Waiting for Putin

« Lorsque notre démocratie cosmopolite, portant ses derniers fruits, aura fait de la guerre une chose odieuse à des populations entières, lorsque les nations, soi-disant les plus civilisées de la terre, auront achevé de s’énerver dans leurs débauches politiques, et que de chute en chute elles seront tombées dans le sommeil au dedans et dans le mépris au dehors, toute alliance étant reconnue impossible avec ces sociétés évanouies dans l’égoïsme, les écluses du Nord se lèveront de nouveau sur nous, alors nous subirons une dernière invasion non plus de barbares ignorants, mais de maîtres rusés, éclairés, plus éclairés que nous, car ils auront appris de nos propres excès comment on peut et l’on doit nous gouverner.

Ce n’est pas pour rien que la Providence amoncelle tant de forces inactives à l’orient de l’Europe. Un jour le géant endormi se lèvera, et la force mettra fin au règne de la parole. En vain alors, l’égalité éperdue rappellera la vieille aristocratie au secours de la liberté ; l’arme ressaisie trop tard, portée par des mains trop longtemps inactives, sera devenue impuissante. La société périra pour s’être fiée à des mots vides de sens ou contradictoires ; alors les trompeurs échos de l’opinion, les journaux, voulant à tout prix conserver des lecteurs, pousseront au bouleversement, ne fût-ce qu’afin d’avoir quelque chose à raconter pendant un mois de plus. Ils tueront la société pour vivre de son cadavre. »

Astolphe de Custine, La Russie en 1839, Lettre cinquième

Lisez les lettres de Russie d’Astolphe de Custine. Elles sont disponibles en ligne sur le site du Projet Gutenberg. Elles sont passionnantes et très joliment écrites – son style et sa profondeur de vues font penser à Tocqueville.

(Addendum : je viens de consulter l’article de Wikipédia sur Custine, et que lis-je en introduction ?  » […] ses Lettres de Russie, parfois considérées (avec l’Empire des Tsars et les Russes, de son contemporain Anatole Leroy-Beaulieu) comme le pendant pour la Russie de l’essai De la démocratie en Amérique de Tocqueville ». Je suis génial. Enfin, au moins autant que le contributeur de Wikipédia ayant commis tout ou partie de l’article en question.)

6 réflexions sur “Waiting for Putin

  1. Custine n’avait pas encore 5 ans que son père, par la prévenance des bons jacobins, était séparé d’une tête qui devait certainement lui peser. N’avait-il pas perdu son grand-père, soulagé d’une vieillesse probablement triste par ces mêmes mains complaisantes et empressées quelques mois aupravant? Est-ce d’avoir eu Chateaubriand comme chevalier servant d’une mère peu éplorée (les années passent si vite) qui poussa Astolphe de Custine vers le troisième sexe ? Qu’importe, et la chose ne vaudrait même pas d’être notée si Custine, retrouvé plus qu’à moitié nu dans un sinistre fossé de Saint Denis, très correctement passé à tabac par les amis d’un soldat qui n’avait point agréé ses hommages, n’avait connu le déshonneur, la flétrissure qui ne pardonne pas. Les gazettes cancannent allégrement ; et puis quoi, Charles X est couronné depuis un mois et M. le ministr Villèle n’est pas un rigolo. C’est la Restauration, la pure et dure, autre chose que ce voltairien de Louis XVII. C’est donc la honte quasi nationale. Et la fuite -d’où le voyage. Aucuns de ses quatre romans nenous marque, mais les lettres sont d’un visionnaire, un homme qui a tout compris en si peu de temps (qqlq mois de Russie). « Le livre le plus intelligent écrit sur la Russie par un étranger » dira Herzen. Et de fait, sans être Russe nous même (nous disposons d’une très chère devant Dieu qui supplée à ce défaut), comment ne pas être soufflé par cette analyse du « secret qui préside à tout », cette compréhension intime de la Russie et de son « oppression déguisée en amour de l’ordre ». bref, je ne suis pas totalement indifférant au Marquis de Custine…
    Ps Vousz doutiez de votre génie Baroque? Fi! Schocking!

  2. @ Restif & PKK

    Encore un pédé ! Ah ben ça alors (Je l’ignorais, merci de m’instruire…).

    @ Pascal

    Presque aussi beau que du Le Clézio.

  3. @Fandenimier : je pourrais vous répondre qu’à 20 ans je n’avais certaiement pas vos lectures. Je dirai plus simplement que c’est le privilège de la vieillesse et que de plus je vous suis redevable du Projet Gutemberg.

  4. @Fandenimier : je pourrais vous répondre qu’à 20 ans je n’avais certainement pas vos lectures. Je dirai plus simplement que c’est le privilège de la vieillesse et que de plus je vous suis redevable du Projet Gutemberg.

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