La sainteté pour tous

« Le Christ, dans son enseignement, paraît ne s’être jamais inquiété de nos goûts singuliers. Il ne lui importe aucunement de connaître les bizarreries de nos inclinations. Son exigence, sa terrible exigence, et qui est la même pour tous, c’est que nous soyons purs, c’est que nous renoncions à notre convoitise quel qu’en soit l’objet. La réprobation du monde à l’égard de l’homosexualité, et qui est d’ordre social, n’offre aucun caractère commun avec la condamnation que le Christ porte contre toutes les souillures, ni avec la bénédiction dont il recouvre les cœurs qui se sont gardés purs : Beati mundo cordes quoniam ipsi Deum videbunt. » (François Mauriac, « Les catholiques autour d’André Gide », Hommage à André Gide, NRF, 1951, p. 103-107).

Il m’a fallu du temps pour me décider à écrire ce billet. Au fond, ce n’est pas plus mal : pour autant que je puisse en juger, beaucoup de choses très intéressantes ont été dites de part et d’autre. Je voudrais tenter d’expliquer ici pourquoi, de mon point de vue – et avant tout en catholique –, je ne suis pas hostile à ce que des couples de même sexe puissent se marier et adopter des enfants. Comme la citation liminaire le laisse entendre, je vais, si vous le voulez bien, commencer par le début. J’entends déjà les protestations véhémentes sur le thème « vous nous faites le coup de l’homophobie, c’est trop facile, etc. » Il me semble pourtant difficile de ne pas partir de là. L’Église catholique qui fait campagne contre le mariage de deux personnes du même sexe est aussi l’Église catholique qui enseigne que les tendances homosexuelles sont objectivement désordonnées, et les actes, intrinsèquement désordonnés (Catéchisme de l’Église catholique). Il est impossible de les dissocier l’une de l’autre.

En tant que chrétien, et même en tant que chrétien catholique, il me semble impossible de porter un jugement négatif au for externe sur le comportement des personnes homosexuelles. Je ne suis pas un adepte du nous-ne-jugeons-pas-la-personne-mais-les-actes, qui me semble relever d’une assez piètre apologétique. Je ne crois pas qu’il soit possible, pour un chrétien, de distinguer des actes bons et des actes mauvais, en faisant abstraction de la personne qui les accomplit. Peut-être est-ce à la rigueur possible, mais cela n’aurait guère d’intérêt. Les actes ne devraient nous intéresser qu’en tant qu’ils sont l’expression d’une relation à Dieu et d’une relation au prochain – car c’est la seule chose qui compte, n’est-ce pas ? Et j’ai toujours en vain attendu qu’on me montre en quoi une relation amoureuse, un baiser ou un acte sexuel entre deux personnes du même sexe exprimeraient intrinsèquement une relation pervertie à Dieu ou au prochain.

Trop de condamnations de l’homosexualité que j’ai pu lire ici ou là s’appuient sur des naturalismes de mauvais aloi (« c’est contre-nature »), des anthropologies péremptoires (« hors du couple homme-femme, point de salut ») ou des psychologies dépassées (« les homosexuels sont immatures »). Trop peu sur l’Évangile. Et pour cause : on serait bien en peine d’y trouver quoi que ce soit qui permette de réprouver moralement l’homosexualité. Le Christ n’a vraisemblablement jamais prononcé le mot « nature ». Il ne s’est pas incarné pour donner des fondements anthropologiques aux sociétés humaines, mais pour nous sauver ; et il n’avait pas lu Freud.

Le texte proposé par la conférence des évêques de France est profond, réfléchi, et beaucoup plus intéressant que certaines déclarations médiatiques. Mais, à mon humble avis, dans la partie concernant l’homophobie, il laisse de côté une partie du sujet : les homosexuels n’attendent pas qu’on « approuve leurs actes », mais d’une part, qu’on leur permette de donner un cadre juridique aussi solide que possible à leurs éventuelles aspirations à la vie commune, et d’autre part, s’ils sont croyants, qu’on leur propose un chemin de sainteté. Ce n’est pas le cas actuellement : les évêques ont-ils réfléchi à la façon dont réagiraient les laïcs catholiques hétérosexuels, s’ils se voyaient proposer de s’abstenir de tout acte sexuel, même dans le cadre du mariage ? C’est pourtant ce à quoi ils appellent les homosexuels.

Comme l’écrit Jacques Ellul, « il n’y a pas de morale universelle décrite dans la Bible. Il y a un appel à la conversion, et à partir de là, volonté de vivre en accord avec Dieu ». Si je suis bien les deux citations d’Ellul et de Mauriac (ô rives de la Garonne !), qui me semblent pouvoir recueillir un large consensus chez les chrétiens de toutes dénominations, et que je prends une personne humaine, accessoirement animée de désirs homosexuels, à quoi, avant tout, est-elle appelée par le Christ ? À se convertir. À vivre en accord avec Dieu. À purifier son désir. À renoncer à sa convoitise. Et cela, j’en conviens, peut l’amener temporairement au moins à renoncer à certaines relations, à certains actes auxquels son désir l’appelle.

