Soutanes, tableaux noirs et croix gammées

J’ai regardé l’enquête des Infiltrés (c’était sur la deuxième chaîne) intitulée « À l’extrême-droite du Père ». Il y est question d’une paroisse traditionaliste de Bordeaux, à laquelle sont rattachés un établissement scolaire hors contrat, et – le rattachement semble abusif et j’en laisse la responsabilité au journaliste – un mouvement de jeunes, Dies Irae. Il semble que beaucoup de nos compatriotes aient été indignés par ce reportage ; ce bon vieil Alain Juppé envisage même des poursuites judiciaires. Je me permets de donner mon avis, notamment parce que j’ai évolué un certain temps dans le milieu en question, et que je ne le connais pas trop mal.

*

Dans les passages les plus violents de l’enquête, certains membres du mouvement de jeunes mentionner les Turner Diaries, et tenir des propos racistes et antisémites dépourvus de toute ambiguïté. J’ai lu les Turner Diaries par curiosité, il y a deux ou trois ans, j’étais déjà trop vieux et raisonnable pour être enthousiasmé, mais je reconnais volontiers qu’à quinze-seize ans, j’aurais adoré. C’est un texte écrit par un suprémaciste blanc américain, qui narre les opérations de guérilla menées par son camp contre le gouvernement, jusqu’à la victoire finale. C’est d’une bêtise confondante. Pour résumer, le monsieur n’est pas content quand il voit des couples mixtes (comprendre : au sein desquels les partenaires n’ont pas la même couleur de peau), donc il veut tuer tous ceux qui contrôlent le monde (les Juifs, les liberals, etc.). Au pire, ce genre de propos relève de la psychiatrie, au mieux, de frustrations adolescentes ou post-adolescentes qui trouveront à se déverser quelque part un jour, du moins espérons-le.

J’ajoute que cette référence est assez rare au sein de l’extrême-droite française et européenne, j’ai été surpris de l’entendre citer dans le reportage. Pour les amateurs, il existe une mauvaise traduction du bouquin sur Internet. Pour vous donner une idée du niveau intellectuel des bonshommes qui lisent ce genre de choses en le prenant au sérieux, il existe un groupe Facebook de « fans » des « Carnets de Turner », avec 54 personnes, dont l’une proclame à la planète entière « Pourquoi ne pas l’acheter au profit d’une œuvre de « charité ». cette œuvre servirait à acheter les camions, les fusils, les grenades dont nous aurons besoin … ». Discret. Subtil.

Bref, les journalistes qui ont réalisé le reportage sont mal documentés : il est permis et même parfaitement justifié de faire un lien entre catholicisme traditionnel et extrême-droite, mais les Turner Diaries relèvent d’une extrême-droite complètement à part et assez atypique en Europe, qui n’a rien à voir avec l’extrême-droite française catholique traditionnelle. Le fait qu’un jeune les mentionne – au passage, si je puis me permettre, le jeune en question a l’air un peu paumé et pas vraiment dans son élément – n’est en rien significatif.

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Quant aux propos racistes et antisémites, je confirme qu’on peut facilement en entendre de semblables dans la sphère catholique traditionnelle, y compris dans la bouche de prêtres – un jour, au cours d’une retraite, j’ai entendu l’un d’eux affirmer le plus sereinement du monde que l’intervention de Titus en Judée, en 70, était une punition des Juifs pour avoir crucifié le Christ, Titus devenant en quelque sorte le bras armé de Dieu. Attention, je ne dis pas que tout le monde accepte ce type de propos, bien au contraire, mais c’est un fait : dans ces milieux, ils sont plus qu’ailleurs reçus avec complaisance. Pourquoi ? En ce qui concerne l’antisémitisme, on a parfois l’impression d’avoir affaire à une tendance de surface, pas très réfléchie, qui pousserait les tradis à afficher un antisémitisme au moins a minima, parce que le dialogue avec les Juifs est associé à une certaine modération, à un certain progressisme religieux.

