Xavier de Maistre (1)

Xavier de Maistre est le frère de Joseph. Moins connu, moins sulfureux. Moins intéressant, sans doute, moins important au regard de l’histoire littéraire et de l’histoire des idées, c’est incontestable. Séduit il y a quelques années par son Voyage autour de ma chambre, j’ai résolu de m’attaquer à ses œuvres complètes, sur la foi de quelques avis experts. Tout n’y est pas or, mais pour l’instant, je ne le regrette pas.

L’édition utilisée est celle d’Eugène Ardant (1874) généreusement fournie par Gallica, le service de numérisation de la Bibliothèque nationale (au XIXe siècle, Xavier de Maistre a été publié en d’innombrables Œuvres complètes, choisies, voire inédites). Elle a malheureusement été expurgée. Pourquoi ? La « Notice sur l’auteur » nous l’explique :

« […] Quelques très légères modifications ont été faites à ces pages, quelques notes ont été ajoutées ; la raison qui a guidé en cela notre comité d’examen est aisée à comprendre : Xavier, surtout dans le Voyage autour de ma chambre, s’adressait à des hommes mûrs, à des cœurs qui, comme le sien, avaient passé par les dures épreuves de la vie, et non à des adolescents, ni à de jeunes personnes.

Par conséquent, que rien ne fasse hésiter les familles chrétiennes à accueillir avec confiance ces aimables et touchants récits que notre édition leur présente dégagés de toute pensée, de toute expression capables d’alarmer leur plus délicate vertu ou leurs croyances religieuses. »

Nous voilà prévenus.

    L’hiératique Xavier de Maistre.

Le Lépreux de la cité d’Aoste n’a guère d’intérêt. Schéma narratif rebattu dans lequel X., voyageur, rencontre Y., malheureux, “ – Malheureux Y., racontez-moi votre triste existence. – Mais non, voyageur X., ça ne va pas vous intéresser. Oh, et puis après tout, si je ne vous raconte pas ma triste existence, le récit s’arrêterait après trois pages, ce qui serait ballot, reconnaissons-le. Je vous la raconte donc.” Parlons-en de cette triste existence : au XVIIIe siècle, un lépreux est enfermé dans une tour ; sa sœur – lépreuse elle aussi – vient l’y rejoindre. Ladite sœur finit par mourir ; le lépreux est tenté par le suicide mais y renonce, et se réjouit de la beauté de la Création. L’intrigue, très excessivement romantique (le lépreux découvre la lettre que sa sœur lui avait laissé en mourant au moment même où il s’apprête à se suicider…), s’accorde mal avec la platitude et la lourdeur du style de l’auteur – qui a pourtant écrit quinze ans auparavant l’excellentissime Voyage autour de ma chambre. Pourtant, d’après l’encyclopédie Encarta, Le Lépreux de la cité d’Aoste est l’œuvre majeure de X. de Maistre, un “chef-d’œuvre de suggestion et d’émotion contenue” (contenue dans vingt-cinq pages).

Les Prisonniers du Caucase est intéressant, se lit facilement, mêle habilement récit d’aventure et remarques ethnogéographiques, un petit côté Michel Strogoff. Un officier de l’armée russe est fait prisonnier par les Tchétchènes (ce qui donne à la chose un petit côté actuel), mais son fidèle serviteur Ivan, authentique préfiguration de Passepartout, finit par le délivrer, entre autres en simulant sa conversion à l’islam – ce qui nous vaut une mise en garde de l’éditeur : se convertir à l’islam, même en simulant et même pour délivrer son maître, ça n’est pas bien du tout. Oui, on a vraiment l’impression très nette de lire du Jules Verne ; en mieux même, la forme courte (trente-cinq pages) interdisant à Xavier de Maistre d’étaler sa science à tout propos.

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