« Cela le rendait triste de constater qu’il n’avait jamais réussi à intéresser ses élèves à Keats ni à Whitman, pas davantage qu’à la biologie ou aux mathématiques d’ailleurs. Mais lui-même avait commencé par apprendre tout par cœur et il ne s’était réellement intéressé à tout ça qu’à partir de vingt ans. Comme ses propres élèves, il s’était dit jusqu’alors que la connaissance était un pays très lointain, pas très passionnant, et qu’il lui fallait apprendre la géographie de ce pays comme un rite de passage, un intermède nécessaire bien que provisoire sur le chemin qui conduit de l’enfance à l’âge adulte, en passant par la puberté. Mais pour ceux qui avaient un don réel, la connaissance était une chose aussi concrète qu’une feuille d’arbre ou une flaque de boue. Dans les choses les plus ordinaires, ils trouvaient une musique qui leur donnait envie de danser. Ils ne se contentaient pas de vagues idées sur l’océan. Ils n’enduraient pas la monotonie d’innombrables journées de chasse ou de pêche, ou simplement de lectures sur la chasse et la pêche, sur l’océan Indien, la mer des Caraïbes ou l’océan Arctique. Joseph pensait que Keats et Whitman, et le jeune Samuel, d’une certaine manière, vivaient dans les contrées illimitées de leur imagination. Il y avait là une beauté qui n’existait pas dans les préoccupations quotidiennes du commun des mortels. Vouloir absolument vivre sa vie, par exemple, alors que notre vie est si peu différente en fait de l’existence que mènent la plupart des animaux, de la manière la plus naturelle qui soit. »

Jim Harrison, Nord-Michigan

Bien ça ; les enseignants devraient s’en souvenir plus souvent. Ils s’éviteraient ainsi bien des illusions.

Je ne sais pas si cela tend à confirmer que je suis affligé d’une prétention monstrueuse, mais je m’identifie pas mal au “pour ceux qui avaient un don réel, la connaissance était une chose aussi concrète qu’une feuille d’arbre ou une flaque de boue”. Je dirais même “plus concrète” qu’une feuille d’arbre ou une flaque de boue. Aux yeux de la plupart de mes petits camarades, pour autant que je m’en souvienne, les personnages historiques n’existaient que le temps du cours d’histoire. Ce qui se passait dans les trois romans qu’il fallait lire chaque année en français avait pour but ultime les réponses que nous devions donner aux contrôles de lecture. Pour moi, Louis XIV avait vraiment existé. Connaître ce qu’il avait fait, il n’y avait rien de plus important, j’allais ainsi pouvoir le juger, lui assigner une place dans le fourre-tout qui me tenait lieu de système (où il retrouvait Faurisson, vous ai-je déjà dit que j’ai lu Faurisson à douze ans ?). Et comme dit Harrison, j’ai commencé à trouver autour de moi des personnes qui pratiquaient également ce genre de sport un peu avant vingt ans. Disons dix-sept.

La biologie, je n’ai jamais beaucoup aimé ça. Sauf dans Jules Verne. Je me souviens, la seule note au-dessous de la moyenne que j’ai eue à l’école primaire, en CM2, c’était en biologie. Anthony avait su les notes avant nous, je ne sais pas comment. “Combien j’ai eu ?” que je lui dis. “Si je te le dis, tu vas pleurer”. Il ne disait pas ça pour se moquer, c’était mon meilleur ami, Anthony. Son père était camionneur. “Huit”. J’ai été un peu étonné, mais je n’ai pas pleuré. Il ne pouvait pas comprendre ça Anthony, que ce qui m’intéressait, c’était les rois, les reines, les subjonctifs, les volcans, mais que la note, je n’en avais jamais rien eu à foutre. D’autant qu’elle était presque toujours excellente, la note. La seule chose qui changeait, c’était qu’une fois ça parlait de reines, l’autre fois de volcans ou de droites parallèles.

Les maths, c’était important. A neuf ans j’ai été qualifié pour la finale nationale des jeux mathématiques et logiques, nous devions être une vingtaine en France. J’avais fini avant tout le monde les six problèmes à la finale régionale, dans la moitié du temps qui nous était imparti. Mais je n’avais pas compris que le temps était pris en compte, et j’avais attendu la fin de l’épreuve pour rendre ma copie. Ce n’était pas grave, nous n’avions été que deux à trouver les six bonnes réponses. Le soir, à cet âge, pour m’endormir, je calculais les puissances de deux. Les bons jours, je dépassais 2^25 (quand j’essaie aujourd’hui, j’arrive péniblement à 2^20). Je voyais très nettement les chiffres se ranger les uns à côté des autres dans mon cerveau. Pendant ce temps, mes petits camarades révisaient leurs tables de multiplication. Puis les timbres, les avions, Dieu et la musique ont pris une part notable de mon temps. Et vers seize-dix-sept ans je suis devenu un littéraire.

