Archives : les perles d’Encarta (2)
3 juin 2008
Suite de ça. Et même justification préliminaire : je ressors les vieux dossiers. Par les soirs de pluie et/ou de solitude, il m’arrivait à une certaine époque d’errer sur l’encyclopédie Encarta pour m’esbaudir des aberrations et autres erreurs – commises de propos plus ou moins délibéré – qu’on peut y trouver. On s’amuse comme on peut, n’est-ce pas. Il s’agissait de la version 2003, si j’ai bonne mémoire.
Article “Italie”.
Le discours démagogique du Pôle de la liberté lui coûte les élections de 1996.
Et ta mère ?
Article “Ndjamena”.
En 1980-1981, au cours de la guerre civile qui a débuté au milieu des années soixante, Ndjamena est occupée par les forces libanaises.
T’was a long way from Beyrouth…
Article “Julius et Ethel Rosenberg”.
Cependant, après l’échec des recours en grâce adressés au président Truman puis au président Eisenhower, et après le refus de la Cour suprême de se saisir du dossier, les époux Rosenberg furent exécutés le 19 juin 1953, sans que leur culpabilité ait été formellement démontrée.
Si…
Article “Scoutisme”.
Enfin, les Guides et Scouts d’Europe (1963), traditionalistes, et les Guides et Scouts unitaires de France (1971) ne sont pas reconnus par l’Organisation mondiale du mouvement scout.
Rhô ben oui. J’en connais des commissaires qui doivent être contents. Sur le thème : “c’est bien la peine de passer son temps à casser les couilles de ces connards de tradis, si c’est pour se faire épingler par Encarta…”.
Article “Pie XII”.
“L’anticommunisme notoire de Pie XII (suscité notamment par les persécutions antireligieuses) confère aussi une coloration politique très conservatrice à son personnage et à son pontificat, d’autant qu’il a condamné par deux fois le marxisme, en 1942, puis en 1949 (choix qui ne pouvait qu’être partisan dans un monde saisi par la guerre froide).”
En effet. D’ailleurs, on attend toujours la dénonciation de la démocratie libérale par le pape ; cette ignoble démocratie libérale, responsable des goulags de Tulsa, dans l’Oklahoma et de Fort Collins, dans le Colorado, récemment découverts. Sans parler des charniers du Massachusetts. C’est comme les films sur le maccarthysme, qui m’ont toujours ému aux larmes. Ces pauvres réalisateurs, ces malheureux écrivains, qui devaient parfois cesser d’exercer leur métier, et pour les plus durement frappés, quitter le sol américain. Qu’est-ce que j’entends au fond à droite ? Être obligé de cesser d’exercer son métier, être expulsé, c’est encore ce qu’il pouvait arriver de mieux à un opposant au régime soviétique ? Mauvais esprits.
Archives : les perles d’Encarta (1)
23 avril 2008
Je ressors les vieux dossiers. Par les soirs de pluie et/ou de solitude, il m’arrivait à une certaine époque d’errer sur l’encyclopédie Encarta pour m’esbaudir des aberrations et autres erreurs – commises de propos plus ou moins délibéré – qu’on peut y trouver. On s’amuse comme on peut, n’est-ce pas. Il s’agissait de la version 2003, si j’ai bonne mémoire.
Commençons par du sûr, du solide. L’OAS, quoi de mieux ? “Les réactions des partis et des syndicats de gauche face aux excès de l’OAS sont, elles aussi, durement réprimées par la police : le 8 février 1962, neuf personnes périssent écrasées par une charge policière à la station de métro Charonne.” Oui, c’est la version des partis et syndicats de gauche, que l’on nous rappelle chaque année, force documentaires et numéro spéciaux à l’appui, bravo, merci. Maintenant, la version de la police, de très loin la plus plausible compte tenu du contexte (quel intérêt pouvait bien trouver de Gaulle à faire réprimer une manifestation anti-OAS, en faveur de l’indépendance de l’Algérie, à un mois des accords d’Évian ?) : il s’agit d’un drame tout à fait regrettable, quoique, mais vraisemblablement dû à un mouvement de foule malencontreux, au pire à une mauvaise gestion de la manifestation par les forces de l’ordre, mais certainement pas à la méchanceté des CRS=SS et à la cruauté des fascistes alors au pouvoir, comme chacun sait.