Mais au fond, en quoi cette situation est-elle différente de celle d’une personne qui serait animée de désirs hétérosexuels ? (Je prends ici « désir » dans un sens très large, il ne s’agit pas que du désir physique, mais du désir d’être proche de l’autre, de le connaître, de vivre à ses côtés, etc. ) Pourquoi s’arrêter à l’objet du désir, quand il ne devrait être qu’un critère parmi tous ceux que nous prenons en compte quand nous décidons de ce que nous allons faire de notre désir. Quel que soit l’objet de mon désir, c’est de la façon dont je choisis de prolonger ce désir et de lui donner un sens, que je vais tirer du bien. Mon prochain peut être animé du désir de s’enrichir : je ne peux pas porter de jugement sur lui s’il poursuit cet objectif, et même s’il s’enrichit effectivement. C’est entre Dieu et lui ; l’Église, au sens le plus large qui soit, est là pour le mettre en garde contre les risques que l’enrichissement fait courir à la relation qu’il entretient avec Dieu et avec son prochain.

Mon prochain, en l’occurrence un homme, désire une femme : c’est entre Dieu et lui, entre cette femme et lui. L’Église est là pour le mettre en garde contre les risques qu’une relation amoureuse fait courir à la relation qu’on entretient avec Dieu et avec son prochain – mais aussi pour lui faire voir tout le bien qu’on peut en tirer pour soi, pour l’autre et pour les autres. Supposons maintenant que mon prochain ne désire plus une femme, mais un homme : il me semble que ce que je viens d’écrire reste valide. Bien sûr, comme toute relation, et même comme toute activité humaine, son désir pour cet homme est à la fois une chance et un risque dans sa relation à Dieu et dans sa relation à son prochain. Mais alors, qu’est-ce qui doit changer ? L’orientation générale de son désir amoureux vers les hommes ou les femmes ? Ne doit-il pas plutôt traduire ce désir en actes, en s’efforçant, comme chacun d’entre nous doit le faire, de le purifier, de renoncer à sa convoitise, à sa volonté de posséder l’autre ?

Si certains tiennent à certaines références anthropologiques, à une « norme », ils reconnaîtront que le Christ nous appelle à la sainteté, et non à avoir une sexualité « normale ». La seule norme de mon désir, c’est la sainteté. Si mon désir se met en travers de la sainteté à laquelle je suis appelé, je dois me convertir, convertir mon désir. Non, vraiment, je ne vois pas en quoi les homosexuels sont dans une situation fondamentalement différente de celle du jeune homme et de la jeune femme catholiques dans lesquels beaucoup de lecteurs se reconnaîtront : ils veulent construire une relation durable, qui contribue à faire d’eux des saints, et pour cela, doivent purifier leur désir, le transformer, en le faisant passer au feu de l’amour divin.

En ce qui concerne la filiation, si je comprends bien, il y a, grosso modo, deux types de situations. D’une part, des familles recomposées dans lesquelles des enfants vivent avec deux adultes de même sexe. Les choses seront plus simples, le mari de M. Durand ira chercher les enfants de son conjoint à la sortie de l’école, et voilà. Pas de quoi faire la révolution : que le couple « recomposé » soit hétérosexuel ou homosexuel, le risque de fragiliser les relations entre l’enfant et ses parents biologiques est exactement le même. D’autre part, les couples homosexuels souhaitant adopter un enfant ; il n’y en aura pas des millions, et les enfants adoptables seront certainement mieux avec un couple homosexuel stable que dans un orphelinat ukrainien. Le jugement défavorable que nous portons sur le comportement sexuel de certains hétérosexuels ne nous amène pas à interdire à un couple hétérosexuel stable d’adopter, n’est-ce pas ? Il suffit d’étendre ce raisonnement aux couples homosexuels.

En résumé, il me semble que, contrairement à ce que beaucoup affirment, le mariage homosexuel n’introduit pas de rupture dans l’ordre de la filiation. Dans tous les cas, si rupture il y a, elle a déjà eu lieu. Peu importe que l’homme divorcé ait formé un nouveau couple avec un homme ou avec une femme. Peu importe que l’enfant orphelin ou abandonné soit adopté par un couple hétérosexuel ou homosexuel. Je ne dis pas que le divorce ou l’abandon d’enfants soient à encourager : j’essaie simplement de montrer que le problème préexiste à la question du mariage homosexuel, et que le mariage homosexuel n’en modifie pas substantiellement les termes.

Quant au cas dans lequel une femme vivant en couple avec une autre femme souhaiterait avoir un enfant, j’ai bien peur de ne pas très bien voir comment on pourrait empêcher qu’il survienne, mariage homosexuel ou pas. (« Halte ! Police des mœurs ! Monsieur Z*, êtes-vous en train de faire un enfant en douce à Madame L*, qui vit en couple avec Madame J* ? Non ? C’est juste pour le plaisir ? Tout va bien alors, circulez ! »). La gestation pour autrui, les adoptions frauduleuses, ce n’est pas le sujet : le problème est exactement le même s’agissant d’un couple homosexuel ou d’un couple hétérosexuel.

