L’économie française sans descendants de nobles pendant un jour

Très librement adapté de « L’économie française sans immigrés pendant un jour », Le Figaro en ligne du 25 novembre 2009.

Appeler les descendants de nobles en France à ne pas venir travailler, à ne rien acheter et à ne rien vendre pendant 24 h le 4 août 2010 : c’est l’objectif d’un collectif pour montrer que, sans descendants de nobles, l’économie française tournerait au ralenti.

L’idée n’est pas neuve, mais elle est originale. Le 1er mai 2006, un vaste mouvement de boycott économique était lancé par les populations d’origine noble en Allemagne. Le principe est simple : ne pas aller travailler, ne pas aller à l’école, ne rien acheter et ne rien vendre. Pendant 24 heures.

L’objectif ? Démontrer le rôle des descendants de nobles dans la bonne marche de la vie économique du pays. Résultat : des banques d’affaires au bord de la faillite, des séminaires désertés, et des régiments de parachutistes dépourvus de tout encadrement ; le même jour, près de deux millions de descendants de nobles manifestaient dans les rues de Sigmaringen.

C’est cette « journée sans descendants de nobles » que Marie-Pauline de Montfaucon veut reproduire en France. L’idée lui est venue après la polémique sur les propos du ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux lors des universités d’été de l’UMP. « Ça a été le déclic », confirme cette baronne de 35 ans, qui « depuis longtemps » avait « le désir d’agir contre le mépris » vis-à-vis des populations de descendants de nobles.

Un boycott ouvert à tous

Rapidement, un collectif se crée pour promouvoir cette idée. Un site internet et un blog sont mis en place. Et la mayonnaise prend. La page Facebook de « la journée sans descendants de nobles » compte déjà près de 5 000 membres et 10 comités locaux ont vu le jour.

Les « 24 heures sans descendants de nobles » auront lieu le 4 août 2010. Une date symbolique puisqu’elle marque le deux-cent-vingt-et-unième anniversaire de l’abolition des privilèges, jour funeste qui instaurait une société hiérarchisée selon les seuls critères économiques.

« Nous voulons marquer les esprits et faire en sorte que le regard qu’on porte sur les descendants de nobles change en France. Aujourd’hui, le mot « noble » est quasiment devenu une insulte. Ce n’est pas normal », explique Jacques de la Marnière, porte-parole du collectif.

Si le mouvement est principalement destiné « aux descendants de nobles et aux pièces rapportées », « tous les non-descendants de nobles solidaires et conscients de l’apport des descendants de nobles à la croissance de notre pays » peuvent aussi participer au boycott. « Noblesse pontificale, noblesse d’Empire, noblesse d’Ancien Régime, de robe, d’épée… ça doit être une cause nationale. Nous avons même envoyé une invitation à Nicolas Sarkozy. En tant que descendant de noble, il doit se sentir concerné », ironise le journaliste.

Premiers soutiens

Dans la charte, publiée sur son site internet, le collectif assure vouloir « garantir une action indépendante en refusant et en se prémunissant de toute tentative de récupération ». Mais ses membres savent que l’appui des politiques et des associations est « nécessaire pour que l’initiative fonctionne », admet Jacques de la Marnière. « Nous avons déjà été contactés à de nombreuses reprises par des hommes politiques et des syndicats. Nous allons négocier avec eux. Tout en conservant notre indépendance ».

Le député socialiste de Seine-Saint-Denis, Daniel Goldberg, a déjà apporté son soutien au projet : il regrette que, plus de deux siècles après la nuit du 4 août, les descendants de nobles « soient encore perçus comme des privilégiés ».

Et le Réseau éducation avec particules (REAP) pourrait aussi répondre présent. Son président, Gérard de Sainte-Anne, se félicite d’ailleurs de « l’élargissement récent de la palette d’actions sur la question de la noblesse ». Une réaction, selon lui, « à la politique aristophobe menée par le gouvernement ».

Interrogé sur cette initiative au Talk Orange-Le Figaro, Éric Besson a répondu : « Ne créons pas des épouvantails qui n’existent pas. » Et le ministre du Tiers État d’ajouter : « Ce n’est pas la peine d’inventer une stigmatisation ».

