Faut-il vraiment les rejeter à la mer ?
6 avril 2009
Depuis que notre prince-président bien-aimé est reparti de Zoulouland, on s’emmerde, et c’est peu de le dire. En ce moment, j’en arrive à proposer des personnalités locales au Mérite ou à la Légion d’honneur. Mais en fouillant dans les archives du blog, j’ai retrouvé ce petit débat en commentaires avec Xyr, il y a quelques mois. Je crois qu’à la fin j’étais parvenu à formuler à peu près clairement mon avis sur la question de l’immigration, du choc des civilisations (ou pas), etc. Bonne lecture.
Le billet résumait une année d’existence en zone urbaine sensible, et concluait que c’était tout à fait supportable. J’en arrivais à m’interroger sur la pertinence du paradigme “eux ou nous” et toute cette sorte de choses.
Xyr : Je pense que vous êtes l’arbre qui cache la forêt. Mais de toute façon les “violences urbaines” ne sont qu’un visage du problème dont nous parlons.
C’est tout un climat dont il s’agit, pas forcément d’agressions matin, midi et soir. Ce sont des quartiers entiers qui deviennent des zones africaines et musulmanes. La sécession ne se fait pas forcément par des coups de cutter, mais on vous fait comprendre que vous n’êtes plus le bienvenu.
Mais si ce que vous dites est authentique, que vous vivez vraiment avec nos “nouveaux français” sans rencontrer de problèmes, je vous le confirme. Vous avez le cul bordé de nouilles. Si j’étais vous je vérifierais que ma copine/concubine/femme ne va pas voir ailleurs.
B & F : Mon quartier peut être considéré comme une “zone musulmane”, dans la mesure où dans la partie où je réside, on trouve à mon avis une large majorité de musulmans (avec quelques Arméniens). Pourtant, je répète que je n’ai pas encore rencontré ce fameux “sentiment d’insécurité”.
J’ai plusieurs amis étudiants, dans le même quartier, ils ne m’ont jamais raconté avoir subi quelque agression que ce soit. Je ne pense donc pas être une exception. Disons que sur l’ensemble du quartier, c’est 40 % maghrébin, 20 % asiatique, 10 % immigrés divers – Roumains notamment – et 20 % de petits Blancs ou d’étudiants désargentés.
Pour le cul bordé de nouilles, j’ai encore perdu à l’Euromillions vendredi dernier. Etant célibataire ces temps-ci, je ne risque pas d’être cocufié.
La guerre de civilisation, je n’y crois pas trop, ou du moins pas sur notre sol. La très grande majorité des immigrés qu’on peut rattacher à la civilisation musulmane ne fréquentent pas les mosquées et ont une conscience identitaire à peine plus forte que celle du Français de souche moyen. Évidemment, en cas de guerre civile, ils seront contre nous. Mais pour qu’il y ait guerre civile, il faudrait qu’il y ait en France une proportion d’immigrés chtarbés (islamistes ou autres) qu’on n’est pas près d’atteindre ; une sorte de masse critique, si vous voulez, et je ne vois pas très bien sur quelles bases (fondements idéologiques, revendications, ennemis à abattre…) elle pourrait se former.
Xyr : “La très grande majorité des immigrés qu’on peut rattacher à la civilisation musulmane ne fréquentent pas les mosquées et ont une conscience identitaire à peine plus forte que celle du Français de souche moyen.”
C’est là que vous vous trompez, selon moi. Il n’est pas question de dire que la France est sur le point de devenir une république islamique au sens propre, ou qu’elle l’est déjà.
Les gens dont on parle participent d’un mouvement qui bien que protéiforme est cohérent. Ça va du vrai musulman fidèle au Coran à la racaille américanisée gavée de rap anti-blanc qui n’a jamais ouvert de livre, pas même celui sur lequel il jure sans arrêt.
Mais c’est une erreur de croire qu’il n’y a aucune solidarité chez eux. Pas besoin de connaître les textes sacrés pour appartenir à la civilisation arabo-musulmane tout comme des millions de gens sont des chrétiens occidentaux sans avoir de Bible chez eux.