À noter que l’OAS est “féroce” et “aveugle” quand elle commet des attentats. Va pour aveugle, mais je saisis mal le subtil distinguo entre le poseur de bombes “féroce” et celui qui a un cœur d’or. Sans doute est-ce un peu comme chez les Inconnus : le poseur de bombes féroce, c’est celui qui prend du plastic, un détonateur, et pouf, la petit fille n’a plus de bras. Le gentil poseur de bombes, c’est celui qui prend du plastic, un détonateur, et pouf, la petite fille n’a plus de bras. “Féroce et aveugle”, soit. Toujours est-il qu’on chercherait en vain de tels adjectifs dans les articles OLP, Brigades rouges – dont on apprendra qu’elles “mirent en place une politique d’assassinats et d’enlèvements sélectifs, visant plus particulièrement des représentants de la force publique” (ah, qu’en termes galants…) -, ETA, ou même IRA. Ah, si, le Sentier lumineux aussi est “aveugle”. Nous voilà fixés : à gauche d’Encarta, vous trouverez le Sentier lumineux.
Continuons avec les joyeux artificiers de la Fraction Armée rouge. Tout le monde se souvient de l’automne 1977. Enlèvement du chef du patronat allemand, Hans-Martin Schleyer. Assassinat de deux personnalités du monde de la justice et de la banque. Pourquoi pas. Du moment qu’ils sont prêts à assumer leurs actes devant un tribunal, hein, ça assure au moins des procès divertissants retransmis à la télé, et nous (nous, le public abêti par des siècles de capitalisme esclavagiste), c’est tout ce qu’on demande. Mais non : “au même moment, des membres du groupe participèrent au détournement d’un avion de la compagnie aérienne allemande Lufthansa pour obtenir la libération de leurs camarades” – camarades responsables des attentats évoqués ci-dessus. Devinez quoi ? Le gouvernement allemand, jamais en retard d’une initiative fascisante, a fait preuve “d’intransigeance”. L’avion détourné a été pris d’assaut, et les camarades, privés de dessert. Ce que c’est que l’intransigeance, de nos jours. Terriblement décevant. Vous lisez “intransigeance”, vous imaginez aussitôt du sang, des pendaisons à un crochet de boucher, un groupe électrogène dans un coin de la pièce (dans l’ordre que vous voulez, des goûts et des couleurs…). Même pas. Il s’agissait simplement de délivrer les passagers de l’avion, et surtout d’éviter que les terroristes aient le temps de s’amuser avec. Je t’en foutrai, moi, de l’intransigeance.
Le divertissant article “Action directe” comprend deux grandes parties, 1) De l’anarchisme… 2)… au terrorisme. Au nombre des activités relevant de l’anarchisme, et non du terrorisme, Encarta inclut de sang-froid le “mitraillage du ministère du Travail”, le “plasticage de diverses sociétés immobilières et d’informatique” et l’encyclopédiste juge même bon d’expliquer pourquoi il a procédé ainsi : “autant d’actions dans la tradition anarchiste qui visent à s’attaquer aux biens, plus qu’aux personnes”. Je vais aller mitrailler le ministère des Finances, on verra la tête du juge d’instruction quand je lui expliquerai, l’air candide : “Ah, mais non mais non, pas du tout, ce n’est pas du terrorisme. Disons plutôt que je m’inscrivais dans la tradition anarchiste en m’attaquant aux biens plus qu’aux personnes. Voyez Encarta à ce sujet.”