Le saviez-vous ? L’Algérie française comptait plusieurs départements : trois à partir de 1848 (Alger, Oran et Constantine), un quatrième s’y est ajouté en 1902 (Territoires du Sud) et un cinquième en 1955 (Bône, créé par redécoupage du département de Constantine). Ces départements n’échappaient pas à la numérotation départementale. C’est ainsi qu’Alger était doté du numéro 91, Oran, du numéro 92, Territoires du Sud, du numéro 94 et Constantine… du numéro 93 – au risque de faire sourire. En 1957, une réorganisation administrative a supprimé ces cinq départements. Une autre réorganisation administrative, celle de l’Île-de-France en 1964, attribua les numéros des anciens départements algériens aux nouveaux départements franciliens créés par le redécoupage. Tout s’explique. L’immigration algérienne en France n’est pas liée à des facteurs économiques, politiques ou sociaux. Elle témoigne tout simplement de l’attachement indéfectible et touchant des Algériens à la numéro départementale.

Bribes

4 septembre 2009

… de conversation avec un vieil ami. Un grand sentimental.

(…)

- Je viens de lire un livre extraordinaire… c’est d’un certain… Jean Raspail, ça s’appelle… Le Camp des saints. En 1973, quand j’avais votre âge, j’étais un jeune con, j’étais de gauche, pensez donc ! C’est mal écrit, mais c’est très bien vu. Vous connaissez ?

(…)

- Non, mais vous voyez, si la France est dans la merde aujourd’hui, ce n’est pas de la faute de ses hommes politiques… ils ont toujours fait de la merde… c’est de la faute de ses prêtres et de ses évêques ! Ils n’ont plus de couilles, voilà le problème !

(…)

- Sartre, vous comprenez, ils nous a eu. Ils nous ont tous eus, moi, ma femme, à l’époque. Sartre, Beauvoir, le MLF, toutes ces conneries.

(…)

- Vous et moi sommes deux catholiques, nous savons ce que c’est, et bien il faut avoir le courage d’ouvrir les yeux sur les monceaux de merde dont l’Église est responsable, sans pour autant insulter notre Mère ! Vous avez lu un bon livre d’un prêtre ou d’un évêque, récemment ?

- Non.

- Moi j’ai lu le dernier bouquin de… Dagrens… un truc comme ça.

- Dagens, l’académicien ?

- C’est ça. De la merde ! Rien que de la merde ! [NB : Il s'agit probablement de la Méditation sur l'Église catholique en France]

(…)

Il ressemble beaucoup à Léon Bloy : recours fréquent au vocabulaire scatologique, appétence marquée pour les théories du complot, bien qu’il s’en défende… Ce sont des gens comme ça qui vous rendent heureux d’exister. Bonne nuit.

***

Je lui écris tranquillement, sans penser à mal, et au même instant, que choisit la fonction lecture aléatoire de Windows Media parmi mes 30 Go de musiques diverses ? All you need is love, des Beatles. Si Bill Gates s’y met, on ne va pas s’en sortir… Pardon d’avoir partagé ça avec toi, public adoré. Je vous ai déjà raconté que je n’avais jamais eu de chance avec les trucs aléatoires ? Une fois, à dix-sept ans, j’ai ouvert la Bible au hasard pour trouver quel sens donner à ma vie. Je ferme les yeux, j’ouvre le bouquin, j’avance le doigt. “Tu seras prêtre pour toujours, selon l’ordre de Melchisédech”. Remarquez, la seule conséquence que j’en ai tiré, c’est qu’il ne faut pas ouvrir la Bible au hasard quand on cherche quel sens donner à sa vie. Bonne nuit.

Lecteurs bien-aimés, j’ai l’impression que la France a franchi un palier (un de plus). Peu après être rentré (neuf mois d’absence tout de même, et Dieu sait si la connerie ambiante a eu le temps de faire plus de victimes que la grippe porcine), prenant mon courage à deux mains, j’ai décidé de m’intéresser de nouveau à l’actualité de notre belle patrie. Hélas, comme mes condisciples et moi-même le disions fort poétiquement, il y a quelques années : “Ah bah putain, c’est pas branlé pour nos gueules”.