Ce qu’il faut voir, au-delà des apparences, c’est qu’ils n’appartiennent pas à notre civilisation. Que la guerre est latente et non-manifeste. Elle ne se fait pas à la bombe, mais dans les détails. Et le Diable s’y cache, dans les détails, chacun le sait.
Il n’y a pas de révolution islamique à l’horizon, il y a un mouvement global qui marche à l’usure. De l’incivilité devenue banale à la construction des mosquées. Il y a un antagonisme irréductible entre eux et nous, tout cela participe du phénomène.
La guerre de civilisation qui se joue ici est invisible, mais elle est présente à chaque coin de rue. XP écrit d’Ilys écrit de très bonnes choses là-dessus.
Pour votre cas personnel, je veux bien l’entendre. Mais j’ai aussi le mien. Et au-delà de ça, il me semble totalement dingue de relativiser ou minimiser l’insécurité en France en 2008.
Des films comme La crise en 1992 parlaient déjà de ça. Les ratonnades de la loi Fillon, puis du CPE, puis bien d’autres en passant par les émeutes, le FN au deuxième tour, le succès de Sarko et son karcher… Tout ce qui s’est passé n’a rien à voir avec une médiatisation abusive, au contraire.
Je me souviens même d’un reportage sur TF1 dans lequel le journaliste qualifiait l’incendie d’un bus avec les gens dedans “une incivilité”.
Je ne comprends pas. Sincèrement. Je connais le terrain. Je me suis même spécialisé pendant quelques temps sur l’insécurité en France, à travers des témoignages et autres sources.
Un texte pareil sur Libération d’accord, mais là c’est de la science-fiction à mes yeux. Avec tout mon respect bien sûr.
B & F : Sur les médias, il faut bien reconnaître que depuis 2002 les choses se sont considérablement améliorées. Même si on trouve toujours des tas de sociologues prêts à toutes les interprétations foireuses, ou de journalistes prêts à toutes les litotes, au moins la violence est montrée. On ne peut pas dire que les émeutes de 2005 aient été cachées au public, par exemple.
Vous parlez d’un éventail qui irait du “vrai musulman fidèle au Coran à la racaille américanisée gavée de rap anti-blanc”. Je vous avoue que d’après mon expérience (j’ai aussi bossé dans un centre social dans un quartier un peu chaud, pour voir ce que c’était), tout ça, c’est marginal. La majorité, de mon point de vue, ce sont des familles avec un niveau de vie plutôt bas, dont les revenus viennent pour une part notable des aides sociales et du travail non déclaré, etc. La majorité peut être touchée par la propagande des musulmans radicaux (j’ai trouvé des brochures plus ou moins salafistes dans le sac d’un des collégiens dont je m’occupais), ou par le rap anti-Blanc (certains m’en ont fait écouter), mais ce n’est pas leur obsession 24 / 24 h. Ces gens veulent avant tout, comme les Français lambda, se faire de la thune, que leurs enfants réussissent à l’école, etc. L’islam ou le rejet de la civilisation européenne ne sont, dans la plupart des cas, que des préoccupations annexes.
Sur la civilisation, j’ai plutôt tendance à croire que nous sommes dans une époque de dissolution et qu’elle représenteront de moins en moins un enjeu. Pour moi, les civilisations, et la théorie d’Huntington, etc. ne peuvent devenir réellement importantes qu’en cas de crise grave (problèmes d’approvisionnement en ressources énergétiques et alimentaires, par exemple), que nous ne connaissons pas actuellement et ne connaîtrons sans doute pas dans les vingt prochaines années. Effectivement, dans une situation d’urgence, de crise, la ligne de fracture deviendra avant tout civilisationnelle, et les immigrés d’origine maghrébine, quelle que soit leur pratique religieuse ou leur idéologie politique, se rangeront d’un côté et nous de l’autre.
