeux et aux yeux des autres comme un homme ou une femme – et éventuellement, comme autre chose qu’un homme ou qu’une femme[1]. La dimension sexuelle fait partie du genre, mais n’en est pas le tout et n’en est même pas l’essentiel. Je rassure les catholiques qui désespéraient de pouvoir s’intéresser à la question en tout bien tout honneur : il existe un certain nombre d’ouvrages relevant des études de genre qui ne parlent pas le moins du monde de sexualité. Pour reprendre la définition de Joan Scott, le genre est une catégorie sociale appliquée à un corps sexué.

Car oui, il faut le dire et le redire, même si cela heurte le sens commun, ce bon vieux sens commun que Jésus, en son temps, a tant fait souffrir : quand elle disait qu’"on ne naît pas femme, on le devient", Simone de Beauvoir avait parfaitement raison, à condition de bien comprendre ce qu’elle voulait dire par là [2]. On ne naît pas femme, on le devient, on ne naît pas homme, on le devient. On naît avec un sexe phénotypique, c’est-à-dire qu’à notre naissance, un médecin nous classe en fonction de notre apparence physique dans l’une de ces deux grandes catégories : celle des hommes et celle des femmes, ou plutôt, soyons précis, les mâles et les femelles [3]. Et à partir de là, en fonction de la société dans laquelle nous sommes nés, des rôles vont nous être assignés, et nous allons accepter – ou refuser – de les jouer. Tenez, mes parents, par exemple, ont élevé leurs enfants en leur disant que les femmes n’avaient pas besoin de faire d’études longues ; pourtant, il n’y a rien dans la nature de la femme qui lui interdise de faire des études longues : c’est une pure convention sociale.

Pour faire court, le genre, cela revient à dire qu’il n’y a pas de lien direct, de déterminisme, entre d’une part, le "sexe biologique" (avec toutes les réserves qu’appelle cette expression) et le "sexe social" ou mon "identité sexuelle". Ce n’est pas parce que j’ai une paire de couilles qu’une très hypothétique nature me destine à fonder une famille avec une jeune femme, à gagner de quoi acheter les épinards et le beurre qui va avec, à parler fort, à incarner l’autorité ou à fumer le cigare, plutôt qu’à repasser mes chemises, incarner la douceur aimante ou consacrer le plus clair de mon temps à embellir mon corps et mon foyer[4]. Et à la limite, je dis bien, à la limite, pourquoi n’aurais-je pas l’idée saugrenue de tomber amoureux d’un autre homme ?

Alors, non, M. l’abbé Grosjean, la théorie du genre ne nie pas la différence sexuelle. Elle ne nie pas la complémentarité entre l’homme et la femme : biologiquement, cette complémentarité est indéniable, du moins si l’on souhaite se reproduire ; et socialement, cette complémentarité existe. Simplement, elle est construite. Et refuser de voir qu’elle est construite, s’obstiner à affirmer que Papa-le-plus-fort-gagnant-beaucoup-d’argent + Maman-douce-à-la-maison (je caricature, ce n’est certainement pas ce que veut dire l’abbé Grosjean, un homme subtil que j’ai déjà croisé ici ou là, mais sur le fond, c’est la même chose : il postule qu’il existerait une "nature de l’homme" et une "nature de la femme" qui seraient complémentaires), c’est naturel, c’est ni plus ni moins que de la naïveté.

En revanche, oui, la théorie du genre nie que notre identité sexuelle soit inscrite dans notre corps, et là encore, il semble difficile d’aller à son encontre, lorsqu’on voit la diversité des identités sexuelles dans l’histoire (on n’est pas homme aujourd’hui comme on l’était il y a un, deux ou vingt siècles), dans l’espace (on n’est pas femme au Japon comme on l’est en Amazonie) et au sein même de notre société. Oui, M. l’abbé Grosjean, si je suis attiré par les femmes, et non par les hommes (bien que je ne doute pas une seule seconde des plaisirs que l’on peut connaître dans leurs bras), si je ne veux fonder un couple et n’avoir des enfants qu’avec une seule femme, si je ne veux pas être le maître mais l’égal de celle que j’aime, etc., c’est le résultat d’une construction sociale. C’est parce que je suis né dans une société occidentale de la fin du XXe siècle, parce que j’ai été élevé dans une famille chrétienne, parce que j’ai réfléchi sur cet héritage, sur ce contexte, sur ce que je veux vraiment.

Je dois d’ailleurs signaler que Monseigneur Vingt-Trois fait un énorme contresens dans son entretien sur Radio Notre-Dame  : au contraire de ce qu’il dit, les études de genre s’intéressent beaucoup à l’impact des représentations symboliques sur la construction de la personnalité. Il n’y a d’ailleurs pas non plus dans la théorie de genre de réduction de la sexualité humaine à la relation sexuelle. Je tiens à la disposition de tout lecteur intéressé une fiche de lecture réalisée dans le cadre d’un travail universitaire, portant sur un ouvrage qui s’inscrit dans le courant des études de genre : il n’y est pas ou très peu question de relations sexuelles, en revanche, on y parle beaucoup de représentations, de ce que veut dire "être un homme" dans une société, etc. C’est passionnant.