Les tendances foncières à l’antisémitisme qui ont toujours existé au sein du catholicisme (oui, les papes protecteurs des Juifs de Rome et Mit brennender Sorge, je sais tout cela, il n’empêche, ces tendances existent) ont été fermement combattues dans les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Dans le même temps, la hiérarchie a modifié la liturgie, et la conception que se faisait l’Église de ses rapports avec le monde a évolué. Les catholiques traditionnels ont pour beaucoup rejeté en bloc tous ces changements. En somme, dans ces milieux, quand on est antisémite, c’est le plus souvent par esprit de contradiction. C’est d’ailleurs ce qui explique en grande partie l’adhésion aux thèses négationnistes et révisionnistes ou la sympathie à leur égard, qu’on observe également chez un nombre non négligeable de catholiques traditionnels (1).

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Le reportage sombre dans le grotesque quand il nous rapporte, via un surveillant infiltré portant une caméra cachée, les propos tenus par des collégiens au cours d’une étude. Ceux-ci nous gratifient d’une petite chanson encourageant les Juifs à rejoindre au plus vite un camp d’extermination, et de propos tels que « Quand j’s’rai grand j’me marierai à Auschwitz ». Passons sur le procédé employé par les journalistes, qui est moralement détestable, et déontologiquement douteux, mais je ne suis pas spécialiste. Les propos tenus par les adolescents relèvent évidemment de la provocation irréfléchie ; l’intonation des voix dénote la jubilation qu’ils éprouvent à avoir éjaculé les mots « interdits » (réactivation de l’oralité à l’adolescence, tout ça). En gros, Auschwitz, raton, bite, youpin, chatte, même combat, pas de quoi s’inquiéter…

Quand à la petite chanson sur Auschwitz (« Si tu es triste…  » sur l’air d’une chanson des Petits Malins dans laquelle il est question de l’ours Gaby, « Gaby Gaby Gaby » devenant « Nazi nazi nazi »), il se trouve que… je la connais. Google ignore ce chef-d’œuvre, ô beautés de la transmission orale. J’ai même versé une petite larme d’émotion, car depuis mes neuf ans je ne crois pas l’avoir entendue. Le texte a évolué. De mon temps, il était question d’un bouton tout rond sur lequel appuyer, après quoi on ne retrouvait plus « que du charbon ». Leur version semble développer le thème des chambres à gaz. Cette chanson, je ne l’ai pas apprise chez les tradis… mais dans la cour de récréation d’une petite école primaire de quartier, qui n’était ni hors contrat, ni traditionnelle. Je vous accorde que j’habitais à l’époque une ville moyenne du Sud-Est de la France dans laquelle le vote Front national flirtait avec les 25 %, mais tout de même.

Par la suite, avec deux ou trois comparses (dont D*, qui soutenait le Parti socialiste dans nos discussions politiques), en troisième je crois, nous faisions le salut hitlérien dans le dos du surveillant général et affections de parler avec un fort accent teuton. C’était dans une ville moyenne du centre de la France. Tous les ans ou presque, on nous emmenait visiter Oradour-sur-Glane. J’y ai reçu un prix régional lors du Concours de la Résistance – le sujet portait sur les camps de concentration. Mes petits camarades – qui n’étaient pas catholiques traditionnels – sont devenus des adultes respectables, et ne sont aujourd’hui pas plus antisémites que Marie Drucker. Les croix gammées qui flirtaient avec la croix scoute (croix potencée), je l’avoue, j’en ai un peu honte, mais j’ai fait ça aussi. En terminale encore j’écrivais des « White Power » dans mon agenda.

*

Bref, deux choses avant que je ne sombre dans l’autobiographie.

Que les journalistes y aillent mollo. Les hormones ont toujours eu un effet désastreux sur les jeunes cerveaux. En Picardie rurale, les adolescents s’habillent en Lonsdale et citent Faurisson qu’ils n’ont jamais lu (ils ne ratent rien, c’est assez glauque, Faurisson est une figure étrange, sa démarche se situe quelque part entre celle de l’érudit de village, qui, le nez dans ses archives, ne se rend pas compte que la Guerre Froide est terminée, et l’intellectuel raté, qui a écrit n’importe quoi un jour, a trouvé un peu de reconnaissance dans un milieu marginal, et depuis, fait tout pour y rester bien au chaud). À Bordeaux, quelques jeunes bien élevés ricanent en parlant d’Auschwitz et des Arabes qui envahissent la France – Arabes qu’ils ne voient d’ailleurs presque jamais. Et après ? Pas la peine de hurler à l’abomination de la désolation parce que trois 18-25 ans un peu paumés s’essaient au Krav Maga en rêvant d’une France blanche, ou parce qu’un pauvre curé reprend des propos de bistrot sur les Européens qui reviennent de Chine les yeux bridés après y avoir séjourné trente ans… (c’est le moment freak du reportage).