Si nous nous intéressons maintenant au mariage dans sa dimension interpersonnelle, il me semble qu’il y a quelque chose de paradoxal dans l’opposition de nombreux catholiques au mariage de deux personnes homosexuelles. Ils réprouvent le comportement amoureux des homosexuels, et dans le même temps, leur interdisent l’accès aux institutions qui encadrent le comportement amoureux qu’ils jugent idéal. Il suffit de regarder autour de nous pour constater que tous les homosexuels ne passent pas leur temps à rechercher des partenaires multiples dans les backrooms du Marais – comportement qui, dans son principe, est loin d’être rare chez les hétérosexuels. Quand bien même il existerait un seul couple homosexuel stable, et animé d’un désir sincère de mener une vie commune durable (en tant que chrétien, j’ai du mal à ne pas interpréter ce désir comme un appel à la sainteté), il serait bon que ce couple puisse se marier. Pourquoi pas, donc ? En tout cas, il ne semble pas pertinent d’en faire un cheval de bataille. Comme le sabbat, le mariage est fait pour l’homme – et non l’homme pour le mariage ; d’un point de vue chrétien, le mariage civil n’est pas une fin en soi, mais peut être mis au service d’un chemin vers la sainteté.

Pour conclure, je dirais que ce débat a été l’occasion pour l’Église, une fois de plus, de se couper des homosexuels, qui représentent pourtant une fraction non négligeable de la population, à laquelle l’Évangile doit être annoncé. Je trouve cela regrettable : l’Église a quelque chose à dire aux homosexuels, et sans doute autre chose que le discours inaudible qu’elle leur adresse encore trop souvent. Le document récemment rendu public par les évêques de France est encourageant. Mais peut-être pourrait-on, tout simplement, renoncer à faire peser une réprobation spécifique sur les relations amoureuses entre personnes du même sexe, et se contenter d’appeler ces dernières à la sainteté. En somme, leur annoncer cette « terrible exigence » du Christ, qui vaut pour eux ni plus ni moins que pour ceux qui s’éprennent de personnes d’un sexe différent : que chacun renonce à sa convoitise ! Si j’étais pape, voilà ce que je leur dirais, en substance. « Pendant des siècles, nous avons contribué à vous mettre au ban de la société ; ça n’est certainement pas ce que nous avons fait de mieux. Difficile de devenir un saint quand on paye des matelots pour assouvir ses pulsions, ou qu’on épouse Albertine pour camoufler une relation coupable avec Marcel. Maintenant que nous vous laissons à peu près tranquilles, profitez-en ! Vous voulez vous marier ? Allez-y ! Foncez ! Montrez-nous de quoi vous êtes capables ! Rendez-vous à la première béatification d’un couple homosexuel ! ».

Questions de genre

Sur Internet et ailleurs, un certain nombre de personnes et d’organisations liées à l’Église catholique se sont récemment émues des nouveaux programmes de sciences de la vie et de la terre en classe de première L et ES, qui feraient, nous assure-t-on, la part belle à la théorie dite du genre. Une pétition lancée par les Associations familiales catholiques circule. Je commencerai par dire qu’à plusieurs titres – en tant que chrétien, en tant que libéral – il me paraît aberrant que des programmes scolaires soient définis à l’échelle d’un État, et que des enfants soient entre les mains de professeurs que les parents n’ont pas choisis plus de trente heures par semaine. Mon très humble avis sur la question est que moins les enfants passent de temps à l’école telle qu’elle existe sous sa forme actuelle, mieux ils se portent.

Mais sur le fond, j’avoue ne pas voir ce qui pose problème dans ces programmes. Les professeurs en feront ce qu’ils voudront, le pire comme le meilleur, bien entendu, mais cela n’est pas nouveau. Alors, oui, telles que les choses sont présentées, il ne s’agit pas de dire aux lycéens ce qui est bien et ce qui est mal. Mais cela, c’est le rôle des parents, pas celui du professeur de sciences de la vie et de la terre. Oui, il ne s’agit pas de distinguer entre ce qui serait naturel et ce qui ne le serait pas, ce qui serait normal et ce qui ne le serait pas. Et là, il peut y avoir un problème. Mais à mon humble avis, ce sont les catholiques qui ont un problème, ce n’est pas le genre.

Qu’est-ce que le genre ? C’est une notion, ou plutôt un instrument, un outil intellectuel, apparu aux États-Unis dans les années 1950 – mais dont on parle surtout depuis les années 1980-1990 et les travaux de Judith Butler – pour désigner ce qui permet à une personne de se caractériser à ses propres yeux et aux yeux des autres comme un homme ou une femme – et éventuellement, comme autre chose qu’un homme ou qu’une femme[1]. La dimension sexuelle fait partie du genre, mais n’en est pas le tout et n’en est même pas l’essentiel. Je rassure les catholiques qui désespéraient de pouvoir s’intéresser à la question en tout bien tout honneur : il existe un certain nombre d’ouvrages relevant des études de genre qui ne parlent pas le moins du monde de sexualité. Pour reprendre la définition de Joan Scott, le genre est une catégorie sociale appliquée à un corps sexué.

