Roman Wall Blues

7 juillet 2008

En fait, non, pas d’états d’âme ni de considérations existentielles. Citons plutôt des poètes américains homosexuels morts.

Roman Wall Blues

Over the heather the wet wind blows,
I’ve lice in my tunic and a cold in my nose.

The rain comes pattering out of the sky,
I’m a Wall soldier, I don’t know why.

The mist creeps over the hard grey stone,
My girl’s in Tungria; I sleep alone.

Aulus goes hanging around her place,
I don’t like his manners, I don’t like his face.

Piso’s a Christian, he worships a fish;
There’d be no kissing if he had his wish.

She gave me a ring but I diced it away;
I want my girl and I want my pay.

When I’m a veteran with only one eye
I shall do nothing but look at the sky.

W. H. Auden, W. H. Auden, A selection by the author, The Penguin Poets, 1958

Encore un pédé, je sais. De toute façon, comme l’écrivait Jünger dans Eumeswil :

Ce qu’on pratique au lit, ou même dans son écurie, c’est l’affaire de chacun ; nous ne nous en mêlons pas. Bien manger, bien boire, bien foutre… si nous y ajoutons notre bénédiction, nous déchargeons la police et les tribunaux d’une charge écrasante. Nous n’avons plus alors, mis à part les crimes grossiers et les coups de folie, qu’à nous occuper des maniaques du bonheur universel, qui sont plus dangereux encore.

D’ailleurs, même si ça n’a pas un rapport immédiat avec le sujet, j’ai toujours eu du mal avec le délicat usage catholique de l’Index (supprimé dans les années 60). Pour moi, un des moments décisifs de prise de distance avec la soi-disant Église de toujours a été cette découverte : figurez-vous que dans les années 50, on avait trouvé le moyen de mettre Graham Greene à l’Index. Vous avez bien entendu : Graham Greene. (Il va sans dire que c’est, avec Bernanos, le plus grand romancier catholique du siècle). Pourquoi ? Parce que le héros de La Puissance et la Gloire est un curé ivrogne ? Parce que celui du Fond du problème commet un sacrilège avant de se suicider ? Je vois l’interdiction faite aux catholiques de lire ces livres-là comme le symptôme d’une décadence. Et même d’une décadence très profonde. C’est une des multiples raisons pour lesquelles, même si depuis Vatican II, esthétiquement, on en bave, je ne vois aucune raison de regretter l’avant. (Bien sûr, dans la pratique tout le monde se foutait de l’Index, et heureusement ; mais là n’est pas la question).

Ernst Jünger, dans Second journal de Paris :

« [L'auteur raconte une rencontre avec Jouhandeau] Parlé de l’idiotie moderne, qui se manifeste aussi et surtout dans les rapports avec la mort et dans cet aveuglement devant les forces prodigieuses qui agissent dans notre voisinage immédiat. »

Le même, dans La cabane dans le vignoble :

« Au reste, la santé n’a d’important que son aspect de symbole. Il faut que soit contenu en elle un grain de cette santé qui nous permet de résister à l’ultime maladie. C’est ce reflet sur le visage des convalescents, et aussi des mourants. Sans quoi, chaque guérison resterait sursis dans une partie perdue d’avance. C’est souvent un spectacle affreux que de suivre la lutte pour une simple prolongation, pour un gain de quelques mois, où l’angoisse du malade arrache au médecin les dernières subtilités de sa technique. Jeu dont l’enjeu sont des noix creuses, jours vides ; et pourtant, chacun de ces jours pourrait offrir le plus haut des gains. Mourir aussi est une tâche. Dès que le malade l’a compris, il reprend les rênes. »