Que les catholiques traditionnels arrêtent leur cirque. Oui, nous vivons en démocratie, liberté d’expression, etc. La loi Fabius-Gayssot est une stupidité sans nom, c’est bien entendu, même Vidal-Naquet le disait. Mais s’ils veulent être pris au sérieux, s’ils veulent être audibles, et encore mieux, écoutés, oui, il va falloir qu’ils fassent un effort, même si certains responsables en font déjà beaucoup – et avec les bras cassés qu’ils se traînent, croyez-moi, ils ont bien du mérite. Beaucoup vont devoir comprendre que dire non à la connerie, renoncer à quelques discours ou pratiques certes amusants mais qui heurtent violemment nos contemporains, ça n’est pas faire des concessions au monde ou renoncer à être soi-même, ça n’est pas de l’épuration, c’est tout simplement se mettre en tenue de service (2), comme le Christ nous l’a demandé.

Dans un peu moins d’un mois, à la Pentecôte, on verra deux pèlerinages de catholiques traditionnels marcher de Paris à Chartres et de Chartres à Paris. Entendra-t-on encore dans la brise ces airs délicats, tirés du répertoire choral des troupes coloniales (3) ? Verra-t-on le président de l’association Notre-Dame de Chrétienté ressortir amoureusement d’anciennes encycliques en contradiction flagrante avec le développement de l’enseignement de l’Église (l’an dernier, on avait eu droit à un beau passage de Quas Primas selon lequel « les États, les magistrats et les gouvernants sont tenus de rendre au Christ un culte public », ronronnements béats dans l’assistance, objectif atteint, fermez le ban)  ? Verra-t-on, dans le cadre d’un sermon public prononcé devant plusieurs milliers de personnes, un prêtre critiquer tranquillement l’enseignement de ses frères prêtres de paroisse, ce pour quoi il n’est nullement qualifié (4) ? Peut-être, à ce moment-là, pourra-t-on savoir si les tradis méritent ou non qu’on leur applique cette phrase que le chevalier de Panat écrivait à Mallet du Pan au sujet des émigrés : « personne n’a su ni rien oublier, ni rien apprendre » (5).

(1) Comme je risque de recevoir des commentaires indignés sur le thème : « c’est n’importe quoi », je précise que j’ai pu observer cette sympathie pour les thèses en question chez des parents très proches et que je l’ai moi-même partagée un certain temps, et que ces parents comme moi-même faisions très clairement le lien entre ces thèses et notre catholicisme traditionnel.

(2) Le truc de la tenue de service (Jean, 13, 4), normalement ça a été bien intégré par les scouts, ça devrait prendre, il y a eu une étude marketing.

(3) Comme je risque de recevoir des commentaires indignés sur le thème : « c’est n’importe quoi », je précise que j’ai pris à plusieurs reprises, plusieurs années, dans plusieurs groupes différents, une part active aux productions sonores en question.

(4) Tous ces beaux témoignages d’intelligence et de charité sont sans doute vérifiables sur le site du pèlerinage Notre-Dame de Chrétienté.

(5) Phrase souvent déformée, et improprement attribuée à Talleyrand.

14 réflexions sur “Soutanes, tableaux noirs et croix gammées

  1. J’ignorais l’existence de la chanson de Gaby transformée en « nazi, nazi, nazi ».

    Dans mon bahut privé sous contrat du sud-est, c’était plutôt « teuchi, teuchi, teuchi, l’ami l’ami l’ami des toxis, une petite fumette, ça monte à la tête, tu finis dans les toilettes »…

    Mais je vous l’accorde, dans le Sud-Est, on est tous des décadents.