Gastronomie romaine

14 octobre 2008

[Inspiré par Woland et ses aventures romaines, j'ai fouillé dans mes archives, et ai retrouvé un machin pédantissimement intitulé Journal d'Italie, deux ans d'âge. J'étais alors l'heureux possesseur d'un petit carnet noir, qui se remplissait à chacune de mes stations dans un restaurant de la Ville éternelle.]

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Dîner en tête-à-tête avec une Tsingtao, dans un restaurant proche du Panthéon. Je loge dans une pension glauque ; une chambre sale, huit lits, soit au jugé deux Japonaises, trois Roumaines, deux Néerlandais et moi-même. Dieu merci, pas d’autre Français. Je suis assez content de moi. Écrire sur un carnet à couverture de moleskine en achevant de déguster un gelato fritto, ça, c’est vivre. À côté, une bonne femme parle un espèce de pidgin franco-anglais. J’ai envie de l’étrangler. La peste soit des Français à l’étranger. La serveuse chinetoque ne comprend pas les mots liquore et grappa. Visiblement, les problèmes d’intégration ne sont pas une exclusivité française. Elle finit tout de même par m’apporter un verre de liqueur de bambou. Liqueur qui n’est pas si mauvaise, et d’un prix étonnamment modique – un euro – mais j’attendrai d’être plus loin de la vieille Europe si je dois un jour me saouler à mort. Quoique. Notons tout de même l’adresse, au cas où (Buon Sapore, 33, via della Palombella). Les gens me regardent bizarrement. Bientôt ils vont se lever, s’approcher de moi, et là deux scénarios sont envisageables : une loi récente interdit d’écrire sur un carnet de moleskine dans les lieux publics, auquel cas, damned, je suis fait comme un rat ; il est également possible qu’ayant reconnu en moi le nouveau Chatwin (recommandé dans la notice des carnets  Modo & Modo, précisément), ils s’apprêtent à implorer des autographes. Rien ne se passe. Mes voisins trinquent dans les différentes langues qu’ils connaissent, chose qui m’a toujours exaspéré – encore des Français, que Dieu les prenne en sa miséricorde.

[Si l'on ne tient pas à manger local, le Buon Sapore est à ma connaissance l'un des meilleurs rapports quantité-qualité/prix du centre de Rome]

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Déjeuner frugal du lendemain, sur un banc : tomates et chocolat suisse. Dans deux églises situées de part et d’autre de la fontaine de Trévi, hier matin, j’ai assisté successivement à la messe en rite orthodoxe bulgare et en rite catholique romain – un des charmes de Rome tient sans doute à la possibilité d’y trouver une messe à n’importe quelle heure dans n’importe quel rite, très en raison du succès, le Saint Sacrifice reste à l’affiche jusqu’au… J’arrive à déchiffrer le Credo qui nous est généreusement offert sur feuille polycopiée : le cours de russe suivi assez nonchalamment l’an passé n’aura donc pas été tout à fait inutile. Comment mettre en scène sans mettre à distance, comment rendre présent, rapprocher, sans abaisser : deux éternels problèmes de la liturgie. Le rite romain réformé résout assez bien le premier, moins bien le deuxième. Et inversement pour le rite orthodoxe bulgare.

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Autre restaurant, traditionnel italien cette fois-ci. Le serveur vient de manquer m’empoisonner avec une redoutable piquette. Quoiqu’il ait eu la main lourde avec le piment dans les spaghettis ; la recherche du bon accord, n’est-ce pas ? J’espère secrètement passer pour un critique gastronomique, en trimbalant ce petit carnet noir d’un restaurant à l’autre : l’échec est patent. Les choses s’arrangent quelque peu avec le foie pommes au four. Pour tout arranger, les habitués du restaurant sont entrés en conversation politique ; quelques rudiments d’italien me permettent de comprendre que si deux hommes peuvent faire ce qu’ils veulent dans le secret de leur chambre, faudrait voir à ne pas exagérer : pour le mariage et les enfants, qu’ils aillent se faire voir aux Pays-Bas. C’est beaucoup plus clair dans la langue de Dante, avec les gestes de la main appropriés. Après un demi-litre de vinaigre, je commence à sombrer dans une douce euphorie. Peut-être vais-je enfin trouver une réponse à mon interrogation philosophique du moment. Ortega y Gasset dit que la raison est ce qui nous fait vivre, et pas un processus abstrait [Ici, il devient difficile de relire mes notes] [...] relier au problème foi-raison, en sachant que ce sacré José était au moins aussi catholique que votre serviteur est socialiste ? Bref, n’hésitez pas à vous rendre à l’Osteria da Salvatore, 39, via Castelfidardo. Des mets discutables, mais la Sainte Vierge trône dans la salle principale et les pichets sont généreux.

