La Tradition à visage humain
5 juin 2009
Lors du dernier pèlerinage de Chartres (pour les non-initiés, pèlerinage reliant Paris à Chartres à la Pentecôte, auquel participent de nombreux catholiques participant régulièrement à la messe selon le rite de 1962 – et d’autres catholiques de sensibilité, disons “conservatrice” pour faire court), on pouvait observer ceci :
[Avant la suppression de la photo, on pouvait voir ici deux tradinettes en short blanc débardeur rose devant une bannière.]
[Photo trouvée sur Le Forum catholique, et retirée immédiatement sur simple demande des ayant-droits (photographe et figurantes). Ce billet ne cherche qu'à susciter un sourire d'amusement chez un certain nombre de personnes, et sera supprimé dans un délai raisonnable une fois ledit sourire suscité.]
Céline meilleur avocat du christianisme
10 février 2009
« La supériorité pratique des grandes religions chrétiennes, c’est qu’elles doraient pas la pilule. Elles essayaient pas d’étourdir, elles cherchaient pas l’électeur, elles sentaient pas le besoin de plaire, elles tortillaient pas du panier. Elles saisissaient l’Homme au berceau et lui cassaient le morceau d’autor. Elles le rencardaient sans ambages : “Toi petit putricule informe, tu seras jamais qu’une ordure… De naissance tu n’es que merde… Est-ce que tu m’entends ?… C’est l’évidence même, c’est le principe de tout ! Cependant, peut-être… peut-être… en y regardant de tout près… que t’as encore une petite chance de te faire un peu pardonner d’être comme ça tellement immonde, excrémentiel, incroyable… C’est de faire bonne mine à toutes les peines, épreuves, misères et tortures de ta brève ou longue existence. Dans la parfaite humilité… La vie, vache, n’est qu’une âpre épreuve ! T’essouffle pas ! Cherche pas midi à quatorze heures ! Sauve ton âme, c’est déjà joli ! Peut-être qu’à la fin du calvaire, si t’es extrêmement régulier, un héros, ‘de fermer ta gueule’, tu claboteras dans les principes… Mais c’est pas certain… un petit poil moins putride à la crevaison qu’en naissant… et quand tu verseras dans la nuit plus respirable qu’à l’aurore… Mais te monte pas la bourriche ! C’est bien tout !…Fais gaffe ! Spécule pas sur des grandes choses ! Pour un étron c’est le maximum !…”
Ça ! c’était sérieusement causé ! Par des vrais pères de l’Église ! Qui connaissaient leur ustensile ! qui se miroitaient pas d’illusions ! »
Louis-Ferdinand Céline, Mea Culpa
Je signe des deux mains
21 juin 2008
J’ai choisi de me rattacher à la religion catholique en un temps où il n’y a plus de religion. Pourquoi donc ? Il me semble que je me détraquerais tout si j’essayais de faire autrement. Est-ce manque de veine personnelle ou enchantement invincible, mes pensées, ma conception du monde, mes passions ne peuvent s’ordonner que selon les directions catholiques. Mais ne puis-je me passer d’ordre ? ou du moins quitter l’ordre que je connais pour me jeter à l’aventure et en gagner un autre ? Aussitôt que je m’écarte, je m’épouvante.
D’ailleurs les système catholique est si vaste, si complet que chacun peut y trouver son orientation particulière. Je sais bien tout ce qu’il y a de latitudinaire dans cette vue qui, avouée, serait condamnée et que c’est assez hypocrite de profiter, à l’ombre du catholicisme, d’une liberté d’en sortir qu’on n’y trouve de nos jours que parce qu’elle a été imposée du dehors.
Pierre Drieu La Rochelle, Blèche, Gallimard, L’Imaginaire, 2008, p. 105-106
Pas son meilleur roman, sans doute, mais j’ai rarement autant adhéré à une phrase de lui qu’à celle mise en gras plus haut. Au passage, comme je crois que tous les romans de l’ami Pierrot me sont maintenant passés entre les mains, le petit top 5 arbitraire qui va bien :
1) L’homme à cheval
2) Le feu follet
3) Mémoires de Dirk Raspe (inachevé, le meilleur s’il l’avait fini, j’imagine)
4) Gilles
5) Les chiens de paille
En bonus, cette citation (librement adaptée d’après mes souvenirs) de Mme X., professeur des universités, spécialiste de l’histoire du sentiment et de la sexualité, pas franchement à droite, et c’est peu dire : “Non, franchement, Drieu, en plus, ses romans ne valent rien ; alors que Brasillach…”. (Je dirais l’inverse, mais passons…).
Sagesse de Pierre-Antoine Cousteau
15 mai 2008
« Cousteau – … Et je commencerai à avoir un peu de considération pour les catholiques, le jour où ils seront aussi catholiques que j’étais fasciste. »
Pierre-Antoine Cousteau et Lucien Rebatet, Dialogue de vaincus
The Heart of the Matter
25 avril 2008
(Vous pouvez lire cet excellent roman de Graham Greene, mais ce qui suit n’a rien à voir).
« Depuis la Révolution française – accord final qui éclater au terme d’un long crescendo – l’Église vit essentiellement dans un dépassement d’elle-même. Détachée de cette base naturelle qu’était pour elle l’ordre social chrétien, sa relation au « monde » est plus polémique qu’organique. Il semble qu’elle n’ait pas seulement perdu le champ naturel où elle pouvait semer ses graines, mais aussi le sol nourricier où pouvait croître sa propre transcendance ; elle court le risque de perdre ses véritables attaches au monde, soit qu’elle se contente de prendre appui sur cette base qui est proprement la sienne – celle du sacrement et du ministère – et fuie ainsi hors du temps, soit qu’elle se laisse séduire par le temps lui-même et perde ainsi la force de réaliser la transcendance chrétienne dans une expérience dont nous avons vu qu’elle était une exposition, une extrapolation, un abandon de soi, un risque. »
Le chrétien Bernanos, Seuil, 1956, p. 272