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  3. « En Picardie rurale, les adolescents […] citent Faurisson qu’ils n’ont jamais lu… » En poursuivant, on conclut que vous ne l’avez guère lu non plus. Quelle influence particulière la Guerre Froide aurait bien pu avoir sur ses réflexions ? Faut-il discuter les appréciations « glauque », « érudit de village», « intellectuel raté » (tous les maîtres de conférence apprécieront), qui appartiennent au registre polémique des affirmations gratuites ? On s’attarde en revanche et sourit un peu plus longuement à l’évocation d’un Faurisson jouissant « bien au chaud » de la « reconnaissance […] d’un milieu marginal ». Il a surtout subi depuis trente ans les persécutions judiciaires, l’ostracisme professionnel et le tabassage rituel. Faurisson n’a sans doute pas que des qualités, mais le goût du confort intellectuel n’a certainement pas eu sur sa carrière l’influence que vous imaginez.
    Par ailleurs, le reste de votre propos, pour ce que je connais du sujet traité, me semble plutôt bien inspiré.

  4. @ Artémise

    J’ai eu cette version aussi, plus tard, au collège. Décadence, décadence, tout n’est que décadence depuis le début.

    @ L. Chéron

    Non non, pas affirmations gratuites, affirmations qui s’appuient sur une connaissance relativement bonne du pedigree du bonhomme (via le bouquin de François Brigneau et d’autres) et la lecture d’au moins trois de ses bouquins. Historiquement c’est du même niveau que les bouquins sur les indo-européens, les soucoupes volantes nazies et l’ascendance davidique des rois de France, que, par le plus grand des hasard, on trouve d’ailleurs dans les mêmes librairies…

    Vous oubliez que beaucoup de gens trouvent beaucoup plus de confort intellectuel à s’installer dans une certaine marginalité qu’à se plonger dans le mainstream et à s’y confronter sincèrement. Personnellement j’ai l’impression d’être dans un environnement intellectuel un peu plus stimulant, exigeant, et en tout cas nettement moins confortable, depuis que j’ai laissé tomber Daujat, Ousset, Ploncard d’Assac ou Faurisson pour Gauchet, Ortega y Gasset, Hayek et quelques autres.

    • Tout cela fait sourire. Laissons de côté Jean Ousset et Ploncard d’Assac assemblés à un Faurisson qui doit n’y rien comprendre. De celui-ci, vous prétendez connaître l’oeuvre (le « pedigree » ?), et vous citez en première référence une mince brochure, non pas de lui, mais à lui consacrée. Quand on sait que le personnage en question a écrit des milliers de pages, c’est touchant. Certes vous annoncez ensuite avoir lu, sans plus de précisions, « au moins trois de ses bouquins ». Voilà qui est intéressant car notre homme – outre ses études d’analyse littéraire qui ne nous intéressent pas ici – a très peu publié de « bouquins » proprement dits. On lui doit surtout un grand nombres d’articles rassemblés dans une énorme compilation chronologique à partir des années 1990 sous le titre « Ecrits révisionnistes ». A part ça, on ne compte guère que son Mémoire en défense (1980), sa Réponse à P. Vidal-Naquet (1982) et sa Réponse à J.-C. Pressac (1993) d’objets plus ou moins étroits. Vous n’y auriez donc vu que des divagations farfelues. Un connaisseur honnête de la question sait qu’en France au moins, tout ce qui s’est publié d’officiel sur l’aspect technique du sujet depuis les années quatre-vingts l’a été pour tenter de répondre à Faurisson. Ce fut notamment le cas des Chambres à gaz, secret d’Etat de Kogon (1984) et des recherches de Pressac, ayant abouti aux Crématoires d’Auschwitz (1993). Certains ont par ailleurs estimé que la plus efficace réplique était la loi du 13 juillet 1990 (couramment nommée loi « Gayssot »). Mais la loi « Gayssot » est-elle « mainstream » ?

  5. Les bouquins que je me souviens avoir lu de lui :
    – Le mémoire en réponse à ceux qui m’accusent etc.
    – La réponse à Vidal-Naquet
    (lus dans une grande bibliothèque parisienne qui a oublié de les épurer)
    – Le bouquin sur l’épuration, chronique de quelque chose, que j’ai en fichier pdf (et sur lequel j’aurais tendance à émettre moins de réserves).

    Ce qui fait bien trois bouquins.

    La loi Fabius-Gayssot beaucoup de gens sont contre (facile 80 % dans le milieu historien), même le regretté Vidal-Naquet. Pas de quoi en faire un plat.

