« La supériorité pratique des grandes religions chrétiennes, c’est qu’elles doraient pas la pilule. Elles essayaient pas d’étourdir, elles cherchaient pas l’électeur, elles sentaient pas le besoin de plaire, elles tortillaient pas du panier. Elles saisissaient l’Homme au berceau et lui cassaient le morceau d’autor. Elles le rencardaient sans ambages : “Toi petit putricule informe, tu seras jamais qu’une ordure… De naissance tu n’es que merde… Est-ce que tu m’entends ?… C’est l’évidence même, c’est le principe de tout ! Cependant, peut-être… peut-être… en y regardant de tout près… que t’as encore une petite chance de te faire un peu pardonner d’être comme ça tellement immonde, excrémentiel, incroyable… C’est de faire bonne mine à toutes les peines, épreuves, misères et tortures de ta brève ou longue existence. Dans la parfaite humilité… La vie, vache, n’est qu’une âpre épreuve ! T’essouffle pas ! Cherche pas midi à quatorze heures ! Sauve ton âme, c’est déjà joli ! Peut-être qu’à la fin du calvaire, si t’es extrêmement régulier, un héros, ‘de fermer ta gueule’, tu claboteras dans les principes… Mais c’est pas certain… un petit poil moins putride à la crevaison qu’en naissant… et quand tu verseras dans la nuit plus respirable qu’à l’aurore… Mais te monte pas la bourriche ! C’est bien tout !…Fais gaffe ! Spécule pas sur des grandes choses ! Pour un étron c’est le maximum !…”

Ça ! c’était sérieusement causé ! Par des vrais pères de l’Église ! Qui connaissaient leur ustensile ! qui se miroitaient pas d’illusions ! »

Louis-Ferdinand Céline, Mea Culpa

“La Terre se réchauffe.”

(Louis-Ferdinand Céline, Les beaux draps, édition numérisée par des fascistes en goguette, disponible quelque part sur Internet, années 2000, p. 65)

Après que le Maître a parlé, le doute est-il encore permis, mécréants ? Autre chose : il se confirme que l’un des grands drames de l’existence est que nous attendons des autres ce qu’ils ne peuvent pas nous donner, et vice-versa. Dans cette conversation d’hier soir, par exemple, il est manifeste que l’un (votre serviteur) n’arrive pas à amorcer la conversation brillante dont il rêve, tandis que le désir de relations sexuelles rémunératrices de l’autre reste inassouvi.

- C’est un peu comme chez Sartre, en fait. Tu connais Sartre ?

- Non.

- Ce n’est pas très grave. De toute façon, il n’a jamais fait que mal lire Heidegger. Tu connais Heidegger ?

- Non.

- …

- …

- …

- Est-ce que tu baises ?

- Non.

Éloquent, n’est-ce pas ? C’est désespérant, mais je suis incapable de me comporter comme la plupart des personnes de mon entourage, qui ne se font aucun scrupule de sauter des gamines, de tromper leur femme, de piquer dans la caisse, etc. J’ignore pourquoi. La pression familiale ? En matière religieuse, morale, politique, etc., j’ai coupé le cordon depuis pas mal de temps déjà. Dieu ? J’ai de plus en plus de mal à y voir une bonne raison de s’interdire certaines choses. La morale naturelle ? Foutaises. J’ai peut-être trouvé une réponse intéressante chez Georges Darien (Le Voleur, c’est à lire). “Mais, en somme, si je me conduis bien, c’est que ça me fait plaisir.”

- Il faut éduquer le public c’est sûr – à cela Sartre sert admirablement – mais que tout son théâtre est gratuit ! si peu payé ! et sa philosophie ! Il lui faudrait 2 ans de prison – 3 ans de tranchées pour lui apprendre le véritable existentialisme et une condamnation à mort au cul pendant 10 années au moins – et une bonne invalidité – 75 p. 100 – alors il ne divaguera plus – il ne fabriquera plus des monstres gratuits -

Louis-Ferdinand Céline, Lettre à Milton Hindus du 11 juin 1947, dans Rencontre à Copenhague, L’Herne, 2007, p. 123

L’activité qu’on appelle artistique, c’est à savoir de cabarets, music-halls, arts plastiques, mondanités et autres jeux de jambes, avait repris dès les premiers jours de l’Occupation. La nouvelle clientèle touristique avait marqué un grand intérêt pour ce canton de notre vie culturelle, qui connut pendant l’hiver et le printemps une enviable prospérité. Les intellectuels n’avaient pas non plus sujet de se plaindre. Ils se réunissaient, comme autrefois, dans les brasseries de Saint-Germain-des-Prés. On y rencontrait, paraît-il, Sartre, Simone de Beauvoir, Aragon ou Malraux. On les désignait aux soudards assis aux tables voisines qui regardaient avec respect ces ennemis du national-socialisme. Le récit des souffrances endurées par ces patriotes pendant le règne de l’obscurantisme a fait l’objet plus tard d’émouvantes monographies. Je n’ai jamais été touché par cette noble indignation. Je voyais aux vitrines des plus grandes librairies les livres de ces persécutés et même leurs photographies et des pages de leurs manuscrits. Des articles polis informaient le public des projets de ces fiers Sicambres et de leurs villégiatures. Eux, se plaignaient avec acrimonie de ne plus être les maîtres des quotidiens et de la radio. Je comprends très bien cette souffrance. Je puis assurer, toutefois, qu’elle n’est pas insurmontable. J’ai pu, en effet, survivre, pendant quarante-cinq ans, sans avoir trouvé aucun grand quotidien, aucune radio, aucune télévision qui représente ma sensibilité ou mes idées : je n’en suis pas mort de chagrin. J’ai appris qu’on s’habitue très bien à vivre sous n’importe quel ciel et dans n’importe quel décor.

Maurice Bardèche, Souvenirs, éditions du Pilon, 2007, p. 103

Lectures à venir

17 juin 2008

Gabriele d’Annunzio, Paolo Alatri
The Cambridge History of Twentieth-Century Political Thought, Terence Ball & Richard Bellamy (éd.)
The State against the State – The theory and practice of the coup d’Etat, Eric Carlton
Les coups d’Etat militaires en Afrique noire, Jean-Pierre Pabanel
Rencontres à Copenhague, Louis-Ferdinand Céline & Milton Hindus

Et les oraux du CAPES, me direz-vous ? On y réfléchit…