Car oui, il faut le dire et le redire, même si cela heurte le sens commun, ce bon vieux sens commun que Jésus, en son temps, a tant fait souffrir : quand elle disait qu' »on ne naît pas femme, on le devient », Simone de Beauvoir avait parfaitement raison, à condition de bien comprendre ce qu’elle voulait dire par là [2]. On ne naît pas femme, on le devient, on ne naît pas homme, on le devient. On naît avec un sexe phénotypique, c’est-à-dire qu’à notre naissance, un médecin nous classe en fonction de notre apparence physique dans l’une de ces deux grandes catégories : celle des hommes et celle des femmes, ou plutôt, soyons précis, les mâles et les femelles [3]. Et à partir de là, en fonction de la société dans laquelle nous sommes nés, des rôles vont nous être assignés, et nous allons accepter – ou refuser – de les jouer. Tenez, mes parents, par exemple, ont élevé leurs enfants en leur disant que les femmes n’avaient pas besoin de faire d’études longues ; pourtant, il n’y a rien dans la nature de la femme qui lui interdise de faire des études longues : c’est une pure convention sociale.

Pour faire court, le genre, cela revient à dire qu’il n’y a pas de lien direct, de déterminisme, entre d’une part, le « sexe biologique » (avec toutes les réserves qu’appelle cette expression) et le « sexe social » ou mon « identité sexuelle ». Ce n’est pas parce que j’ai une paire de couilles qu’une très hypothétique nature me destine à fonder une famille avec une jeune femme, à gagner de quoi acheter les épinards et le beurre qui va avec, à parler fort, à incarner l’autorité ou à fumer le cigare, plutôt qu’à repasser mes chemises, incarner la douceur aimante ou consacrer le plus clair de mon temps à embellir mon corps et mon foyer[4]. Et à la limite, je dis bien, à la limite, pourquoi n’aurais-je pas l’idée saugrenue de tomber amoureux d’un autre homme ?

Alors, non, M. l’abbé Grosjean, la théorie du genre ne nie pas la différence sexuelle. Elle ne nie pas la complémentarité entre l’homme et la femme : biologiquement, cette complémentarité est indéniable, du moins si l’on souhaite se reproduire ; et socialement, cette complémentarité existe. Simplement, elle est construite. Et refuser de voir qu’elle est construite, s’obstiner à affirmer que Papa-le-plus-fort-gagnant-beaucoup-d’argent + Maman-douce-à-la-maison (je caricature, ce n’est certainement pas ce que veut dire l’abbé Grosjean, un homme subtil que j’ai déjà croisé ici ou là, mais sur le fond, c’est la même chose : il postule qu’il existerait une « nature de l’homme » et une « nature de la femme » qui seraient complémentaires), c’est naturel, c’est ni plus ni moins que de la naïveté.

En revanche, oui, la théorie du genre nie que notre identité sexuelle soit inscrite dans notre corps, et là encore, il semble difficile d’aller à son encontre, lorsqu’on voit la diversité des identités sexuelles dans l’histoire (on n’est pas homme aujourd’hui comme on l’était il y a un, deux ou vingt siècles), dans l’espace (on n’est pas femme au Japon comme on l’est en Amazonie) et au sein même de notre société. Oui, M. l’abbé Grosjean, si je suis attiré par les femmes, et non par les hommes (bien que je ne doute pas une seule seconde des plaisirs que l’on peut connaître dans leurs bras), si je ne veux fonder un couple et n’avoir des enfants qu’avec une seule femme, si je ne veux pas être le maître mais l’égal de celle que j’aime, etc., c’est le résultat d’une construction sociale. C’est parce que je suis né dans une société occidentale de la fin du XXe siècle, parce que j’ai été élevé dans une famille chrétienne, parce que j’ai réfléchi sur cet héritage, sur ce contexte, sur ce que je veux vraiment.

Je dois d’ailleurs signaler que Monseigneur Vingt-Trois fait un énorme contresens dans son entretien sur Radio Notre-Dame  : au contraire de ce qu’il dit, les études de genre s’intéressent beaucoup à l’impact des représentations symboliques sur la construction de la personnalité. Il n’y a d’ailleurs pas non plus dans la théorie de genre de réduction de la sexualité humaine à la relation sexuelle. Je tiens à la disposition de tout lecteur intéressé une fiche de lecture réalisée dans le cadre d’un travail universitaire, portant sur un ouvrage qui s’inscrit dans le courant des études de genre : il n’y est pas ou très peu question de relations sexuelles, en revanche, on y parle beaucoup de représentations, de ce que veut dire « être un homme » dans une société, etc. C’est passionnant.

