Varia (6)

19 mai 2009

- Une personnalité politique noire africaine a pour nom de famille Moundélé-Ngollo. Littéralement, la force blanche. White Power… Bref.

- J’ai commencé à lire un autre Blanc sud-africain anti-apartheid, et là, c’est franchement excellent. Breyten Breytenbach qu’il s’appelle. Pas très bien traduit à mon avis, faudrait voir la VO. Tous les commentaires que je lis à son sujet font l’éloge de son engagement. Bon, désolé, moi, ce n’est pas l’engagement qui m’intéresse. Je trouve qu’il écrit bien, c’est tout. Je ne suis pas en faveur de l’apartheid. Bien au contraire. J’accepte simplement de me poser certaines questions, comme “les Sud-Africains (Blancs, Noirs et autres) sont-ils plus libres et plus prospères aujourd’hui ?” “le seront-ils toujours demain ?” ou “que se passe-t-il dans une société où les Occidentaux deviennent minoritaires et dominés ?”. Et tous ces écrivains m’apportent certaines réponses. Je pense que la société sud-africaine a déjà fait, ou est en train de faire l’expérience de transformations que nous allons connaître un jour ou l’autre, dans trente ou cinquante ans – sur un mode différent, bien sûr. J’aspire à une retraite paisible dans une ferme auvergnate, entouré de livres et de grands crus. Je voudrais que cela soit possible.

- Ce texte du même Breytenbach est très intéressant, si l’on veut bien le lire jusqu’au bout, passer sur quelques expressions à la mode et tournures médiocres, un peu trop “artiste” (au sens français du terme) à mon goût.

- Finalement, ce qu’il y a de plus douloureux dans l’expatriation en ce moment, c’est de ne pas pouvoir profiter du nouvel OSS 117. Certains réacs se demandent si Jean Dujardin n’est pas une ruse du grand capital apatride et métissé en vue de ridiculiser, une fois de plus, les Vraies Valeurs de la France. Je ne comprends pas comment on en arrive à se poser des questions aussi stupides.

- Dans les commentaires, Polydamas nous offre cet inestimable présent. Un prêtre polonais a écrit un livre dans lequel il donne des conseils sur la sexualité du couple. Quelques extraits sont disponibles sur Internet. C’est, pour l’essentiel et malgré certaines phrases qui scandaliseront peut-être – hélas (nooon ? alors on a le droit de caresser les seins de sa partenaire ? et même son sexe ? avec la langue ? mais quelle horreur !), dans la droite ligne de la théologie morale catholique traditionnelle. Et c’est consternant. Je développerai prochainement.

- Passez donc découvrir Lounès Darbois-Beaumont, si ce n’est pas encore fait.

J’ai rapidement parcouru le Rapport final sur la place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires commandé par la HALDE. Ce rapport est un ramassis de conneries comme on en voit peu. Une phrase au hasard :

Les photographies qui illustrent le manuel renforcent également les stéréotypes classiques : p.55, quatre garçons jouent au football, p.72, un garçon s’occupe de sa collection de philatélie, p.75, des hommes courent un marathon, p.148, des garçons jouent à la pelote basque, p.186, un garçon tient un petit voilier et observe un véritable bateau au loin.

Le fait est que dans les cours de récréation, les filles jouent rarement au football. Le fait est que j’ai rarement vu une fille s’intéresser à la philatélie (cette lecture n’aura pas donc pas été tout à fait inutile, puisque je n’y avais jamais fait attention – tout en ne voyant pas très bien ce que la pratique de la philatélie a de particulièrement machiste, mais il se trouve que le collectionneur est souvent un homme). Le fait est que lors des marathons, on voit assez peu de femmes. Le fait est qu’au Pays basque, on voit rarement (pour ne pas dire jamais) des filles jouer à la pelote basque. Le fait est que la marine marchande attire assez peu de candidatures féminines, en dépit des efforts louables de Philippe Lavil.

De tout cela, les auteurs du rapport n’ont rien à foutre (et pour cause, les femmes et les impuissants sont largement majoritaires dans l’équipe qui a commis la chose… c’est terrible, ma conseillère en communication – retourne sous la table, Martine – me signale que par cette gauloiserie, je viens de me discréditer… enfin, au moins, dans le trou du cul du monde où je me trouve en ce moment, la HALDE ne viendra pas me chercher… et si jamais, ce serait la première fois que quelqu’un de menotté fait le trajet Afrique noire-Europe dans ce sens-là, ah ah ah… bon, Martine m’informe que par cette allusion indécente au sort des sacro-saints expulsés, je viens de franchir à nouveau les bornes, et puis ça devient décousu, là. Reprenons).

Les auteurs du rapport n’en ont rien à foutre, disais-je. La réalité ne les intéresse pas. Ce qui les intéresse, c’est la société vers laquelle ils veulent nous emmener. Celle où la composition des entreprises, des écoles, des assemblées, sera fixée par décret. D’un éditeur à un romancier : « – Monsieur, je suis désolé, votre ouvrage ne pourra pas être publié. Notre comité de lecture l’avait retenu. Mais hélas, le Conseil consultatif sur les discriminations en littérature à remarqué l’absence de personnage issu d’une minorité : ni femme, ni senior, ni immigré, ni handicapé, ni homosexuel. Il a donc été interdit de parution. – Mais enfin, j’y raconte mes années de collège à Passy dans les années cinquante ! Page 53, il y a un surveillant bossu ! Et page 82, je touche le zizi de Pierre-Alexandre ! – Je sais, mon bon Monsieur, je sais. Nous avions mis ces passages en évidence dans une note jointe. Cela n’a pas suffi. » Bref. Ce rapport a donc l’avantage d’être clair. Très clair.