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Terrasse du McDo de la place De La Salle. Réveillé ce matin par un Américain. Gros et laid comme ils le sont tous. Celui-là avait eu la regrettable idée de descendre de son lit avant sept heures. Ce qu’il ne pouvait évidemment faire sans réveiller votre serviteur, qui dormait du sommeil du juste dans le lit d’en-dessous. Bien entendu, je maugrée. Incapable de dissimuler quelque sentiment que ce soit, autant râler en bonne et due forme. L’autre se confond en excuses, je tente de me rendormir en grommelant des Mais ta gueule… Qu’il ne comprend manifestement pas, puisqu’il insiste. Lassé, je sors le nez des couvertures ; l’héritier des Founding Fathers me tend une paluche boudinée et assène :
Mark ! I’m sorry. What’s your name ?
Mark ? What « Mark » ?
Il se désigne. Perspicace, j’en déduis que ses heureux parents l’ont baptisé ainsi. Je finis par comprendre – je peux lire Joyce dans le texte, mais suis incapable de suivre une conversation courante, putain de système éducatif français – qu’il veut que nous nous serrions la main et que je lui donne mon prénom. Comme cela semble être le seul moyen de m’en débarrasser, je m’exécute.
My name is Marcel. Marcel Déat. Nice to meet you. Have a good day.
Et lui de s’en aller, arborant un sourire vainqueur. Mesdames, Messieurs, l’Américain ! Celui qui s’imagine avoir signé un traité de paix indissoluble parce qu’il a échangé son prénom avec un étranger. C’est pour cela que la génération de Mark meurt en Irak. Si j’écris d’aussi monumentales conneries anti-américaines, c’est en grande partie parce que les frites des McDo italiens ne sont pas meilleures que celles de leurs homologues français – j’avais nourri quelques instants un naïf espoir.

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Pour la deuxième fois, cerné par des restaurants inaccessibles à ma bourse d’étudiant – plutôt verni, certes, mais étudiant tout de même – je suis contraint de demander l’asile en Chine populaire. Tsingtao, me revoilà. J’essaie de reprendre mes réflexions entamées la veille au sujet de la liturgie. J’ai justement lu dans le métro le chapitre « Musique et liturgie » dans L’Esprit de la liturgie du cardinal Ratzinger. Tout à fait d’accord avec sa critique de la musique sacrée XIXe. Pour l’orgue, en tout cas, c’est assez désastreux : 90 % de ce qui a été écrit est amusant à jouer, mais n’a rien à faire à la messe. Pour ce qui est de la restauration du grégorien, je m’avoue sceptique – et Dieu sait que j’aime le grégorien. En-dehors des grandes paroisses urbaines et des abbayes, a-t-on vraiment un jour bien chanté le grégorien ? Je n’en suis pas sûr. Et le grégorien mal chanté, c’est immonde. Autant Peuple de frères passe très bien chanté par des vieilles à la voix éraillée, et deux secondes de décalage entre l’autel et le fond de l’église, autant, je ne sais pas, le Gloria pour les fêtes de la Sainte Vierge… quand je vois comment il est massacré dans la paroisse rit de Saint-Pie-V que je fréquente à l’occasion – en-dehors de la grand-messe, où une remarquable chorale soutient l’assistance – … brrrr… Or les créations contemporaines – gouzinades ou autres – sont également inchantables pour une assemblée lambda ; le salut est peut-être du côté des ritournelles multilingues de Taizé et des mélodies faciles du Renouveau charismatique. Et puis, très franchement, je préfèrerais qu’on évite de renouer avec le kitsch antéconciliaire et les Ave Maria aux trente couplets. C’est supportable le temps d’un pèlerinage de Chartres, entre deux chants parachutistes, mais le reste de l’année, merci bien.