Un bébé congelé neuf mois un jour après avoir été conçu vaut deux ans huit mois de prison, si j’ai bien calculé, mais ce n’est pas le plus inquiétant. Après tout, depuis trente-cinq ans déjà (joyeux anniversaire Simone !), un bébé congelé huit mois vingt-neuf jours après avoir été conçu ne vaut rien, et Nelson Mandela ne semble pas s’en être inquiété.

S’agissant de la burqa (seize points au Scrabble, mot en “Q” sans “U”, à retenir), les bras m’en tombent. Je ne vais pas développer de réflexion pète-couilles, pas le temps, quelques rappels cependant :

- Chacun s’habille comme il le souhaite chez soi et dans l’espace public. En parlant d’interdire la burqa dans la rue, les limites du grotesque étaient déjà allègrement franchies, mais je crois avoir entendu un doux illuminé proposer qu’on interdise la vente de burqa sur le territoire français. Et les machines à coudre ! N’oubliez pas les machines à coudre ! Et le tissu noir !

- L’usage, dans les pays occidentaux, est de s’adresser à ses interlocuteurs à visage découvert, sauf bal masqué. La guichetière de la Poste, la caissière de Super U ou l’agent de police ont le droit d’exiger de Mme Allaoui qu’elle se décapuchonne, lorsqu’ils doivent entrer en interaction verbale avec elle. Sur les bancs d’une faculté ou d’une classe de collège (sauf s’il s’agit d’un collège musulman, bien entendu…), au tribunal (sauf s’il s’agit d’un tribunal musulman, comme à Mayotte – oui, au train où vont les choses, la métropole risque de se mayottiser avant que Mayotte ne se métropolise…), sur un passeport, même topo.

- Celui qui possède les droits d’usage sur un espace donné y fait respecter les règles de son choix, dans les limites très souples fixées par la législation en vigueur. Mme Michu, boulangère, a parfaitement le droit de refuser de servir Mme Allaoui si cette dernière refuse de se découvrir. M. Durand, chef d’entreprise, a parfaitement le droit de refuser d’embaucher Mlle Benarba si celle-ci refuse de se découvrir.

Encore un ballon de côtes, Marcel. Le cerveau d’une personnalité politique française standard est doté d’une étrange anomalie : une connexion directe entre la partie du cerveau qui pose les questions (même philosophiques ou culinaires), et celle qui prend les décisions. Conclusion : ce pays sera heureux le jour où les personnalités politiques évoquées ci-dessus arrêteront de se poser des questions stupides du genre : “une femme en burqa est-elle épanouie ?”, “comment donner une mentalité démocratique aux musulmans de France ?”, “comment faire diminuer le chômage chez les immigrés ?”, etc., etc., ad libitum…

Je me répète, mais après neuf mois de jeunes filles à forte teneur en mélanine, White is beautiful.

Requiescat in pace

9 juin 2009

FRANCE-AFRICA-FRAUD-INVESTIGATION-BONGO

La France a été trop laxiste. Sur le regroupement familial, sur l’éducation. Chez vous, on ne peut pas gronder son enfant, c’est interdit. Donner une taloche, c’est interdit. On ne peut pas dire ceci ou cela, c’est interdit. […] On ne peut rien dire parce que c’est la démocratie, les droits de l’homme. Mais trop de liberté tue la liberté.

(Omar Bongo, Valeurs actuelles, 2005)

Tout ça ne va pas contribuer à apaiser la situation dans la région, mais je m’en fous, retour à Paris dans une semaine – avant que ça parte en couilles.

Rencontrer l’Autre

21 novembre 2008

Le titre de cet article est un clin d’oeil amical au type qui assure la veille Internet pour le compte de la HALDE. Je t’aime, Jean-Charles.

Inspiré par Albertine et ses problèmes de race, je repense à quelques rencontres étranges ces dernières années. En effet, j’ai spontanément tendance à aller vers – ou à attirer – mes semblables crasseux, bourrés, en loques, l’un n’excluant pas l’autre. Altruisme ? Hélas, je ne le crois pas. Disons plutôt curiosité.