L’abbé Grosjean fait fausse route – et fait un contresens – lorsqu’il dit que la théorie du genre revient à croire qu’on ne doit rien à personne, qu’on ne dépend de rien ni de personne. Au contraire, précisément, la théorie du genre permet de prendre conscience que tout ce que nous prenons pour des évidences est en fait le résultat d’un lent processus, auquel ceux qui nous ont précédé ont contribué. En tant que chrétien, la lecture que j’en fais est la suivante : nous ne serions pas ce que nous sommes, nous n’aimerions pas comme nous aimons si le Christ ne s’était pas incarné – et ceux qui ne sont pas chrétiens admettront volontiers qu’ils n’aimeraient pas comme ils aiment si un certain Jésus de Nazareth n’avait pas donné certains enseignements il y a deux mille ans. Nous ne serions pas ce que nous sommes, nous n’aimerions pas comme nous aimons s’il n’y avait pas eu Aristote, Augustin, Dante, Shakespeare et Stendhal.

Monseigneur Vingt-Trois se trompe quand il dit que selon la théorie du genre, l’orientation sexuelle est purement culturelle ; la dimension biologique est prise en compte, mais elle n’est qu’une base, toujours plus ou moins claire et plus ou moins bien comprise, sur laquelle viennent se greffer des constructions culturelles. Certains tenants de la théorie du genre appellent à tout envoyer balader, disant, en quelque sorte, que nous pouvons nous construire comme nous le voulons (j’ai entendu une maître de conférence versée dans les études de genre affirmer que l’inégalité entre hommes et femmes dans les compétitions sportives était construite…), mais cette thèse ne découle pas nécessairement de leurs prémisses, et elle ne doit pas nous décourager d’utiliser l’outil intellectuel indispensable qu’est, encore une fois, le genre.

Dire que l’identité sexuelle est quelque chose de "naturel" va donc à l’encontre de tout ce que les sciences sociales nous montrent. Mais là n’est pas l’essentiel. Le plus grave – et à ce stade, je précise que je parle en tant que chrétien – c’est que cela me semble un appauvrissement très regrettable de la Parole du Christ. Le Christ n’a jamais parlé de nature ou de loi naturelle. Cette loi inscrite dans le cœur de l’homme dont parle l’abbé Grosjean, elle n’agit pas malgré moi, elle n’est rien pour moi si je ne la découvre pas, si je la reconnais pas, et je ne vois pas très bien le rapport qu’elle peut avoir avec le fait d’être attiré sexuellement par les hommes ou les femmes, le rôle social lié à mon sexe biologique, ou toutes ces histoires. S’il y a une nature de l’homme, s’il y a une loi naturelle, c’est celle que nous découvrons en rencontrant le Christ (étant bien entendu que nous pouvons Le rencontrer sans savoir que c’est de Lui qu’il s’agit), et cette nature est d’ordre spirituel : nous sommes faits pour Dieu, pour L’aimer, pour aimer notre prochain.

J’aimerais ne plus entendre dans la bouche de "personnes autorisées" liées à l’Église catholique cette expression au pire franchement erronée, au mieux ambiguë de "nature humaine", mais je sais bien que c’est un doux rêve. Il va falloir s’y résigner un jour : la nature est muette. C’est peut-être dommage, mais c’est ainsi. La nature ne nous dit rien sur la façon dont nous devons nous comporter. C’est à chacun de nous de découvrir ce que nous sommes (et nous sommes aussi ce que nous sommes biologiquement parlant, la théorie du genre ne le nie pas, bien au contraire), ce qu’est notre corps, ce que la société qui nous entoure a contribué à faire de nous, ce qu’elle est en train de contribuer à faire de nous ; nous pouvons y consentir, et peut-être, refuser certaines choses ; et ensuite, chercher un chemin, à la lumière de la relation que nous entretenons avec Dieu. Vingt minutes d’explications sur le genre me semblent donc tout à fait à leur place dans un cours de sciences de la vie et de la terre destiné à des lycéens de quinze à dix-sept ans. Il me semble aberrant d’attendre d’un professeur de sciences de la vie et de la terre une initiation à la vie affective, qui, à mon humble avis, n’a de toute façon pas sa place à l’école telle qu’elle existe aujourd’hui. J’ai dit.

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[1] Oui. Du point de vue du genre, on peut être autre chose qu’un homme ou qu’une femme, c’est-à-dire que socialement, on ne joue ni le rôle d’un homme, ni celui d’une femme. C’est notamment le cas des tribus indiennes d’Amérique du Nord, dans lesquelles existent ce qu’on appelle les deux-esprits ou berdaches. D’autre part, on n’est pas voué au même rôle sexuel toute sa vie ; cf. les relations de type pédérastique en Grèce antique, au Japon, et ailleurs.

[2] Non, je n’ai pas comparé Jésus à Simone de Beauvoir. Non, je n’ai pas comparé Jésus à Simone de Beauvoir. Non, je n’ai pas comparé Jésus à Simone de Beauvoir.

[3] Il n’est pas rare (1 ou 2 %) que l’apparence physique soit ambiguë. Même biologiquement parlant, tout n’est pas simple, il n’y a pas deux profils-types, l’un commun à tous les hommes, l’autre commun à toutes les femmes, mais plutôt une multitude de profils très variables sur le plan génétique, hormonal, du point de de vue de la conformation des caractères sexuels primaires et secondaires, etc. Multitude de profils divers au sein de laquelle, bien entendu, on peut discerner les deux grandes catégories que vous connaissez.

[4] Exemple célèbre : l’anthropologue Margaret Mead a observé une société de Papouasie-Nouvelle-Guinée dans laquelle les hommes passaient leur temps à s’embellir.

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Réflexion sur le même sujet :

*Henry le Barde

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