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Falafel et glace à la châtaigne. Satisfait de m’être sustenté pour quatre euros en violant à peu près toutes les recommandations nutritionnelles de l’actuel gouvernement, j’entre chez Mondadori et m’y offre In Patagonia, de Chatwin, ainsi que le premier tome des aventures de Don Camillo, de Guareschi. Me suis décidé à apprendre l’italien, cet auteur me semble adéquat – langue simple, nouvelles brèves. Écarté Buzzati, lu frénétiquement à seize-dix-sept ans et depuis tombé en disgrâce. Hésité pour d’Annunzio, sans doute difficile pour un débutant. Et j’ai déjà L’Innocent à lire, en français. Incroyable, toutes les librairies italiennes proposent en ce moment des romans d’Ayn Rand en tête de gondole, avec écriteau La Rivolta di Atlante (Atlas Shrugged) : Le retour d’un grand classique. Atlas Shrugged (livre à succès d’Ayn Rand – philosophe objectiviste très connue aux États-Unis – paru il y a quarante ou cinquante ans) n’a pas encore été traduit en français. Ce n’est pas vraiment un mal, l’objectivisme randien étant assez brumeux et reposant sur une assez profonde méconnaissance et surtout mécompréhension de ce qui a été pensé depuis que le monde est monde (mutatis mutandis, ça ne dépasse guère les élucubrations d’Onfray). Mais tout de même, s’il en était encore besoin, cela tendrait à confirmer qu’en matière de culture libérale (en admettant qu’on puisse parler de culture libérale, en admettant qu’on puisse rattacher à ladite culture l’objectivisme randien), la France est plongée dans une désespérante arriération.

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Un restaurant pour touristes. Un vrai. Comment ai-je pu m’y laisser prendre. Le menu était pourtant assez clair : « Pâtes à nouilles farcie de viande au sauce à la viande ». Le vin est à vomir. Je suis sûr que ce type embouteille des cubis de rebuts algériens, ça n’est pas possible autrement. Pourquoi tous les restaurants proposent-ils en dessert de la macédoine de fruits ? Putain de raviolis. Les Giovanni Rana de Carrefour sont meilleurs. Et tiramisu industriel mal décongelé. Évitez tous les restaurants qui entourent la gare Termini, surtout côté Ouest. Côté Est, ça se défend un peu mieux, l’un propose même un menu à cent cinquante euros.

Lectures

17 juillet 2008

L’auteur ayant été tagué par Camille de Carnets baroques, tout, vous saurez tout des rapports tumultueux qu’il entretient avec la lecture. Il tague à son tour, à tout hasard, Le Grand Charles, Polydamas, mais tous ceux qui sont dans la colonne de droite auraient sans doute des réponses intéressantes à fournir (Restif peut répondre dans les commentaires…).

1) Quel(s) souvenir(s) avez-vous de votre apprentissage de la lecture ?

Le calcul mental et les images champêtres de la méthode Boscher.

2) Vos lectures préférées lorsque vous étiez enfant ?

La comtesse de Ségur, Jules Verne, Club des cinq, Clan des sept et Six compagnons, Les aventures du capitaine Longoreille, L’Histoire de France illustrée de Bainville…

3) Aimez-vous la lecture à haute voix ?

Indispensable pour la poésie (je m’endors en chuchotant du Cendrars, en ce moment…). Parfois pour le théâtre. Pas pour le reste.

4) Votre conte préféré ?

Je ne saurais pas en choisir un en particulier. En ce moment, certains contes d’Hoffmansthal me plaisent bien.

5) La meilleure adaptation d’un roman ou d’une pièce de théâtre ?

Joker (cherche culture cinématographique, d’occasion, peu servi, faire offre au blog qui transmettra).

6) Apprenez-vous par coeur certains poèmes, répliques de théâtre, passages de roman ?

Oui. Ronsard, du Bellay, Malherbe, Racine, Mallarmé, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Apollinaire, Cendrars. Et Cyrano de Bergerac.

7) Avez-vous des livres ou des magazines dans vos toilettes ?

Manque de place. Et la proximité de la douche les mettrait en péril.

8 ) Avez-vous plusieurs lectures en chantier ? Combien ? Lesquelles ?

Une Introduction à la théologie (collectif), La Question de la tradition dans la théologie catholique contemporaine (Boeglin), le tome II des Journaux de guerre de Jünger, je relis Kim (de Kipling), un manuel de théorie musicale.

9) Le poète que vous ne cesserez jamais de relire / de vous réciter ?

Apollinaire, Cendrars.

10) Le livre que vous avez lu le plus rapidement ? Le plus lentement ?

Les Raspail quand j’avais quatorze-quinze ans. Entre dix heures et onze heures et demie, avec une lampe de poche, 200-250 pages, ça passe vite.

Tiens, idem que Camille pour le plus lentement, Tristram Shandy, entamé une bonne demi-douzaine de fois et toujours pas fini…

11) Préférez-vous les éditions de poche aux originales ? Pourquoi ?