L’abbé Grosjean fait fausse route – et fait un contresens – lorsqu’il dit que la théorie du genre revient à croire qu’on ne doit rien à personne, qu’on ne dépend de rien ni de personne. Au contraire, précisément, la théorie du genre permet de prendre conscience que tout ce que nous prenons pour des évidences est en fait le résultat d’un lent processus, auquel ceux qui nous ont précédé ont contribué. En tant que chrétien, la lecture que j’en fais est la suivante : nous ne serions pas ce que nous sommes, nous n’aimerions pas comme nous aimons si le Christ ne s’était pas incarné – et ceux qui ne sont pas chrétiens admettront volontiers qu’ils n’aimeraient pas comme ils aiment si un certain Jésus de Nazareth n’avait pas donné certains enseignements il y a deux mille ans. Nous ne serions pas ce que nous sommes, nous n’aimerions pas comme nous aimons s’il n’y avait pas eu Aristote, Augustin, Dante, Shakespeare et Stendhal.

Monseigneur Vingt-Trois se trompe quand il dit que selon la théorie du genre, l’orientation sexuelle est purement culturelle ; la dimension biologique est prise en compte, mais elle n’est qu’une base, toujours plus ou moins claire et plus ou moins bien comprise, sur laquelle viennent se greffer des constructions culturelles. Certains tenants de la théorie du genre appellent à tout envoyer balader, disant, en quelque sorte, que nous pouvons nous construire comme nous le voulons (j’ai entendu une maître de conférence versée dans les études de genre affirmer que l’inégalité entre hommes et femmes dans les compétitions sportives était construite…), mais cette thèse ne découle pas nécessairement de leurs prémisses, et elle ne doit pas nous décourager d’utiliser l’outil intellectuel indispensable qu’est, encore une fois, le genre.

Dire que l’identité sexuelle est quelque chose de « naturel » va donc à l’encontre de tout ce que les sciences sociales nous montrent. Mais là n’est pas l’essentiel. Le plus grave – et à ce stade, je précise que je parle en tant que chrétien – c’est que cela me semble un appauvrissement très regrettable de la Parole du Christ. Le Christ n’a jamais parlé de nature ou de loi naturelle. Cette loi inscrite dans le cœur de l’homme dont parle l’abbé Grosjean, elle n’agit pas malgré moi, elle n’est rien pour moi si je ne la découvre pas, si je la reconnais pas, et je ne vois pas très bien le rapport qu’elle peut avoir avec le fait d’être attiré sexuellement par les hommes ou les femmes, le rôle social lié à mon sexe biologique, ou toutes ces histoires. S’il y a une nature de l’homme, s’il y a une loi naturelle, c’est celle que nous découvrons en rencontrant le Christ (étant bien entendu que nous pouvons Le rencontrer sans savoir que c’est de Lui qu’il s’agit), et cette nature est d’ordre spirituel : nous sommes faits pour Dieu, pour L’aimer, pour aimer notre prochain.

J’aimerais ne plus entendre dans la bouche de « personnes autorisées » liées à l’Église catholique cette expression au pire franchement erronée, au mieux ambiguë de « nature humaine », mais je sais bien que c’est un doux rêve. Il va falloir s’y résigner un jour : la nature est muette. C’est peut-être dommage, mais c’est ainsi. La nature ne nous dit rien sur la façon dont nous devons nous comporter. C’est à chacun de nous de découvrir ce que nous sommes (et nous sommes aussi ce que nous sommes biologiquement parlant, la théorie du genre ne le nie pas, bien au contraire), ce qu’est notre corps, ce que la société qui nous entoure a contribué à faire de nous, ce qu’elle est en train de contribuer à faire de nous ; nous pouvons y consentir, et peut-être, refuser certaines choses ; et ensuite, chercher un chemin, à la lumière de la relation que nous entretenons avec Dieu. Vingt minutes d’explications sur le genre me semblent donc tout à fait à leur place dans un cours de sciences de la vie et de la terre destiné à des lycéens de quinze à dix-sept ans. Il me semble aberrant d’attendre d’un professeur de sciences de la vie et de la terre une initiation à la vie affective, qui, à mon humble avis, n’a de toute façon pas sa place à l’école telle qu’elle existe aujourd’hui. J’ai dit.

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[1] Oui. Du point de vue du genre, on peut être autre chose qu’un homme ou qu’une femme, c’est-à-dire que socialement, on ne joue ni le rôle d’un homme, ni celui d’une femme. C’est notamment le cas des tribus indiennes d’Amérique du Nord, dans lesquelles existent ce qu’on appelle les deux-esprits ou berdaches. D’autre part, on n’est pas voué au même rôle sexuel toute sa vie ; cf. les relations de type pédérastique en Grèce antique, au Japon, et ailleurs.

