L’homme n’est pas bon, et c’est un anarchiste qui vous le dit

« Un véritable anarchiste pense qu’une société anarchiste, sans Etat, sans pouvoirs, sans organisation, sans hiérarchie est possible, vivable, réalisable, alors que moi, je ne le pense pas. Autrement dit, j’estime que le combat anarchiste, la lutte en direction d’une société anarchiste sont essentiels, mais la réalisation de cette société est impossible. […] Que la société joue un grand rôle dans la perversion de l’individu, cela me paraît certain […]. Cependant tout ne vient pas de la « société ». […] Il ne suffit donc pas d’arrêter la répression pour arrêter les passions de l’homme. Celui-ci en effet, malgré toutes les croyances contraires, n’est pas bon. Cette affirmation de ma part n’a rien à faire avec l’idée chrétienne du « péché ». Celui-ci en effet existe dans la relation avec Dieu, et pas autrement. L’erreur de siècles de chrétienté a été de concevoir le péché comme une faute morale. Ce qui n’est pas le cas, bibliquement. Le péché, c’est la rupture avec Dieu, et les conséquences que cela entraîne. Quand je dis que l’homme n’est pas bon, je ne me place pas d’un point de vue chrétien ni du point de vue de la morale : je veux dire que les deux grandes caractéristiques de l’homme, quelle que soit sa société ou son éducation, sont la convoitise et l’esprit de puissance. On les retrouve partout et toujours.  »

Jacques Ellul, Anarchie et christianisme