    Pour le reste, écoutez, Faurisson a parlé de « prétendue tentative de génocide » et de « prétendues chambres à gaz ». Cela suffit à le disqualifier comme historien. De la même manière qu’on disqualifie un Cheikh Anta Diop parce qu’il affirme que « les Égyptiens anciens étaient noirs ».

  6. Votre appréciation de la loi « Gayssot » ne manque pas de sel, et juge à elle seule l’efficacité hypnotique de la propagande officielle (« mainstream » ?). Tout le monde est contre la dite loi, mais personne n’en réclame l’abolition, ni ne s’indigne qu’on l’utilise pour persécuter la moindre dissidence, qu’au contraire on voue aussitôt aux tribunaux pénaux. En somme, il n’y a que les victimes de la loi « Gayssot » qui osent (les insolents) « en faire un plat ».
    Mais je m’en voudrais d’ébranler en vous des certitudes si bien fortifiées, que même trois études critiques (certes partielles) n’ont su égratigner. Il est vrai qu’on ne peut affronter à la fois tous les « courants dominants ». Bon courage.

  7. « j’ai entendu l’un d’eux affirmer le plus sereinement du monde que l’intervention de Titus en Judée, en 70, était une punition des Juifs pour avoir crucifié le Christ, Titus devenant en quelque sorte le bras armé de Dieu. »

    Que cette affirmation choque la sensibilité contemporaine, c’est certain. Mais il est de fait que c’est là l’enseignement unanime des Pères de l’Eglise. Je vous renvoie seulement aux discours contre Julien de saint Grégoire de Nazianze, mais vous trouverez des références en pagaille dans les Annales du Vénérable cardinal Baronius, dont la béatification est en cours. Le pape Pie VII a fait graver sur l’arc de Titus une inscription exprimant très précisément cette doctrine, que chacun peut encore lire aujourd’hui en se promenant sur le Forum romain – heureusement ou malheureusement, les touristes savent peu le latin…

  8. @ Henry

    Que n’ont pas enseigné les Pères de l’Eglise… En tout cas, ça n’est pas une raison pour le ressortir en 2010, hors contexte.

    @ L. Chéron

    Vous m’inquiétez. J’ai l’impression que dans votre tête il y a une sorte de hiérarchie, dans laquelle j’ai passé deux ou trois stades, fort bien, mais il me reste encore plusieurs épreuves à franchir, entre autres, devenir négationniste. Très peu pour moi. Et puis vous savez, sur l’ensemble des « courants dominants », il se peut tout de même qu’il y en ait deux ou trois qui aillent dans le bon sens…

  9. Vous vous méprenez. Dans ma « tête » point de « hiérarchie », dont je spéculerais que vous franchissiez les « stades » (j’aurais plutôt écrit les « degrés »). La fin de mon précédent propos écartait sans ambiguïté de telles espérances. Je vous laisse descendre le courant. Quand vous croiserez un crocodile négationniste affairé à le remonter sournoisement, assenez-lui donc un bon coup de gaffe sur la gueule. C’est plus efficace pour la cause que toute l’oeuvre du regretté Pressac.

  10. @ L. Chéron

    Oui, « degrés » c’est mieux effectivement. Vous vous contredisez, puisque pour vous apparemment ne pas être négationniste revient à « descendre le courant ». S’opposer systématiquement aux courants dominants est tout aussi stupide qu’y adhérer systématiquement. Et puis concernant l’extermination des Juifs il ne s’agit même pas de courant ou d’idéologie, mais de faits. Des millions de faits que notre ami Faurisson néglige allègrement, préférant mettre l’accent sur les quelques témoignages fantaisistes et incohérences qu’il a pu repérer. Le négationnisme se résume à peu près à découvrir qu' »un récit d’un soldat de la Grande Armée est incohérent » ou que « la propagande bonapartiste a menti, à Pouilly-sur-Loire c’était un match nul et non une victoire » et à en déduire que Napoléon n’a jamais existé.

    Et je ne suis pas du genre à mettre des coups de gaffe dans la gueule, il m’est même arrivé de discuter avec des négationnistes (je vous avoue que ça n’a jamais été très intéressant, ça revient à peu près à discuter de la Bible avec des témoins de Jéhovah).