[2] Non, je n’ai pas comparé Jésus à Simone de Beauvoir. Non, je n’ai pas comparé Jésus à Simone de Beauvoir. Non, je n’ai pas comparé Jésus à Simone de Beauvoir.

[3] Il n’est pas rare (1 ou 2 %) que l’apparence physique soit ambiguë. Même biologiquement parlant, tout n’est pas simple, il n’y a pas deux profils-types, l’un commun à tous les hommes, l’autre commun à toutes les femmes, mais plutôt une multitude de profils très variables sur le plan génétique, hormonal, du point de de vue de la conformation des caractères sexuels primaires et secondaires, etc. Multitude de profils divers au sein de laquelle, bien entendu, on peut discerner les deux grandes catégories que vous connaissez.

[4] Exemple célèbre : l’anthropologue Margaret Mead a observé une société de Papouasie-Nouvelle-Guinée dans laquelle les hommes passaient leur temps à s’embellir.

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Réflexion sur le même sujet :

*Henry le Barde

*Incarnare

*Thomas More

*Zabou

L’Église et la sexualité : pourquoi, comment ?

À l’occasion de la récente vague de révélations au sujet d’actes pédophiles commis par certains prêtres catholiques, une fois de plus, les médias ont mis en cause la vision chrétienne, et plus particulièrement catholique de la sexualité. Pour résumer, l’Église catholique verrait dans la sexualité quelque chose de dangereux, qu’il faudrait étroitement encadrer. Elle exigerait beaucoup trop de ses fidèles et de son clergé, en régissant strictement leur sexualité, voire en excluant qu’ils en aient une. Même l’union des corps de deux adultes mariés et consentants fait l’objet d’un certain nombre d’interdits, et ne serait envisagée qu’avec réserve et méfiance. Je n’aime pas beaucoup parler de ce sujet-là, pour deux principales raisons : 1) le discours sur la sexualité ne trouve son sens le plus profond que dans le cadre d’une communication entre les deux êtres qui comptent passer ou passent déjà de la théorie à la pratique : en dehors de ce cadre, on peut discourir autant qu’on veut, le jour où on se retrouve au pieu avec bobonne, ce sera probablement autre chose ; 2) il est extrêmement pénible pour un catholique d’être constamment sollicité sur ce sujet ; on a trop souvent l’impression d’être sommé de se justifier, ce qui est désagréable. Néanmoins, comme en quelques occasions on m’a suggéré de mettre par écrit deux-trois réflexions à ce sujet, voilà une réponse en trois temps (on ne se refait pas) au discours un peu sommaire qu’on entend généralement à propos de la sexualité telle que la conçoit l’Église catholique. Je ne cherche pas ici à justifier quoi que ce soit, j’essaie de donner rapidement quelques outils nécessaires à la compréhension des positions catholiques sur les questions sexuelles, de montrer que ces positions ont évolué et sont susceptibles d’évoluer.

La première est un cri du cœur : non, ça n’est pas ça du tout, vous n’y êtes pas. Jeune catholique, j’ai entendu des centaines de conférences, sermons, propos publics ou privés de prêtres et de personnes autorisées, portant sur la sexualité. Je dirais même que j’en ai entendu un petit peu trop – on ne peut pas le nier, si l’Église ne parle pas que de sexualité, de fait, aujourd’hui, elle parle beaucoup de sexualité – somme toute c’est assez logique, dans la mesure où l’on aborde ce sujet dans l’espace public beaucoup plus fréquemment qu’autrefois). Des traditionalistes bouchés à l’émeri aux progressistes frénétiques (en toute charité), dans quatre-vingt-dix pour cent des cas, je crois avoir entendu des choses sensées, justes, équilibrées. Jean Paul II a beaucoup fait pour réhabiliter le corps et la sexualité, pour en donner une vision belle et profonde. Sans nécessairement aller jusqu’à parler de « liturgie de l’orgasme », comme l’a récemment fait un essayiste catholique, il est admis, dit et répété aujourd’hui dans l’Église catholique que la sexualité peut être quelque chose de beau, de bon, si elle est vécue dans l’authenticité, la sincérité, la fidélité, la vérité, etc. Pour mémoire, voilà ce que dit le Catéchisme de l’Église catholique : « La chasteté signifie l’intégration réussie de la sexualité dans la personne et par là l’unité intérieure de l’homme dans son être corporel et spirituel. La sexualité, en laquelle s’exprime l’appartenance de l’homme au monde corporel et biologique, devient personnelle et vraiment humaine lorsqu’elle est intégrée dans la relation de personne à personne, dans le don mutuel entier et temporellement illimité, de l’homme et de la femme. » Je ne crois pas me tromper en écrivant que 99 % des gens souhaiteraient, au fond du fond, que leur sexualité s’approche autant que possible de cette définition.