Il y a quelques années déjà, à Madrid. J’assiste à une conférence de presse du groupe EADS, ou quelque chose comme ça. Costumes, petits fours. Et au milieu de tout cela, un type de petite taille, vêtements dans un état indescriptible… à peu de choses près, sosie de Philippulus le Prophète dans l’Étoile mystérieuse. Accompagné d’une jeune femme muette, qui reste à quelque distance de lui, à la manière d’un garde du corps. Avec qui va-t-il chercher à communiquer ? Vous l’avez deviné. Il s’approche de moi, me prend par le bras, et me montre un morceau de papier, sur lequel il écrit plusieurs lignes serrées. Il est question d’une menace pour l’humanité. Il faut absolument que je prévienne tel ou tel directeur de société ou ministre. Comme je manifeste ma perplexité, il écrit à nouveau, en français cette fois. Français très honorable, d’ailleurs. Je lui fais comprendre que je n’ai pas l’intention de faire ce qu’il attend de moi. Il écrit plusieurs fois sur le papier : “Tu as peur ?”. Je m’échappe.

En Afrique, c’est un peu, disons, hors-concours. Le fait d’être blanc attire à vous tous les concepteurs de projets farfelus, évadés d’asile, désespérés complètement torchés à huit heures du matin. J’ai semble-t-il des affinités particulières avec les réfugiés libériens. Au cours d’un séjour à Ouagadougou, je me souviens d’un en particulier, William, qui voulait à tout prix que je l’aide à financer son voyage de retour dans son pays natal, et que je rencontrais à toute heure du jour et de la nuit, dans les endroits les plus insolites. Et je suis convaincu qu’il ne me suivait pas à la trace. Ouagadougou est tout de même une ville d’un bon million d’habitants. Nous étions faits l’un pour l’autre. J’aurais dû garder son numéro. Il y avait sûrement matière à monter un putsch quelconque (les Libériens sont réputés pour leurs qualités de putschistes). Dans la grande ville d’Afrique centrale où j’ai actuellement posé mes valises, j’ai déjà pu faire la connaissance, outre une quantité non négligeable de réfugiés libériens, de Mireille, prostituée à perruque, Jerry, alcoolique bègue rencontré dans les rues à deux heures du matin, qui a vainement tenté de me vendre ses services comme professeur de lingala, puis de m’impliquer dans une combine consistant à acheter un cochon, le débiter et le vendre au détail sur les marchés (très Traversée de Paris), Sylvain, sous-officier en congé à durée indéterminé auquel je sers de conseiller matrimonial, et j’en passe.

Nul besoin d’ailleurs de franchir les frontières. C’est ainsi que j’ai pu me retrouver pieds nus en train de lire un passage de l’Ancien Testament au cours d’une cérémonie copte, discuter avec de jeunes négationnistes sédévacantistes dans une auberge miteuse de la Croix-Rousse, etc. Rien de bien compliqué. Il suffit de prendre l’habitude d’aller vers les personnes les plus étranges, les plus intolérantes, les plus sales. Ou de les laisser venir vers vous. Vous ne serez jamais déçus. (Conservez tout de même quelques amis propres et raisonnables.). Elles vous enrichiront de leurs différences vous fourniront matière à écrire des romans-fleuves, vous divertiront de votre quotidien monotone, et si vous êtes chrétien, il n’est pas exclu qu’elles vous aident, un beau jour, à franchir les portes du Paradis.

Il ne faut pas confondre l’attitude suggérée ci-dessus avec le goût bourgeois-bohême pour le décalé, le glauque ou le luxurieux. Vous n’entendrez jamais un bourgeois-bohême mettre en valeur sa récente participation à une soirée néopaïenne en forêt de Rambouillet. Vous n’entendrez jamais un bourgeois-bohême évoquer le plaisir qu’il a pris à partir en randonnée avec cet ancien du Katanga. Par exemple.

(Et pendant que j’écris, la secrétaire de mon supérieur me raconte l’épidémie de SIDA au ministère de la Coopération à la fin des années 1980. Et encore une freak au palmarès, une !).