  11. J’ai parfois du mal à vous suivre. Je dis, puis je répète ne pas prétendre vous priver du plaisir de vous laisser glisser au fil de l’eau. Où donc est la contradiction ? Mais laissons ici la mécanique des fluides.
    Votre exposé contient en effet par ailleurs une affirmation centrale proprement mirifique : il existerait des « millions de faits » prouvant… ce que nous somme censés savoir. Hic jacet lepus. C’est bien là que le bât blesse, et l’historiographie la plus officielle elle-même a été amenée à le reconnaître (discrètement il est vrai). La « so called Shoah » est un désert documentaire, et ce n’est certes pas le moindre des mystères émanant d’un crime multimillionnaire, que cette indigence probatoire. Des très officiels C. Browning, R. Hillberg, A. Mayer etc… qui ne sont pas des témoins de Jéhovah, les explications embrouillées sont un aveux. Et que dire du malheureux Pressac (paix à son âme) qui, pour avoir voulu sauver les meubles dans les années quatre-vingt-dix, est mort privé des sacrements holocaustiques, victime de l’excommunication fulminée par C. Lanzmann ? Non, décidément, il flotte encore autour des « chambres à gaz » d’Auschwitz, ADM du IIIe Reich, plus de mystères qu’autour des restes de la Grande armée.

  12. « un désert documentaire »…

    meuh oui, Auschwitz c’était un camp scout, Mauthausen un joyeux bac à sable, et les films tournés par les armées américaines et russes, bien sûr, des coups montés. Et les archives allemandes, ça n’existe pas. Les correspondances de chefs nazis (qui étaient en fait de gentils angelots), n’en parlent jamais, évidemment.
    Et les types squelettiques et pleins de typhus rentrés à Paris en 1945, et leurs témoignages écrits et oraux, hein, c’était parce que déjà la mode du régime et le « diktat de la minceur » faisait rage, les camps de contentration c’est de la blague.

    Quant aux juifs polonais (30 % de la population polonaise avant la guerre, pourcentage résiduel aujourd’hui) et les autres, ils sont partis sur Mars.

    Stop. L’histoire, c’est aussi du bon sens. Les négationnistes ne sont pas exactement des types qui en font preuve.