Dans un second temps, il faut bien reconnaître que l’Église catholique a longtemps eu, et a toujours dans une certaine mesure, un problème avec la sexualité. Il y a à cela de multiples bonnes raisons, j’en donne quelques unes en vrac : 1) les premiers chrétiens vivaient dans l’attente du retour imminent du Christ, il n’était donc pas vraiment urgent de développer une vision belle et profonde de la sexualité ; 2) de nombreux Pères de l’Église se convertissent ou découvrent l’ascèse après une vie nettement plus relâchée, ce qui les conduit souvent à envoyer la sexualité au diable avec le reste (à commencer par saint Augustin, qui écrit tout de même qu’on ne doit faire usage de l’acte charnel que pour avoir des enfants…) ; 3) plus généralement la sexualité est souvent perçue comme quelque chose d’effrayant, parce que dans son exercice, l’homme serait momentanément livré tout entier à l’empire du corps – ce qui n’est pas tout à faux, bien entendu ; 4) parce que ça n’est pas non plus tout à fait faux, par commodité, et parce que ça fait joli, le clergé tend à opposer abruptement plutôt qu’à distinguer de façon constructive amour charnel et amour spirituel ; « ceux qui aiment d’un amour charnel rougissent de l’avouer, parce qu’ils se couvrent eux-mêmes de honte et nuisent à ceux qui les entendent; mais ceux qui sont enflammés de l’amour spirituel ne le doivent point taire un moment », écrit par exemple saint Jean Chrysostome.

L’Église a, en conséquence, été amenée à écrire beaucoup de choses étranges au sujet de la sexualité, heureusement sans ériger son enseignement à ce sujet en dogme immuable. Il serait facile de faire ici un recueil de perles piochées ça et là, d’encyclique en manuel des confesseurs, de sermon en précis de théologie morale. Je ne compte pas m’y atteler – et je me permets de faire remarquer que les écrits d’une foule de philosophes, moralistes, biologistes et autres, tout ce qu’il y a de moins catholiques, prêtent tout autant à rire que les élucubrations de nos papes et docteurs. Voici tout de même quelques grandes lignes. 1) Tendance à restreindre l’usage de la sexualité à l’une des finalités que lui donne l’Église : la procréation. 2) D’où une tendance à juger moralement les actes sexuels un par un, en-dehors de tout contexte, sans appréhension globale de la sexualité dans le cadre de la vie du couple. 3) D’où une tendance à interdire les pratiques sexuelles non explicitement liées à la procréation. 4) Et plus largement, tendance à appréhender la sexualité sous l’angle d’un interdit global, avec des exceptions. Là encore, ça n’est pas exhaustif. (Tout de même, ceusses qui me lisent et qui comprennent trois mots de latin – oui, parce que les passages concernant la sexualité sont toujours en latin dans ce genre de bouquin, pour éviter de donner des idées au bas peuple – il faut aller lire les manuels de confesseurs des XVIIIe-XIXe siècles.)

Dans un troisième temps, tâchons de synthétiser. Que dire ? Prenons, au hasard (bon, pas tout à fait) l’encyclique Humanae Vitae. Je n’ai jamais rencontré un clerc ou un laïc autorisé qui soit capable de m’expliquer de manière satisfaisante pourquoi, nondidjou, il est permis de recourir aux périodes infécondes pour espacer les naissances, tandis qu’il est interdit de recourir aux moyens « artificiels » pour le même but. L’encyclique voit dans leur usage « une voie large et facile [...] à l’infidélité conjugale et à l’abaissement général de la moralité ». Ou comment confondre allègrement causes, moyens et conséquences (ou pour dire les choses moins élégamment mais plus simplement : l’infidélité, l’immoralité, ça commence rarement par une capote). Les moyens artificiels seraient « une arme dangereuse [...] aux mains d’autorités publiques peu soucieuses des exigences morales ». Bon, c’est bien gentil, mais si les autorités publiques sont peu soucieuses des exigences morales, et sont décidées, par exemple, à entreprendre une politique de stérilisation massive, il est peu probable qu’elles se soucient de l’avis de l’Église catholique. Le dernier argument est le plus curieux : il existerait « des limites infranchissables au pouvoir de l’homme sur son corps et sur ses fonctions ; limites que nul homme, qu’il soit simple particulier ou revêtu d’autorité, n’a le droit d’enfreindre. » Sans doute. Mais en l’occurrence, le couple veut simplement espacer les naissances dans le cadre d’une paternité généreuse et responsable : la fin visée est donc bonne. Le moyen n’est pas mauvais en lui-même : nous prenons tous des médicaments qui modifient le fonctionnement de notre corps tout autant, sinon plus que ne le fait une pilule contraceptive. Où est donc le problème ?