C’est que, voyez-vous, moi, à proprement parler, je n’ai pas de projet de société. Je ne peux pas sacquer les ingénieurs sociaux. Je suis un garçon simple. Et j’aime les jeunes filles timides (ce qui, d’ailleurs, n’a rien à voir avec le sujet qui nous occupe). Alors voyez-vous, je renâcle un peu, devant tout ça. Je me sens las, las, las. Heureusement, pour redonner le goût de vivre au lecteur suicidaire, les chiennes de garde qui ont pondu l’objet font quelques suggestions divertissantes, en toute fin de volume.

Les éditeurs doivent lutter contre l’exclusion des catégories sociales souffrant d’un problème de représentativité dans leurs manuels, en s’efforçant de les introduire dans des situations où ils pourront les faire apparaître quelle que soit la discipline. Des propositions concrètes ont été faites à ce sujet. Ce principe peut être expliqué, voire rédigé très clairement, aux équipes d’auteurs, en leur demandant de penser aux femmes ou encore aux minorités visibles dans les illustrations ou le choix des prénoms, comme certains le font déjà ; ils doivent également aller plus loin, aussi bien sur le nombre de critères pris en compte, que sur les contextes d’apparition, par exemple en s’efforçant de trouver des personnages célèbres de la discipline répondant à ces critères.

Soit, mais je tiens à prévenir. Labé, Scudéry, La Fayette, Sévigné, Sand, Desbordes-Valmore, Colette, Beauvoir, Duras – et encore – en littérature, les pauvres vont vite s’emmerder. C’est vrai qu’en termes d’homosexualité, quelques adolescences troubles… avec mes collégiens, je nous vois déjà commencer une séquence sur les internats masculins dans la littérature contemporaine… Les Désarrois de l’élève Törless de Musil, Les Cadets de von Salomon, Les Amitiés particulières de Peyrefitte… deux ou trois passages des Deux Étendards de Rebatet et un peu de Matzneff pour pimenter toutes ces choses un peu fades… il y a de quoi s’amuser. Et puis on rééquilibrera les cours d’histoire en parlant des maîtresses de Louis XIV ; c’est une idée qui aurait beaucoup plu à Nimier.

L’utilisation de contre-stéréotypes est à encourager dans des proportions qui doivent rester raisonnables.

Là, à mon avis, ils ont senti le piège. Voyez les « proportions raisonnables ». On les comprend. On les voyait venir à grands pas, les grands infirmiers baraqués, les parachutistes eurasiennes à la taille svelte, les capitaines d’industrie en sandalettes roses, les secrétaires sénégalais au crâne rasé et au sourire débonnaire. Dommage. Sans doute la crainte que les manuels scolaires ne se mettent à ressembler à des revues pornographiques pour amateurs de fantasmes extrêmes. (Pour les jeunes filles timides – décidément c’est une obsession – et belles qui me lisent, auprès desquelles je ne voudrais pas gâcher mes chances, je tiens à préciser que j’ignore à quoi est censée ressembler une revue pornographique, même pour amateurs de fantasmes sages).

Dans le contexte actuel de l’édition française des manuels scolaires, il s’agit de trouver un équilibre entre le principe de liberté et de neutralité des éditeurs et celui de la responsabilité des autorités compétentes, et tout particulièrement de l’État, de veiller à ce que plus aucun support pédagogique ne supporte de stéréotype. L’idée d’un label « anti-discrimination » a été rejetée par le comité de pilotage de cette étude car « la méthode paraît lourde à mettre en place et parce qu’elle risque d’être mal acceptée par les éditeurs, évoquant le précédent du régime de Vichy » (extrait du compte rendu du comité de pilotage du 31 janvier 2008).

Il nous paraît cependant nécessaire de poursuivre le travail entrepris dans ce rapport en proposant des objectifs de prévention et d’observation. La mise en place de groupes de travail disciplinaires peut répondre au premier objectif et la création d’un “comité de vigilance” peut satisfaire le second. Cependant, ces deux objectifs n’ont aucun sens si l’institution scolaire n’est pas fortement mobilisée sur ces questions.

« Veiller », « plus aucun », « label », certes « régime de Vichy », « cependant » « nécessaire » « comité de vigilance ». Ceci se passe de commentaires. En parlant du régime de Vichy, il est temps de finir en beauté.

Ils sont vigilants à l’égard de la présence des stéréotypes mais pas suffisamment outillés pour les éradiquer. Les bonnes intentions et l’intuition ne suffisent pas. Plusieurs responsables expriment un intérêt pour devenir plus compétents, voire proactifs en gestion de la diversité, mais le levier principal de ce changement réside dans l’évolution des programmes qui amènera l’ensemble des acteurs à véritablement s’engager sur ces questions.

Sujet de rédaction donné à un groupe de jeunes fonctionnaires dynamiques, dans l’Allemagne des années trente :

Développez l’implicite du texte ci-dessus, en remplaçant « stéréotypes » par « parasites sociaux » et « diversité » par « question juive ». Vous avez cinq heures. (Documents joints : Prospectus de la société Bayer. Carte de la Pologne. Papier à dessin. Papier calque. Papier millimétré. Calculatrice recommandée).