Nimier sur la lecture

 

(Sanders) – Je sais, j’ai été comme vous. À une époque, je lisais trois livres par jour et aussi bien les Réflexions sur les Troglodytes que les œuvres de Jouhandeau ou de Pierre Benoit qui me paraissaient des auteurs importants. J’avais quatorze ans et je suis pardonnable. Tout ça m’a bien passé. Je lis encore beaucoup, c’est très agréable : mais plus du tout la même chose. Les romans sont complètement idiots ; si l’on cherche à s’amuser, autant courir après une balle comme le conseillait un Auvergnat, oui, autant jouer au tennis. Si l’on veut passer le temps, je reconnais qu’il y a des romans très amusants, mais il n’y en a pas beaucoup et on les connaît bien. Alexandre Dumas, Dickens, Marcel Aymé, Evelyn Waugh, ça ne fait pas grand monde, et il n’y a pas un seul Allemand parmi eux. Enfin, si vous vous intéressez à la vérité, comme on dit vulgairement, lisez des mémoires. Ça, ce n’est pas stupide, ce sont des événements intéressants. Avouez qu’il est inepte de se torturer l’esprit pour des gens qui s’appellent Werther ou Julien Sorel quand il y a eu de gros vivants comme Napoléon, Louvois, Philippe-Auguste. La philo n’est pas mal non plus. Malheureusement, elle est comme la Russie : pleine de marécages et souvent envahie par les Allemands. L’histoire, vraiment, c’est une chose bien. Ensuite, on peut vivre sans se trouver ridicule. Oh, je ne vous ferai pas un discours pour vous vanter la vie. Mais enfin, c’est ce qu’il y a de plus simple sur la terre et à condition de ne pas faire l’idiot, ce n’est pas ennuyeux du tout. Passez-moi du gin, parce que j’ai soif.

Roger Nimier, Le Hussard bleu, Paris, Gallimard, Folio 986, 2004, p. 348-349

3 réflexions sur “Nimier sur la lecture

  1. Vos citations de Nimier sont un vrai bonheur.
    Pour Monluc, vous m’en donnez nostalgie. Je l’ai lu il y a déjà moult (soyons archaïsants) années -c’est frais et pétillant, on y massacre sans regrets. Joli temps où les reîtres savaient écrire.
    Il est hélas totalement épuisé…

  2. Si vous souhitez relire Monluc, deux possibilités :
    – si vous supportez la lecture sur écran, télécharger les fichiers de Gallica (serveur de la Bibliothèque nationale).
    – sinon, sur livre-rare-book.com, on trouve 4 exemplaires du volume de la Pléiade, entre 40 et 65 euros selon état… ce qui n’est pas si cher pour un Pléiade épuisé.

  3. Vous êtes l’aménité même (non, je ne raille point.Au reste ce serait vraiment trop facile et par là même sans grâce). L’écran me va très bien,je lui dois (entre autres badauderies) Les promenades littéraires de Gourmont.

    En vous remerciant vivement. R.

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