Le Congo défend les trois couleurs

L’affaire a fait grand bruit ces dernières semaines : dans le cadre d’un concours organisé par la FNAC de Nice, la photo d’un jeune homme se torchant le cul dans un drapeau français a été primée dans la catégorie « Politiquement incorrect ». Quelques jours plus tard, l’image en question ayant soulevé de nombreuses protestations, la direction du magasin a finalement décidé de ne pas exposer ce chef-d’œuvre. Certains s’indignent, et c’est bien compréhensible. Personnellement je n’en pense pas grand chose. Se torcher le cul dans un drapeau français pouvait être un acte significatif aux premiers temps du surréalisme, et pourquoi pas, à la rigueur, dans les années cinquante, après le relatif regain d’intérêt pour les trois couleurs dû au second conflit mondial et aux guerres coloniales.

Mais aujourd’hui, quelle dérision, quelle insignifiance ! On est dans le domaine de l’inexplicable, de la bonne vieille connerie humaine, de la bêtise à front de taureau. (Celle du lycéen qui défile contre le fascisme en 2002, celle du philosophe à la mode qui lutte contre l’oppression que fait peser le christianisme sur les sociétés occidentales en 2010). Je n’éprouve donc aucune haine pour eux, non, plutôt un sentiment mêlé, quelque part entre le chagrin et la pitié. Le pire, voyez-vous, c’est qu’en ce moment même ils doivent se rengorger, se disant les uns aux autres : « Ah, vous voyez bien ! Le ministre veut sanctionner le photographe ! C’est bien la preuve que cette photo était politiquement incorrecte et que nous avions raison de la primer ! ». Les cons.

[Ici l’auteur se lève, allume son clavier, appuie sur « Organ 2 – 1 », monte le volume au maximum, joue trois fois la Marseillaise avec des variations de son cru, et se rassied, rasséréné].

Si je vous parle de tout ça, c’est parce que cette affaire nous fournit tout de même, en fin de compte, une occasion de rigoler. En France, l’outrage au drapeau n’est pas sanctionné par la loi, à moins qu’il ne soit commis au cours d’une manifestation organisée ou règlementée par les autorités publiques, ce qui n’est pas le cas ici. Il va de soi qu’un certain nombre de journaux ont publié la photo en cause pour rendre compte de l’affaire et que personne ne s’en est ému.

En revanche, en République du Congo – votre blogueur préféré suit de très près les actualités d’Afrique centrale – il n’en a pas été de même. Le journal Le Choc a publié deux articles, l’un intitulé « Sarkozy a perdu son sexe », l’autre « Le drapeau français utilisé comme papier toilette », et traitant de l’affaire qui nous occupe. Il a donc été suspendu de publication pour une durée de trois mois par le Conseil supérieur de la liberté de communication (CSLC), pour « atteinte à l’honneur, à la dignité de la personne humaine et aux bonnes mœurs ».

C’est probablement ce qu’il est convenu d’appeler un « aspect positif de la colonisation ».

6 réflexions sur “Le Congo défend les trois couleurs

  1. Pingback: Tweets that mention Le Congo défend les trois couleurs « Baroque et fatigué -- Topsy.com
  2. Disons que la photo aurait été politiquement incorrecte avec un drapeau étranger, quel qu’il soit d’ailleurs. On entend d’ici le concert d’indignation auquel cela aurait donné lieu. Excuses à l’ambassadeur, etc.
    Ou, comme vous le dites, prise à une époque où le patriotisme avait la cote, en 1914 par exemple (j’ai le souvenir d’une Une du Petit journal montrant « un antimilitariste corrigé par la foule », vers 1900). Mais aujourd’hui, quelle dérision !
    Heureusement, le Congo veille.

  3. Un fin lecteur post-moderne aurait démontré le cousinage entre la photo et les premières phrases du traité du style d’Aragon où l’écricain encore surréaliste nous explique que faire en français c’est chier etc., tec.

  4. Baroque, grâce à vous qui aimez les femmes minces je lis « Les enfants tristes ». J’attends « Les Epées » et « Le Hussard bleu ». C’est dans le désordre mais quelle découverte !

  5. effectivement ça ressemble à une provoc surréaliste genre « donnez nous un guépéou pour tous les bourgeois , un guépéou pour la haine , un guépéou pour les poux/choux/cailloux/… »
    dans ma tendre enfance , il me revient avoir trouvé dans la bibliothèque de mes parents un recueil de pouésie dans lequel j’ai pu lire un sonnet approchant de celà « les hommes du rima violent les femmes puis essuient leurs sexes sur le tendre crâne violet des nourissons »
    des années plus tard (une bonne quarantaine , oui, je suis un enfant de vieux , mais j’ai eu une enfance heureuse , on peut le dire )la question centrale continue à me tarauder
    – non pas ,est ce que celà a existé , il s’agit d’une licence poëtique (et pendant ou après la guerre d’algérie , il était courant de poëtiser à mort les rapports , les arkis restés « là bas » peuvent – ou ne peuvent pas – en témoigner)
    – mais plutôt ; pourquoi le crâne des nourissons était il violet ?
    était ce l’effet d’une surcharge mélanique ? mais alors on est dans le cadre d’une insuffisance surrénalienne ( maladie bronzée d’addison) ou dans celui d’une hémochromatose ( cas typique des celtes)
    était celui d’un tabassage parental ? (après tout pourquoi pas?)
    ou celui de peintures rituelles ?
    si quelqu’un peut m’éclairer …..

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