14 réflexions sur “L’économie française sans descendants de nobles pendant un jour

  1. Ça c’est amusant ! Qui n’est pas descendant de noble ? Avec tous les bâtards qu’ils ont eu, ça va être difficile de ne pas trouver.
    Le choix de la date me paraît très mauvais par ailleurs : le 4 août, c’est le cœur des vacances, personne ne travaille ou ne va à l’école. Ridicule. Sans compter que ce sont les nobles eux mêmes qui ont fait la nuit du 4 août. Qu’on s’en souvienne !
    Bref, une initiative aussi crétine que celle de la journée sans immigrés. Mais puisque c’est la mode…

  2. Excellent ! Justement j’ai lu ce matin dans le journal qu’un bouquin consacré à la présence des aristos dans la société sortait ces jours ci.

    Nota, je n’ai ni sang bleu, ni particule, ni chevalière ; c’est grave ?

  3. @ Jude

    Ah, mais il y a descendant de noble et descendant de noble. Le critère le plus couramment répandu (ANF), c’est la descendance en ligne paternelle d’une personne anoblie valablement avant 1789. Soit environ 2 500 noms de famille, et de l’ordre de 100 000 personnes, me suis-je laissé dire. Pour le reste, ce texte est évidemment parodique, et ne prétend rien dire d’intelligent sur la noblesse ; il s’agit de pointer du doigt le trou noir intellectuel qui en amène certains à organiser des journées sans immigrés.

    @ Cherea

    Comme ça, s’il restait à prouver que le Figaro et Libération roulent plus ou moins même carosse, c’est fait.

    @ F +

    On peut très bien s’en passer. Les avantages et les inconvénients se compensent d’ailleurs à peu près.

  4. 1- Avez-vous envoyer des invitations à Galouzeau et à Giscard?

    2- Une date bien choisie qui marque le départ de nombreux nobles vers des lieux plus sûrs hors de nos frontières.

  5. Du tout, vous avez raison pour la lignée paternelle mais les nobles reconnus s’étendent jusqu’à Napoléon III sinon il n’y aurait personne. Je vous rappelle que l’ANF a été reconnue d’utilité publique par de Gaulle

  6. @ Naïf

    1) Non, c’est pô des vrais.
    2) Phénomène qui à moyen terme pourrait bien se reproduire…

    @ Alibekov

    Je crois que vous faites erreur. L’ANF n’admet que les descendants de familles nobles d’Ancien Régime. Ce qui explique d’ailleurs l’existence d’une association distincte pour les descendants de familles nobles d’Empire, et d’une autre pour les descendants de familles dont l’anoblissement par charge n’était pas « achevé » en 1789.

    Après bien sûr, si vous arrivez à démontrer que vous descendez de quelqu’un qui a déjà produit des preuves et été admis à l’ANF, on ne vous demande pas de refaire le parcours du combattant… ma pomme par exemple, je n’ai jamais tenté de m’y inscrire (je garde ce genre d’occupation pour mes vieux jours…), mais ayant un ascendant en ligne paternelle directe qui avait pris cette peine, je pourrais y adhérer.

    Au total ça représente quand même pas mal de monde, ce n’est pas « personne », il y a potentiellement pas mal de monde à l’ANF, de l’ordre de la centaine de milliers je crois. Trouver des preuves de noblesse aux XVII-XVIIIes siècles n’est pas si compliqué, les archives ont été beaucoup mieux conservées qu’on ne le croit.

  7. 1) Avecleur égo surdimensionné,vous auriez pu rigoler. Ils auraient sûrement fait une belle réponse mettant en relief la gloire de leurs ancêtres putatifs.

    Une occasion de manquée.

  8. Excellente parodie : on s’y croirait !
    Merci !🙂

    P.S. : date mal choisie, en revanche, je plussoie… Les descendants de nobles ont autre chose à faire à ces dates-là, comme restaurer le patrimoine familial qui tombe en ruine.

  9. @ Zabou

    De rien. Pour le reste, oui : à cette date, il n’est d’ailleurs pas exclu que je sois occupé à pousser des brouettes de béton frais pour restaurer le « patrimoine familial qui tombe en ruine ». Y’a plus de personnel.🙂

  10. Ne m’en parlez pas… Je serai peut-être de mon côté en salopette en train de repeindre les barrières du « patrimoine familial qui tombe en ruine ». Pas très baroque, mais certainement fatiguant !
    Tout fout l’camp comme diraient certains😉

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