L’arditisme selon Mario Carli
18 juin 2008
Alors, évidemment, les grincheux trouveront ça un peu surfait. Quand on fait profession de cynisme, il est difficile de dissimuler un sourire en coin. Je confesse une certaine réserve. Néanmoins, je n’arrive pas à comprendre comment il est possible que des jeunes gens et jeunes filles de, je ne sais pas moi, seize-dix-sept-dix-huit ans, préfèrent manifester pour réclamer plus de moyens et de professeurs, militer docilement pour le métissage et la démocratie maternaliste – Dieu que j’aime ce néologisme – plutôt que de faire un beau salut romain en écoutant des orateurs dans le goût de Gabriele d’Annunzio. En bref, je me demande pourquoi la giovinezza n’est pas primavera di bellezza, les connaisseurs comprendront. Au lieu de gaver nos lycéens de Zola et de Simone de Beauvoir, pourquoi ne leurs fait-on pas lire Mario Carli et Gabriele d’Annunzio, grands dieux ! Allez hop, eia, eia, alalà, en avant, sac au dos, fusil en bandoulière, et c’est reparti comme à Fiume ! D’autant qu’on baisait sans doute mieux à Fiume au temps de d’Annunzio que dans les lycées au temps de Bachelot, ils ne perdraient rien au change, mais je m’égare.
Donc, un texte de Mario Carli, paru dans Roma futurista début janvier 1919, cité dans Gabriele d’Annunzio, Paolo Alatri, Fayard, 1992, p. 385.
Volontarisme. Mépris du train-train médiocre, où l’on ne risque ni ne gagne trop. Passion de l’émotion, du danger, de la lutte. Personnalité, initiative, imagination, clairvoyance d’une âme rapace. Esprit d’aventure et esprit de corps. Tempérament gascon dans les faits plus que dans les mots. Romantisme sur fond très noir, sur quoi se découpent des musculatures d’acrobate. Intellectualité assoiffée de gloire, générosité capable d’une esthétique raffinée. Mafia insolente de la valeur consciente d’elle-même. Fusion parfaite pensée-beauté-action. Élégance d’un geste primitif, infantile, venant aussitôt après un geste d’héroïsme invraisemblable. Tous les élans, toutes les violences, tous les emportements dont déborde l’âme italienne. Aristocratie de caractère, de muscles, de foi, de courage, de sang, de cerveau. Patriciens descendus de cheval, aviateurs descendus de leurs avions, intellectuels sortis de leurs idéologies, raffinés fuyant les salons, mystiques dégoûtés des églises, étudiants avides de vie, et jeunesse, jeunesse, qui veut tout conquérir ou tout perdre, qui veut donner avec plénitude, avec santé, avec énergie ses dix-neuf années généreuses et amoureuses de l’Italie, de toutes les belles choses de l’Italie, de la belle terre, des belles femmes, des belles villes d’Italie, de l’avenir qu’ils devinent merveilleux.
Lectures à venir
17 juin 2008
Gabriele d’Annunzio, Paolo Alatri
The Cambridge History of Twentieth-Century Political Thought, Terence Ball & Richard Bellamy (éd.)
The State against the State – The theory and practice of the coup d’Etat, Eric Carlton
Les coups d’Etat militaires en Afrique noire, Jean-Pierre Pabanel
Rencontres à Copenhague, Louis-Ferdinand Céline & Milton Hindus
Et les oraux du CAPES, me direz-vous ? On y réfléchit…