Reprise du créneau Raspail ?
21 juillet 2008
Hier soir était diffusé sur France Culture un entretien avec Stéphane Giocanti. Je connaissais sa biographie de Maurras. J’apprends qu’il en a également écrit une sur T. S. Eliot, la seule en français, ce qui ne m’étonne pas. En fin d’émission, se présente comme monarchiste – pas à la Stéphane Bern, hein, il écrit quand même dans Les Epées. Tiens. Ce n’est pas que la France manque de monarchistes plus ou moins jeunes, mais un monarchiste relativement ouvert d’esprit (au sens où il est capable de discuter avec un journaliste de France Culture), apparemment fin et cultivé, publié par des éditeurs non-confidentiels, là, tout de suite, on se pose des questions.
Il vient de publier Kamikaze d’été, aux éditions du Rocher. C’est un roman. Il y est question d’un kamikaze, de mutation culturelle au Japon, de Mishima, entre autres. Mon budget ne me permet pas actuellement d’acheter des nouveautés, mais après l’avoir entendu parler pendant une heure, je m’avoue curieux. Si l’un ou l’autre réactionnaire des environs pouvait faire l’investissement en question et nous dire ce qu’il en est, cela m’intéresserait.
(Et puis, comme mon titre l’indique subtilement, Jean Raspail n’étant guère productif depuis une dizaine d’années et Vladimir Volkoff ayant défuncté, il y a un créneau à reprendre : celui du “bon romancier monarchiste” - je dis monarchiste, je veux dire, monarchiste, quoi ; je ne parle pas de Michel Déon, qu’on ne verra jamais au Salon du Livre de Radio Courtoisie).
(Ah, tiens, il est quand même vieux, le Stéphane en question. Quarante-et-un ans. Je suis un peu déçu. Tout ceci rappelle d’ailleurs à votre serviteur qu’il lui reste environ six mois pour écrire un roman et être édité plus jeune que Roger Nimier.)
(L’émission peut être écoutée pendant une semaine environ à cette adresse).
Pour en finir avec Maurras
5 mai 2008
Beaucoup de gens citent Maurras sur Internet en ce moment. Les choses sont compliquées. Il y a ceux qui pensent que la pensée de Maurras est on ne peut plus actuelle, ceux qui veulent être rebelles tout en se démarquant du vieux Maître, ceux qui stigmatisent tous ceux dont la gueule ne leur revient pas en les plaçant dans le même camp qu’un académicien épuré. Comme toujours, c’est Nimier qui a le dernier mot – d’autant plus que lui et moi sommes d’accord.
« Il lui est arrivé de raisonner en philosophe grec, aveugle et sourd aux cris de l’époque, quand ses hypothèses, maniées par des fous et transformés en vérités d’État, servaient à tuer. Pendant l’occupation, il continuait à manier ses balances, sans savoir que les poids étaient truqués et que son antisémitisme littéraire, félibre, imbécile et d’ailleurs modéré, s’appelait ailleurs Auschwitz ou Dachau. Il est grave pour un politique d’ignorer son temps. Il est vrai que si l’époque avait compris sa politique, les choses auraient peut-être connu un cours différent. »
Journées de lecture, « Charles Maurras », p. 200
Rebatet et Cousteau sur le pays réel
14 avril 2008
« Rebatet – J’ai eu la faiblesse de distinguer pendant près de quinze ans entre la France légale et la France réelle. C’est une des grosses erreurs de ma vie. J’en suis heureusement revenu depuis un bon bout de temps. Il n’y a pas vingt députés aptes à leur fonction sur six cents, et cela depuis les premiers jours de la Troisième. Mais ces minables ont été choisis par l’ensemble du peuple français.
Cousteau - La profession n’a jamais attiré les gens de qualité.
Rebatet - Mais ce sont les électeurs qui ont rendu cette profession encore plus dégradante que dans n’importe quel autre pays.
Cousteau - Moi aussi, j’ai marché dans la mystification du pays réel et du pays légal… C’était tellement commode… Ça arrangeait si bien les choses… On pouvait dénoncer l’abjection des gouvernants tout en conservant son estime aux gouvernés… D’un côté il y avait les macaques officiels et de l’autre une France idéale, transcendantale, métaphysique, parée de toutes les vertus, répandant une odeur de sainteté…
Rebatet - Sans cette fiction-là, comment pourrait-on être patriote ? Du jour où l’on s’aperçoit que Moch, Herriot et Francisque Gay, c’est vraiment la France, ça devient autrement ardu…
Cousteau - Mais je vais plus loin. Je ne me suis pas contenté de découvrir que la France réelle et la France légale ne font qu’un. J’estime qu’en définitive la France légale se situe plutôt à un cran au-dessus de la France réelle. Les hommes d’Etat sont souvent contraints par la nécessité à se comporter avec un minimum de décence et d’intelligence et de ne pas trop tenir compte de la volonté populaire. Ils seraient bien pires s’ils s’y soumettaient fidèlement. »
(Dialogue de vaincus)
Et pendant ce temps, à Radio Courtoisie, on n’entend plus que le bruit des oreilles qui sifflent…