Grâce

Six heures du matin – Faisant mon footing sur la Corniche – fraîcheur et vue magnifique : la skyline de Kinshasa au loin, les jardins potagers sur les rives du Congo – je passe devant le grand quartier général des forces armées. Un soldat fait les cent pas en chantant « Ancien combattant », de Zao – un classique :

« [...] Pourquoi la guerre, pourquoi la guerre, pourquoi la guerre
La guerre mondiaux, ce n’est pas bon, ce n’est pas bon [...]« .

C’était très beau.

Heureux temps, heureuses mœurs

« [Pendant le siège de Sienne, décembre 1554. Monluc est assiégé par le marquis de Marignan, Gianjacomo Medici] Or, la veille de Noël, environ quatre heures après midy, le marquis de Marignan m’envoya par un sien trompette la moitié d’un cerf, six chappons, six perdris, six flascons de vin trebian et six pains blancs, pour faire lendemain la feste. Je ne trouvay pas estrange cette courtoisie, de tant qu’à l’extremité de ma grande maladie il permist que mes medecins envoyassent vers les siens au camp pour recouvrer de Florence certaines drogues, et ses medecins mesmes y envoyoient. Et luy-mesme m’envoya trois ou quatre fois des ortolans, qui sont un peu plus grands que les bequefigues qui se prennent en Provence. Me laissa aussi entrer un mulet chargé de petit flascons de vin grec, que monsieur le cardinal d’Armaignac m’envoya, pour ce que mes gens luy avoient escrit que je ne parlois d’autre chose en ma grand maladie que de boire un peu de vin grec. Et ledit seigneur cardinal fist tant que le cardinal de Medicis en escrivit audict marquis, son frère ; et faisoit entendre ledit seigneur cardinal que c’estoit pour me faire un baing. Le vin arriva sur le point que j’abayois à la mort, et ne m’en fust pas baillé, mais en despartirent la moitié à des femmes enceintes de la cité ; et quand monsieur de Strossi entra, je luy en donnay trois ou quatre flascons ; le reste je le beuvois, comme l’on boit de l’hypocras, le matin. Toutes ces courtoisies avois-je receu du marquis, qui ne me fit point trouver estrange le presant qu’il m’envoyoit. J’en envoiay partie à la Seigneurie, partie au Reincroc, et le reste je le garday pour le seigneur Cornelio, le comte de Gayas et pour moy, parce qu’ils mangeoient ordinairement avec moy. Toutes ces courtoisies sont très-honnestes et louables, mesmes aux plus grands ennemis, s’il n’y a rien de particulier, comme il n’y avoit entre nous. Il servoit son maistre, et moy le mien ; il m’attaquoit pour son honneur, et je soustenois le mien ; il vouloit acquerir de la reputation, et moy aussi. C’est affaire aux Turcs et Sarrazins de refuser à son ennemy quelque courtoisie ; il ne faut pas pourtant qu’elle soit telle et si grande qu’elle rompe ou recule vostre dessein.

Mais cependant que le marquis me caresse avec ces presans, lesquels je payois en grands mercys, il pensoit bien à me faire un autre festin : car la nuict mesmes, environ une heure après minuict, il donna l’escalade avecques toute son armée à la citadelle et au fort de Camolia. »