Franco, était-il vraiment si méchant ?
26 novembre 2008
Il semblerait qu’un livre grand public, publié en France, parle de l’Espagne au XXe siècle sans présenter le général Franco comme Belzébuth – en pire. Je me suis fait mal aux yeux à force de les frotter, après avoir lu le passage qui suit.
Extrait de Le temps de Franco, Michel del Castillo, Fayard, sorti tout récemment (d’après Paris-Match du 13 au 19 novembre, je m’excuse pour la source, mais l’Afrique centrale est mal approvisionnée en revues de haute tenue) :
“Continuer d’affirmer, comme on le fait encore, que le général Franco s’est soulevé contre la République ou, plus fantastique, contre la démocratie me paraît une double aberration. [...] Il en va de même pour la paresseuse affirmation que la légalité républicaine est morte étranglée par des militaires factieux. [...] Je constate que les gouvernements républicains n’ont cessé de bafouer la Constitution, de piétiner la légalité et que, dès 1934 – l’insurrection de la Catalogne et des Asturies -, l’extrême-gauche poignardait la République, rendant le soulèvement inévitable.”
Oui, quand on lit cela dans un magazine français à grand tirage, on se frotte les yeux. En affirmant plus ou moins la même chose, j’ai manqué me faire mettre à la porte de la quasi-totalité des cours d’espagnol que j’ai eu le bonheur de suivre, entre ma douzième et ma dix-neuvième année. Ce ne sont pourtant que des banalités qu’on peut trouver dans n’importe quel ouvrage sérieux sur l’Espagne des années 30. En tout cas, c’est encourageant. Allons, avec un peu de chance, dans trente ans, un livre publié en France parlera du Chili dans les années 70 sans présenter Salvador Allende comme un disciple de saint François, et Pinochet comme un nouvel Hitler, qui ne s’est abstenu d’exterminer les Juifs que parce qu’il n’en avait pas beaucoup sous la main.
(Cette critique du Nouvel Obs, malgré le pitoyable jeu de mots qui lui sert de titre, est particulièrement réjouissante. L’image qui se dégage de Franco est presque exactement celle que j’avais mise par écrit dans un défunt blog, il y a environ deux ans. Le brave type conservateur, catho mais pas trop, anticommuniste de base, militaire avant tout, courageux au combat, introverti, pas très vif sans être un abruti. Je vais tâcher de vous retrouver ça. Ils devraient se surveiller, au Nouvel Obs. Le ventre est toujours fécond, etc., ce n’est pas à eux qu’il faut le rappeler.)
Rencontrer l’Autre
21 novembre 2008
Le titre de cet article est un clin d’oeil amical au type qui assure la veille Internet pour le compte de la HALDE. Je t’aime, Jean-Charles.
Inspiré par Albertine et ses problèmes de race, je repense à quelques rencontres étranges ces dernières années. En effet, j’ai spontanément tendance à aller vers – ou à attirer – mes semblables crasseux, bourrés, en loques, l’un n’excluant pas l’autre. Altruisme ? Hélas, je ne le crois pas. Disons plutôt curiosité.
Il y a quelques années déjà, à Madrid. J’assiste à une conférence de presse du groupe EADS, ou quelque chose comme ça. Costumes, petits fours. Et au milieu de tout cela, un type de petite taille, vêtements dans un état indescriptible… à peu de choses près, sosie de Philippulus le Prophète dans l’Étoile mystérieuse. Accompagné d’une jeune femme muette, qui reste à quelque distance de lui, à la manière d’un garde du corps. Avec qui va-t-il chercher à communiquer ? Vous l’avez deviné. Il s’approche de moi, me prend par le bras, et me montre un morceau de papier, sur lequel il écrit plusieurs lignes serrées. Il est question d’une menace pour l’humanité. Il faut absolument que je prévienne tel ou tel directeur de société ou ministre. Comme je manifeste ma perplexité, il écrit à nouveau, en français cette fois. Français très honorable, d’ailleurs. Je lui fais comprendre que je n’ai pas l’intention de faire ce qu’il attend de moi. Il écrit plusieurs fois sur le papier : “Tu as peur ?”. Je m’échappe.
En Afrique, c’est un peu, disons, hors-concours. Le fait d’être blanc attire à vous tous les concepteurs de projets farfelus, évadés d’asile, désespérés complètement torchés à huit heures du matin. J’ai semble-t-il des affinités particulières avec les réfugiés libériens. Au cours d’un séjour à Ouagadougou, je me souviens d’un en particulier, William, qui voulait à tout prix que je l’aide à financer son voyage de retour dans son pays natal, et que je rencontrais à toute heure du jour et de la nuit, dans les endroits les plus insolites. Et je suis convaincu qu’il ne me suivait pas à la trace. Ouagadougou est tout de même une ville d’un bon million d’habitants. Nous étions faits l’un pour l’autre. J’aurais dû garder son numéro. Il y avait sûrement matière à monter un putsch quelconque (les Libériens sont réputés pour leurs qualités de putschistes). Dans la grande ville d’Afrique centrale où j’ai actuellement posé mes valises, j’ai déjà pu faire la connaissance, outre une quantité non négligeable de réfugiés libériens, de Mireille, prostituée à perruque, Jerry, alcoolique bègue rencontré dans les rues à deux heures du matin, qui a vainement tenté de me vendre ses services comme professeur de lingala, puis de m’impliquer dans une combine consistant à acheter un cochon, le débiter et le vendre au détail sur les marchés (très Traversée de Paris), Sylvain, sous-officier en congé à durée indéterminé auquel je sers de conseiller matrimonial, et j’en passe.
Nul besoin d’ailleurs de franchir les frontières. C’est ainsi que j’ai pu me retrouver pieds nus en train de lire un passage de l’Ancien Testament au cours d’une cérémonie copte, discuter avec de jeunes négationnistes sédévacantistes dans une auberge miteuse de la Croix-Rousse, etc. Rien de bien compliqué. Il suffit de prendre l’habitude d’aller vers les personnes les plus étranges, les plus intolérantes, les plus sales. Ou de les laisser venir vers vous. Vous ne serez jamais déçus. (Conservez tout de même quelques amis propres et raisonnables.). Elles vous enrichiront de leurs différences vous fourniront matière à écrire des romans-fleuves, vous divertiront de votre quotidien monotone, et si vous êtes chrétien, il n’est pas exclu qu’elles vous aident, un beau jour, à franchir les portes du Paradis.
Il ne faut pas confondre l’attitude suggérée ci-dessus avec le goût bourgeois-bohême pour le décalé, le glauque ou le luxurieux. Vous n’entendrez jamais un bourgeois-bohême mettre en valeur sa récente participation à une soirée néopaïenne en forêt de Rambouillet. Vous n’entendrez jamais un bourgeois-bohême évoquer le plaisir qu’il a pris à partir en randonnée avec cet ancien du Katanga. Par exemple.
(Et pendant que j’écris, la secrétaire de mon supérieur me raconte l’épidémie de SIDA au ministère de la Coopération à la fin des années 1980. Et encore une freak au palmarès, une !).
We don’t need no education
18 juillet 2008
Ceusses qui lisaient le précédent blog de votre serviteur savent qu’il s’intéresse beaucoup à l’actualité espagnole, et en particulier aux question historico-culturalo-religieuses. Comme je n’aime pas faire trop de politique ici, j’ai délocalisé un texte au sujet des problèmes posés par l’éducation à la citoyenneté en Espagne sur Agoravox. Bonne lecture.