La société de défiance

Mes préoccupations actuelles m’amènent à dévorer des centaines de pages d’essais et de rapports divers consacrés à la conjoncture économique et aux politiques publiques, pas toujours passionnants, c’est le moins qu’on puisse dire. Il y a néanmoins des exceptions ; entre autres, l’essai intitulé La société de défiance – Comment le modèle social français s’autodétruit de Yann Algan et Pierre Cahuc. Texte qui fait souffler, disons, comme un vent de fraîcheur, quand la plupart de vos enseignants (pourtant pas les derniers venus) passent leur temps à répéter que le libéralisme ravageur et la perte du sens de l’État sont actuellement la principale menace qui pèse sur notre beau pays. Libéralisme ravageur et perte du sens de l’État avec 55 % du PIB de dépense publique, l’exécutif le plus dirigiste d’Europe (à vue de nez) la réglementation du travail la plus tatillonne, un déficit budgétaire insoutenable à moyen terme, et la couverture sociale la plus coûteuse au monde ou presque ? Une France entre l’Ouganda et la Roumanie au classement  de la fondation Heritage sur l’opportunité d’entreprendre ? Aidez-moi, je VEUX comprendre. Sans parler de la semaine de RER en grève que je viens de vivre – à partir de mercredi, presque plus rien dans les médias, mais je vous rassure, sur le terrain ça continuait ?). Pour le texte complet, c’est , pour un extrait de l’introduction, c’est tout de suite :

Dans la seconde partie, nous soutenons que le déficit de confiance des Français est intimement lié au fonctionnement de leur État et de leur modèle social. Après la Seconde Guerre mondiale, le modèle social français s’est construit sur des bases corporatiste et étatiste. Le corporatisme, qui consiste à octroyer des droits sociaux associés au statut et à la profession de chacun, segmente la société et opacifie les relations sociales, ce qui favorise la recherche de rentes, entretient la suspicion mutuelle et mine les mécanismes de solidarité. L’étatisme, qui consiste à réglementer l’ensemble des domaines de la société civile dans leurs moindres détails, vide le dialogue social de son contenu, entrave la concurrence et favorise la corruption. Le mélange de corporatisme et d’étatisme est au coeur de la défiance actuelle et des dysfonctionnements du modèle social. La faiblesse du dialogue social et le manque de confiance envers le marché rendent nécessaire l’intervention de l’État. Mais selon une logique dirigiste et corporatiste bien établie, l’intervention de ce dernier consiste généralement à accorder des avantages particuliers aux groupes qui en font la demande, souvent au détriment du dialogue social, du respect des règles de la concurrence et de la transparence des mécanismes de solidarité. Ce type d’intervention ne peut qu’entretenir la défiance mutuelle et favoriser, en retour, l’expansion du corporatisme et de l’étatisme.