  13. « Stop » and go.
    Ah ! si le « bon sens » se prend à critiquer l’étonnante historiographie shoatique, ça va faire du dégât. Auschwitz-Birkenau n’était certes pas un « camp scout » (qui l’a jamais prétendu ?), mais il y existait un énorme hôpital où des sulfamides furent administrés aux patients. Le même camp comptait aussi un jardins d’enfants ; d’ailleurs beaucoup d’enfants sont nés à Auschwitz. Les femmes enceintes y percevaient des rations spéciales. Le « bon sens », pour être la chose au monde la mieux partagée, n’aurait donc pas embarrassé les SS exterminateurs, et laisse perplexe l’historien. Simone Veil, dans des souvenirs d’ailleurs fort intéressants (Une vie), met ces bizarreries au compte de l’absurdité des persécutions totalitaires. Soit. N’empêche, le « génocide » est décidément un crime bien étrange : on ne peut que s’étonner de la maladresse et de la naïveté de ses auteurs mais, pour avoir laissé si peu d’indices, il tendrait presque au crime parfait.
    On persistera donc à plaider ici cette lacune dans les sources. Là-contre, Artémise avance ce qu’elle pense être évidences en pléthore. Mais son propos révèle surtout qu’elle cerne mal le sujet, et connaît mal aussi la critique révisionniste. Il est vain d’avancer la grande misère concentrationnaire en général, les images américaines (l’inanition à Buchenwald en avril 45 ?), le typhus, ou Mauthausen, d’abord parce que ces faits sont étrangers au prétendu processus d’extermination de la supposée « solution finale », ensuite parce qu’ils ne sont aucunement ni ignorés, ni encore moins niés par le révisionnisme.
    Au contraire, par exemple, ce dernier insiste-t-il particulièrement sur cet aspect du drame concentrationnaire (qui justifia l’usage répandu du fameux Zyklon B). Par ailleurs, le révisionnisme ne nie pas la cruelle réalité de la déportation. Faurisson par exemple – dont on parle plus qu’on ne le lit – qualifie de « criminelle » l’arrivée de convois à Auschwitz I pendant la terrible épidémie de typhus de l’été 42 (Mémoire en défense) ; ailleurs, il juge « poignant » le témoignage initial de Primo Levi paru en 1947, les « souffrances quotidiennes », « la déchéance physique » et les « mauvais traitements » qui y sont narrés (Ecrits révisionnistes, vol. 4).
    Mais revenons au fond de l’affaire. Ce qui importe donc, c’est essentiellement Auschwitz, ensuite pour une part égale – si l’on suit la statistique officielle – les camps du Gouvernement général (Treblinka, Belzec, etc…), enfin les exactions réelles ou prétendues commises dans les Commissariats à l’arrière du front de l’est, notamment mis au compte des Einsatzgruppen). La question est de savoir en quoi ces lieux auraient été le théâtre :
    – d’une entreprise délibérée de massacre collectif de la population juive déportée
    – perpétrée principalement par le moyen d’une ADM inédite (et jamais réutilisée par la suite : la chambre à gaz
    et ayant abouti à des millions de morts (six ?)
    Or il y a bien à tous ces égards une pauvreté documentaire assez étonnante. Renonçant évidemment à discuter tous les éléments du dossier, on se contentera d’un exemple, avancé ci-dessus (n°13) : les « archives allemandes ». Considérons Auschwitz. Il y existait un important service, celui de la construction, ou Bauleitung. Dirigé par l’architecte Karl Bischoff, c’est lui qui en 1942-43 a conçu et réalisé les deux grands crématoires II et III de Birkenau, dotés de leurs morgues souterraines, supposées « chambres à gaz ». On imagine, dans une organisation telle que la SS, et surtout dans le contexte d’une économie de pénurie où régnait le rationnement général, la masse de paperasse qu’a produite cette administration. Ainsi les soviétiques ont-il mis la main en 1945 sur des monceaux de plans, études, rapports, demandes, autorisations, commandes, bordereaux, devis, réceptions – que soit dit en passant la SS n’avait pas pris soin de détruire, n’y voyant sans doute rien de compromettant. Or, c’est dans ce fonds, expertisé en vain par J.-C. Pressac (Les crématoires d’Auschwitz, éditions du CNRS, 1993), qu’on a puisé afin de traduire en justice les deux adjoints de Bischoff alors survivants, les ingénieurs Dejaco et Ertl, pour complicité de crime contre l’humanité. Le procès s’est tenu à Vienne en 1972. On a été très discret sur son issue, et c’est bien normal : les deux inculpés furent acquittés. Dans le contexte politique et judiciaire allemand d’après-guerre, le fait est surprenant. Si l’on a bien compris, ces deux ingénieurs avaient, sans le savoir, conçu le plus meurtrier instrument de supplice jamais connu, la première « arme de destruction massive ». Imaginerait-on Fermi et Oppenheimer mettant au point la bombe A malgré eux, alors qu’ils pensaient travailler sur le four micro-ondes ? On peut le vérifier en poursuivant l’enquête, à chaque étape un effarant vide s’ouvre devant chaque question. Des voix fort officielles l’ont d’ailleurs bien reconnu depuis les années quatre-vingts, en France (Pressac, Klarsfeld…) ou à l’étranger (A. Mayer, C. Browning). Toute l’historiographie repose sur des témoignages « oculaires », les premier d’entre eux (Höss, commandant d’Auschwitz) étant jugé « faible et confus » (Browning), au point que Pressac le qualifie de « témoin indirect », qui ne « voyait pas » (?). On appréciera. A. Mayer a de son côté jugé les sources sur l’histoire des chambres à gaz « rares et suspectes ».
    M’étant déjà outrageusement étendu, je ne réponds pas à tous les arguments qu’on peut lire supra. On trouvera dans le lien ci-après des réponses à certains. Il s’agit d’une dispute menée il y a quelques mois sur un blogue tenu par un publiciste qui doit pas être ici inconnu, et à l’obligeance duquel duquel je rends encore une fois hommage :
    http://abimopectore.over-blog.com/article-27557105-6.html#anchorComment
    PS : la Pologne de 1939 ne comptait pas 30% mais 10% de Juifs, même si des proportions plus importantes se rencontraient dans des villes comme Vilna (Wilno).

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