Qu’on pointe du doigt les risques que présente l’usage des moyens artificiels de contrôle des naissances, c’est bien entendu : tout le monde comprend qu’en usant de tels procédés, à long terme, on pourrait en venir à dissocier les deux finalités du mariage, ou même à ne plus voir en l’autre qu’un instrument au service de son propre plaisir, etc. ; tout le monde comprend que ces petites inventions facilitent l’épanouissement de la sexualité hors mariage. Je ferai néanmoins respectueusement remarquer au pape, d’une part, que les couples n’ont pas attendu l’invention de la pilule et du préservatif pour connaître ce genre de problèmes (et à ce jour, je ne suis pas certain qu’on ait pu prouver une quelconque corrélation entre les uns et les autres). D’autre part, que la sexualité hors mariage a toujours existé, pilule ou pas pilule, et que si elle connaît un relatif essor de nos jours, il est généralement admis que c’est pour des raisons plus sociologiques (passage à une société ouverte, urbanisation, déclin du contrôle social…) que techniques. Bref, oui, reconnaissons-le, il y a des causes implicites à cette encyclique. Pas la « haine du sexe », la « haine du plaisir », encore moins la « haine de la vie » (©Onfray & Nietzsche, 1870-2010, une affaire qui roule). Pas de « méconnaissance de la sexualité » (une confession vous prouvera que les prêtres sont en général de bon conseil en la matière). Mais des habitudes de pensée (en théologie morale notamment), un manque de confiance dans la liberté humaine, une immixtion parfois excessive dans les problèmes de conscience des fidèles concernés (en la matière, et étant bien entendu qu’on se situe, par définition en quelque sorte, au sein d’un couple marié composé d’un homme et d’une femme ayant à cœur de poursuivre les fins propres à leur union, il me semble que l’Église devrait se contenter de formuler des avis prudents et respectueux).

Je reviens sur l’habitude, prise au cours des siècles, de juger les actes sexuels individuellement, qui me semble particulièrement nuisible à la pertinence du jugement que porte l’Église dans ce domaine. Sur ce sujet je laisse le théologien allemand Karl Rahner poser d’excellentes questions : « Chaque acte conjugal concret, pris en lui-même et indépendamment de la vie conjugale, doit-il, et pour quelles raisons, être soumis à un jugement moral non équivoque ? Pourquoi la double signification de l’acte conjugal, comme témoignage d’amour et comme acte ouvert à la procréation, devrait-elle se retrouver à la fois dans chaque acte ? » (c’est dans À propos de Humanae Vitae, éditions de l’Épi, 1969 – le premier que la date fait sourire a un gage). Que chacun se penche sur son expérience personnelle de la chose et se demande s’il est possible de juger moralement chaque acte conjugal (ou présumé tel, bref), et si une approche plus globale n’aurait pas plus de sens. Il y a là une piste à creuser – elle a d’ailleurs déjà été bien entamée depuis 1969. Enfin, soyez patients. L’Église est une vieille dame. N’attendez pas de progrès, ça n’est pas le genre de la maison, mais des développements, des approfondissements, il y en aura sans doute. La théologie du corps de Jean Paul II date d’un quart de siècle à peine. Après tout, Humanae Vitae n’est qu’une « expression doctrinale réformable », comme l’écrivait ce cher vieux Rahner. J’espère que les quelques points de désaccord que vous pouvez avoir avec l’Église ne vous empêcheront pas d’apprécier les richesses qu’elle a à offrir, dans ce domaine, et dans beaucoup d’autres.

[NB 1 = Ce texte est rédigé sur un ton plutôt léger. C'est volontaire. Faites avec. Plus grave, ce texte donne par moments l'impression que l'auteur, du haut de ses vingt ans et quelques, juge sans complexe vingt siècles de tradition, des papes et des saints qui valent cent fois mieux que lui. Cette impression n'est pas fondée ; l'auteur lit une demi-encyclique et vingt pages de Sources chrétiennes tous les matins en prenant son café au lait, pour son édification personnelle, et a toujours respectueusement contemplé l'admirable travail de développement et de réinterprétation que l'Église a toujours su faire en matière de dogme et de morale. C'est précisément parce qu'il fait confiance à l'Église pour continuer ce travail qu'il se permet de suggérer quelques pistes.]

[NB 2 = Quant à Humanae Vitae, désolé pour tous ceux qui s'entêtent à justifier l'injustifiable (quand je dis injustifiable, je parle de l'interdiction stricte de l'usage de tout moyen de contraception « artificiel », il y a évidemment beaucoup de profit à retirer du reste de ce document). Je ne dis pas que Paul VI n'était pas inspiré par l'Esprit-Saint lorsqu'il a signé l'encyclique. Je dis qu'inspiré par l'Esprit Saint, il a commis une erreur d'appréciation - ou même qu'il a simplement péché par excès de prudence, face à une invention récente (l'interdiction vise principalement la pilule). À notre petite échelle, ça nous arrive tous les jours, charisme ou pas charisme. Comme l'écrivaient les évêques allemands dans une lettre pastorale de septembre 1967 : « Si nous comprenons notre foi dans l'esprit de l'Église et si nous nous efforçons constamment de l'approfondir, nous n'avons pas à renier une vérité à cause de notre foi catholique, ni à renier notre foi catholique à cause d'une vérité. »]

[NB 3 = Tableaux : L'Enfer de Jérôme Bosch, La Tentation de saint Antoine de Grünewald, David et Bethsabée de Cranach]