Michel Sardou passe l’agreg

Pour la brillante idée de ces « copies » commentées, je rends hommage à Camille de Carnets baroques.

Agrégation d’histoire
Oral
Épreuve sur dossier (géographie)
Sujet : L’Afrique (présentation générale)

Documents : Bandes dessinées : Stanley et Baden-Powell, éditions du Triomphe. Extraits du Voyage au bout de la nuit. Photos : pagnes, Burundi ; poisson salé sur un étal, Côte-d’Ivoire ; bar à putes, RDC. Vidéo : La Légion saute sur Kolwezi (making-of).

Jury 06 (Jacques Foccart, Bernard Lugan, Loïc Le Floch-Prigent)
Candidat interrogé : Michel Sardou

Afrique adieu (plutôt en conclusion)
Belle Africa (jeu intéressant sur le mot « Afrique » dans plusieurs langues, introduction à la richesse culturelle du continent noir, à sa colonisation par différentes puissances européennes ; pourquoi  n’avez-vous pas développé ce thème par la suite ?)
Où vont les eaux bleues
Du Tanganyika (elles rejoignent le bassin du Congo, puis l’océan Atlantique ; ce sont des connaissances que vous devriez avoir après cinq années d’études d’histoire et de géographie)

Afrique adieu
Ton coeur Samba (pourquoi pas Mamadou ? ne soyez pas si caricatural !)
Saigne autant qu’il peut
Ton coeur s’en va (l’Afrique vue avant tout comme espace qu’on quitte, intéressant, mais il faudrait préciser : esclavage, émigration ?)

Il pleut des oiseaux aux Antilles (l’esclavage, donc ?)
Sur des forêts de magnolias (la référence à Claude François est superflue ; préférez-lui Georges Balandier)
Les seins dorés brûlants des filles (parler de seins « dorés » était maladroit ; en laissant entendre que vous n’aviez fréquenté que des métisses ou des maghrébines, vous restreigniez le sujet et laissiez entendre au jury que vous n’aviez qu’une connaissance superficielle de l’Afrique)
Passent à deux pas de mes dix doigts (n’exhibez pas ainsi votre potentiel de séduction ; c’est prétentieux et indélicat, les membres du jury n’étant plus à la fleur de leur âge)

Des musiciens de Casamance
Aux marabouts de Pretoria (carte des religions en Afrique mal maîtrisée)
C’est tout un peuple fou qui danse (une allusion distanciée à la « mentalité primitive » décrite par Lévy-Bruhl aurait été bienvenue)
Comme s’il allait mourir de joie (certes, mais on attendait une évocation de la misère, des guerres civiles)

Afrique adieu… (refrain)

Sur les étangs de Malawi
La nuit résonne comme un signal (vous n’êtes pas Mallarmé, c’est une évidence)
C’est pour une fille de Nairobi
Qu’un tambour joue au Sénégal (bonne amorce aux migrations interafricaines, il aurait fallu aller plus loin ; on ne peut pas parler de relations amoureuses en Afrique sans aborder la question du SIDA)

Et de Saint-Louis à Yaoundé
Des Lacs salés au vieux Kenya (pourquoi vieux ? si vous vouliez parlez de Jomo Kenyatta, c’était pertinent, mais il aurait fallu le préciser)
C’est tout un peuple qui va danser
Comme s’il allait mourir de joie (évitez les redites)

Afrique adieu
Tes masques de bois
N’ont plus dans leurs yeux
L’éclair d’autrefois (bonne ouverture sur l’intégration de l’Afrique à la mondialisation, l’arrivée en masse des Chinois, moins soucieux d’objets d’art que leurs prédécesseurs européens ; Bernard Lugan, membre du jury, a déploré que « l’éclair d’autrefois » n’ait pas donné lieu à un développement sur la Waffen SS dans l’Afrikakorps)

Afrique adieu
Là ou tu iras
Les esprits du feu
Danseront pour toi (suggérer un espoir de restauration africaine par le retour à l’animisme était original ; vous n’avez pas cru devoir mentionner les théories afrocentristes, c’est dommage)

Afrique adieu… (refrain)

Appréciation générale : Exposé trop succinct, prometteur par certains aspects, mais qui a laissé le jury sur sa faim. Beaucoup d’approximations, qui auraient pu être évitées : le volume de la Géographie universelle portant sur l’Afrique était présent dans la salle de préparation, il est regrettable que vous ne l’ayez pas consulté. Des qualités formelles (voix, occupation de l’espace…) qui laissent espérer une prestation plus solide l’an prochain.

Note : 6/20

9 réflexions sur “Michel Sardou passe l’agreg

  1. Excellent ! un rapport de jury d’oral ! Et quel jury…

    Le candidat a-t-il chanté ou seulement lu son texte ? Je pense que l’utilisation du chant est un mode pédagogique à creuser dans le cadre de l’IUFM.

  2. @ Camille

    Chanté ! Les concours de l’enseignement manquent de musique. Je ferai sans doute de remarquables prestations chorales au CAPES, en juin-juillet.

    Navré pour les puristes, je viens de me rappeler qu’il n’y avait pas de Waffen SS dans l’Afrikakorps. Tant pis.

  3. « C’est pour une fille de Nairobi
    Qu’un tambour joue au Sénégal  »

    Question du genre en Afrique abordé, c’est un bon point.
    Manque donc une reflexion sur la domination de genre. On aurait apprecié du candidat qu’il expose ses vues sur des questions telles que « genre et domination dans les sociétés africaine traditionelles », « genre et domination comme miroir de la domination raciale dans les relations coloniales ». Très insuffisant.

    Je présume que le candidat Sardou aurait aussi été recalé si il avait présenté « Le temps béni des colonies » au jury ?

  4. @ PKK

    Le prince Eric, grands dieux, le prince Eric ! Comment ai-je pu ne pas y penser ?

    @ Thibaut

    De rien.

    @ Vhp

    J’ai hésité à faire subir le même traitement au « temps béni des colonies ». Mais c’est plus compliqué, car les paroles sont intentionnellement parodiques (comme j’ai déjà dû l’expliquer cinq mille fois à des amis gauchistes : non, Sardou ne fait pas l’apologie du colonialisme dans le « temps béni des colonies »).

    @ Camille

    Amenez une guitare, on tâchera d’amadouer le jury avec des standards de la chanson française.

  5. je suis particulièrement sensible à la référence à Claude François. mais souligner encore l’ethnocentrisme de notre Michel national eut été formidable : du Sénégal au Kenya, il semble y avoir une trotte… Fichtre : Michel n’en fait qu’une seule et même Afrique.
    Qu’est-ce à dire des différences et de la diversité ? Doit-on tout de suite appeler la HALDE ?

  6. Pingback: Scène de la vie parisienne & fin de partie « Baroque et fatigué

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s