Oui. Avantageuses en termes de finances et de transport, essentiellement.

12) Le(s) livre(s) que vous ne rangez jamais dans votre bibliothèque et qui traîne(nt) toujours ?

L’Anthologie de la poésie française de Pompidou.

13) Quel est votre rapport physique à la lecture ? Debout ? Assis ? Couché ?

Assis (chez moi). Debout (dans le métro, dans la rue).

14) Vos lectures sont-elles commentées crayon en main ?

Aaargh. Vade retro. On n’écrit pas dans un livre, même avec un crayon. Au pire, on note au crayon sur la dernière page du bouquin les numéros de pages des citations intéressantes. (Sauf manuel de concours…).

15) Offrez-vous des livres ?

Oui. Avec des dédicaces âchement soignées, et tout. Je ne suis pas sûr qu’ils les lisent, en revanche.

16) La plus belle dédicace, que ce soit de l’auteur ou de la personne qui vous l’offrit ?

J’aime bien les dédicaces sobres, dans le genre “à ma mère”, “à Boris”, etc.

17) Quel est votre rapport sensuel au livre ? (Odeur, texture, etc.)

L’odeur compte beaucoup. Hier, je voulais acheter l’intégrale des chorals de Bach. Il y avait deux éditions disponibles, l’une avec les paroles, l’autre sans. Celui où les paroles étaient mentionnées puait la moule pas fraîche (allez y voir si vous ne me croyez pas, il y en a deux exemplaires au fond du rayon classique chez Bellecour Musiques). J’ai donc pris l’autre. (Et puis pour l’orgue, c’est plus pratique sans les paroles au milieu, de toute façon).

18 ) Quels sont les auteurs dont vous avez lu les oeuvres intégrales ?

Roger Nimier (hors articles de presse non publiés en volume), Maurice Leblanc, Jean Raspail, Clive Cussler (tous ses romans traduits en français).

19) Un livre qui vous a particulièrement fait rire ?

Dialogue de vaincus, de Lucien Rebatet et P.-A. Cousteau.

20) Un livre qui vous a particulièrement ému ?

Un roman plus ou moins Signe de piste dont le héros est le fondateur de la Légion étrangère. J’ai même chialé quand, à la fin, il meurt en France loin de l’Algérie qu’il a tant aimé. Bon, j’avais quatorze ans et l’émotion facile. Oublié le titre.

21) Le Livre qui vous a terrifié ?

J’ai fait des cauchemars pendant six mois après avoir lu dans un Je bouquine une bande dessinée écrite à partir du Ruban moucheté de Conan Doyle, en CM1 ou CM2.

22) Le livre qui vous a fait pleurer ?

Voir 20).

23) L’avertissement / l’introduction qui vous a le plus marqué ?

Récemment, le début des Grands cimetières sous la lune de Bernanos.

24) Le titre le plus marquant, original, décalé, astucieux ?

What’s Wrong With the World (Chesterton) ; à double sens, répétition du “W”, ironie, désinvolture… tout pour plaire.

25) Décrivez votre bibliothèque.

Deux étagères IKEA bourrées à craquer. Des tas de bouquins sur une table basse. Des tas de bouquins sur une table de travail.

26) Les livres dont vous vous êtes finalement débarrassé ?

Il va falloir se résoudre un jour à ce douloureux dessaisissement (même s’il s’agit de manuels ou de livres que je déteste…).

27) L’endroit le plus insolite où vous lisez ?

Sur une place en bas de chez moi (insolite parce qu’avec le boucan qu’il s’y fait en permanence, c’est le dernier endroit où beaucoup de gens iraient lire…).

28 ) Il ne vous reste que trois jours à vivre : que souhaitez-vous lire ou relire ?

Le Hussard bleu pour se marrer une dernière fois, et le De Trinitate d’Augustin pour se préparer à la rencontre avec l’Autre Zouave (au cas où…).

29) Votre livre d’art préféré ?

Un bouquin sur Dali qui m’a longtemps servi de livre de chevet.

30) La bibliothèque idéale ?

J’y ai déjà pensé.

31) L’incipit qui vous a le plus marqué ?

Euh… celui des Epées, de Nimier. Surtout quand c’est le premier ouvrage de lui que vous lisez, et qu’on vous a dit avant que c’était un auteur réactionnaire. Lisez, vous comprendrez.

32 ) La clausule qui vous a le plus marqué ?

Hé ben… c’est pas que je sois monomaniaque hein… celle du Hussard bleu de Nimier… il y a quelques phrases dont je ne me souviens pas, mais qui sont bien, la dernière étant “Tout ce qui est humain m’est étranger”.