Devant les accidents de la gloire temporelle

Lisez De la situation faite au parti intellectuel dans le monde moderne devant les accidents de la gloire temporelle, de Charles Péguy. (Dans le premier tome des Œuvres en prose, Bibliothèque de la Pléiade). Il y a urgence.

« La barricade n’est plus aujoud’hui le grand instrument social et politique, le grand appareil de gouvernement ou de révolution, le grand appareil de discernement. Ce n’est plus la barricade aujourd’hui qui discerne, qui sépare en deux le bon peuple de France, les populations du royaume. C’est un beaucoup plus petit appareil, mais infiniment plus répandu, surtout aujourd’hui, qu’on nomme le guichet. Quelques cadres de bois, plus ou moins mobiles, un grillage métallique plus ou moins fixe, font tous les frais d’un guichet. C’est pourtant avec cela, c’est avec de peu que l’on gouverne la France très bien. Format bon ordinaire. Au lieu qu’il fallait des tonneaux, et même des barriques, et si j’ai bonne mémoire des omnibus, presque des immeubles, pour faire une barricade. C’est sans doute pour cette raison que finalement, c’est du moins une des raisons pour lesquelles vraisemblablement, il est finalement venu au monde beaucoup plus de guichets qu’il n’y était jamais poussé de barricades. C’est que c’était peut-être plus facile à faire. Il suffit d’avoir été soi-même acheter des timbres ou payer ses impôts, que nous nommons contributions, et de comprendre un peu, de savoir un peu lire ce qu’on fait, pour avoir soi-même découvert cette vérité de fait élémentaire. Nous n’avons plus aujourd’hui la barricade discriminante. Nous avons le guichet discriminant. Il y a celui qui est derrière le guichet, et celui qui est devant. Celui qui est assis, derrière, et ceux qui sont debouts devant, ceux qui défilent, devant, comme à la parade, en on ne sait quelle grotesque parade de servitude librement consentie. Là est la grande, la vraie séparation du peuple de France. Et c’est pour cela que les grands débats politiques de ces dernières années et de cette présente ne parviennent point à me passionner. […]

Ils se battent, entre eux, mais ils ne se battent que derrière le guichet. On ne se battra jamais à travers le guichet, parce qu’alors, ce serait sérieux. »

4 réflexions sur “Devant les accidents de la gloire temporelle

  1. Méconnu? Mon Dieu, finalement, vous m’y faites penser, c’est assez vrai. Son « Clio » dont l’écriture toute en reprises et bondissements, d’un lyrisme maîtrisé et incantatoire est impresionnant (on cause quoi!),Clio donc n’est quasiment jamais nommé -ou son « Victor Marie, comte Hugo »,peut-être le seul bouquin qui sache sonder etr scander le titan. Méconnu donc mais…est-ce un mal? Ca vaut mieux que de voir des hordes de sémiostylisticiens et de chercheurs en génétique des textes s’abattre sur le pauvre homme! (Et croyez-moi, je les connais, pour dégoûter d’un auteur ce sont des as…)

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