Tresmontant sur le péché originel

Le but de la Création, sa finalité ultime, c’est l’union sans mélange et sans confusion de cet Homme nouveau et véritable, à Dieu unique et incréé. Nous naissons dans un état qui précède cette union et nous ne pouvons parvenir à cette union qui est la finalité ultime de la Création, qu’après une transformation, une métamorphose, une nouvelle naissance, qui fait de nous l’Homme nouveau, nouvelle création, conforme au fils unique qui réalise cette union depuis le premier instant de la création de son âme humaine. Ce n’est donc pas une affaire de chute, ni une histoire de chute. Il s’agit d’une étape dans l’histoire de la Création.

La Création de l’Univers, de la nature, de l’Homme, s’effectue par étapes, parce qu’il n’est pas possible qu’il en soit autrement. La création de l’Homme s’effectue par étapes : c’est ce qu’explique Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, 15, 45, que nous avons lu. C’est ainsi que le comprend Irénée de Lyon dans son grand ouvrage contre les gnostiques, livre IV. En somme, Luther a remplacé la théorie chrétienne de la Création qui s’effectue par étapes, par une théorie gnostique de chute. Il met donc la perfection ou la plénitude au début, à l’origine, comme tous les systèmes gnostiques. Tandis que le christianisme orthodoxe, celui de saint Paul et de saint Irénée de Lyon, met la perfection, la plénitude au terme de l’histoire de la Création, et non pas à l’origine. Pour Luther la raison d’être du Christ ne peut donc être que la rédemption, la réparation, la satisfaction. Luther n’aperçoit pas que la raison d’être du Christ est beaucoup plus que cela, puisque le Christ est celui en qui la Création tout entière trouve son achèvement ultime, sa plénitude, sa raison d’être, sa finalité intelligible, comme l’a bien vu le franciscain Jean Duns Scot. La raison d’être du Christ est indépendante du fait que l’Humanité est devenue criminelle. Le Christ est le premier voulu, primum in intentione, ultimum in executione. On voit comment la théorie orthodoxe du péché originel se rattache à la christologie orthodoxe.

Claude Tresmontant, Les malentendus principaux de la théologie, F.-X. de Guibert, 2007

(Je n’ai pas aimé ce bouquin. Trop vite écrit et trop confus, à mon humble avis. Mais il y a de bons passages.)