Je crois que vous avez parfaitement raison dans l’hypothèse d’une situation de crise, en fait. Mais le fait est que, quoiqu’on en dise, si on met en perspective historique sur le long terme, dans les pays occidentaux, nous vivons actuellement une époque de prospérité et de paix (grosso modo, mutatis mutandis, et avec toutes les précautions d’usage et relativisations qu’on voudra). Tant que cette prospérité et cette paix relatives dureront, il n’y a aucune chance qu’un clash de grande importance se produise.
Xyr : Je suis tout à fait d’accord. Mais la paix internationale atteinte en 45 par nos pays occidentaux a donné naissance à un monstre qui lui est exactement symétrique. Plus de conflits spectaculaires et ravageurs entre différents pays, mais une guerre incessante à l’intérieur de chaque pays. Comme un retournement.
Il n’y a aucun clash, justement. Et il n’y en aura pas, si ce ne sont quelques soubresauts façon émeutes 2005. Non non, mais il y a comme un climat d’occupation, qui ne passe pas toujours par la violence, qui ne fait que se renforcer selon moi.
Nous mourrons, dans la paix, la joie et la bonne humeur.
Vivre en ZUS
26 août 2008
Il y a quelques années de cela, j’étais un lepéniste convaincu – autant qu’on peut l’être – partisan du renvoi immédiat outre-Méditerranée de quelques millions de mes concitoyens. Je pensais vraiment que la vie d’un Blanc dans une cité était un enfer quotidien, que les zones de non-droit proliféraient, etc.
J’ai eu le temps d’en revenir, et l’année qui vient de s’écouler a confirmé mon changement de point de vue. En effet, j’ai habité dans une zone urbaine sensible – sans doute pas la plus dangereuse de France, mais bon, une zone urbaine sensible quand même ; avec commissariat de quartier à cent mètres, patrouilles régulières de pandores, 20 % de chômage, 40 % de jeunes, revenu moyen par foyer à hauteur du SMIC, etc. Pas les Minguettes (à titre indicatif : 30 % de chômage, 75 % de HLM, revenu moyen annuel 7 500 euros par foyer…) mais quand même. J’ai dû observer en tout et pour tout un acte de violence physique, qui opposait d’ailleurs deux Français de fraîche date. Je n’ai fait l’objet d’aucune agression, d’aucun vol, d’aucune insulte – en traversant la moitié du quartier matin et soir avec un ordinateur portable, un téléphone et une carte bleue. J’ai à plusieurs reprises pu compter sur la serviabilité de mes voisins. Tout le monde se salue dans la cage d’escalier. On parle souvent des incivilités. Je crois avoir subi plus d’incivilités en une semaine dans le collège privé où j’étais élève il y a dix ans (cet âge est sans pitié pour les intellos) qu’en une année dans ce quartier soi-disant sensible.
Bien sûr, on m’a proposé trois fois par jour au minimum (je n’exagère pas) des cigarettes de contrebande (cigaretligenssilvoupli ?), du cannabis (kekchozaméfu ?) et des lecteurs mp3 tombés du camion. Et alors ? De toute façon, une éducation chrétienne et un manque d’intérêt avoué pour les Portes de la perception m’empêchent d’en profiter. J’ai pu en revanche me goinfrer de pâtisseries huileuses à peu de frais pendant tout le Ramadan. J’ajoute que je n’ai pas la carrure d’Alain Bernard, que je me déplace rarement avec une bande de potes vigiles, etc. D’une certaine manière, la victime idéale.
Pour un peu, je ne serais pas loin d’adhérer à une thèse généralement défendue à gauche : peut-être qu’effectivement, ces derniers temps, les médias mettent trop l’accent sur les faits de violence arrivés dans ces quartiers (disons depuis 2002, parce qu’avant, c’était autre chose). J’ai vu récemment dans un assez bon polar à la française (Ne le dis à personne) une scène dans laquelle une voiture de police est prise dans un guet-apens, avec machines à laver qui tombent des fenêtres, etc. Honnêtement, combien de fois ce genre de choses peut bien se produire chaque année ? Une fois, deux fois ? Une ou deux fois de trop, certes. Après tout, en 1900, les paysans pyrénéens jetaient des pierres aux agents du fisc.