La modernité : ses femmes minces, mais aussi une nouvelle expérience de la transcendance

L’expérience actuelle de Dieu est bien plus nettement et radicalement qu’autrefois une expérience de la transcendance qui dédivinise le monde et peut laisser Dieu être Dieu.

Karl Rahner, Schriften zur Theologie, t. IX, p. 173.

15 réflexions sur “La modernité : ses femmes minces, mais aussi une nouvelle expérience de la transcendance

  1. J’ai bien envie de poser trois questions :

    1) « So what ? »

    2) Quel rapport avec la modernité ? oO

    3) Qu’entend-il par « actuel » ? En quoi des chrétiens du XVIIe siècle par exemple, divinisaient-ils le monde ?

  2. Oui, j’aurais peut-être pu expliciter un peu…

    1) Tout de même, ça va à l’encontre d’une sacré idée reçue selon laquelle être chrétien consiste à voir Dieu partout, à « le mettre à toutes les sauces », à voir en toute chose un signe de Dieu, etc. En faisant cela nous risquons d’aboutir à une vision dégradée de Dieu (« Jupiter », « bouche-trou », « divin plombier » ou autre). Dans l’expérience moderne de Dieu, le monde est en grande partie « dédivinisé » et ce risque est moins présent. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas d’autres risques.

    2) Si vous voulez, c’est le désenchantement du monde, mais présenté sous un angle spirituel et non sociologique et politique comme chez Gauchet. Donc il y a un énorme rapport avec la modernité.

    3) Un exemple. Grosso modo, hein. Au XVIIe siècle, vous tombez malade. Première chose que vous faites : vous priez, ou vous cherchez le rapport entre votre maladie et Dieu. Aujourd’hui, vous tombez malade. Première chose que vous faites, même si vous êtes chrétien pratiquant : vous jetez un œil dans votre armoire à pharmacie, ou vous allez faire un tour chez le médecin ; vous ne voyez pas le moindre rapport entre votre maladie et Dieu, mais éventuellement, si c’est vraiment grave, vous lui demandez un petit coup de main. Pour Rahner, qu’on soit passé de la première à la deuxième attitude n’est pas une crise mais une mutation, un renouvellement (plutôt positif de son point de vue) de l’expérience chrétienne.

    • Deux remarques :
      1. Dans le déroulé de l’argumentation, l’idée selon laquelle au XVIIe siècle un malade n’espérât sa guérison que d’un miracle est contestable. Si Molière moquait les médecins de son siècle, c’était d’abord parce qu’on attendait qu’ils fussent plus efficaces. Les contemporains des temps modernes, certes souvent désabusés, étaient en quête de tous remèdes et médicastres que la nature ou l’art pouvaient leur offrir, et dont témoignent maints mémorialiste ou épistolier (je pense au hasard et ex abrupto à Montaigne, la Palatine… la vogue des villes d’eau…).
      2. Dans vos prémices, je ne crois pas qu’il soit très conforme au christianisme, religion de l’incarnation, de chercher à scinder l’âme du corps jusqu’à vouloir refuser toute influence des grâces célestes sur celui-ci. Le Christ n’a sans doute pas guéri tant de malades ou d’infirmes pour ne manifester que sa puissance, et je ne fais pas partie de ceux qui ricanent des dévotions charnelles qui se pratiquent à Lourdes.

      Pour le reste, on vous suis bien volontiers dans le refus du panthéisme, comme on confessera peu d’appétence pour les superstitions douteuses qui ont toujours fleuri aux marges d’un christianisme un peu dévoyé, certains culte de reliques, proliférations d’amulettes, voire décorticage du Sauveur en Sacré-Coeur, Sainte-Face, pourquoi pas Saint Tibia etc…

      L’énoncé lapidaire que vous citez est intéressant, et mérite d’être développé.

      • 1) Sur le XVIIe, j’ai bien dit grosso modo. Au XVIIe on met un cierge pour le petit dernier qui a la rougeole, au XXe on n’en met pas.

        2) Je n’ai pas parlé de la scission âme-corps et il n’en est pas question ici. Je ne suis pas sûr qu’aujourd’hui ce soit la meilleure manière d’appréhender l’être humain d’ailleurs, mais c’est autre chose. C’est de notre relation à Dieu qu’il s’agit.

  3. Brillant.
    En somme, la modernité bien comprise peut être une opportunité historique de laver définitivement le christianisme de certains oripeaux animistes, polythéistes et j’en passe… qui lui collent encore à la peau. Et, au passage, de rendre irrecevable l’argument éculé mais classique : « Si Dieu existe, pourquoi permet-il tant de malheurs et de catastrophes ? »

  4. L’expérience moderne de Dieu s’éloigne de la tradition, c’est tout ce qu’on peut dire. Personnellement, je n’ai pas l’impression que saint François de Sales divinise le monde.

    « Le premier gît en une vive et attentive appréhension de la toute présence de Dieu, c’est-à-dire que Dieu est en tout et partout, et qu’il n’y a lieu ni chose en ce monde où il ne soit d’une très véritable présence; de sorte que, comme les oiseaux, où qu’ils volent, rencontrent toujours l’air, ainsi, où que nous allions, où que nous soyons, nous trouvons Dieu. » (Introduction à la vie dévote, 2ème partie, ch. II)

    http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/francoisdesales/viedevote/partie2.htm#_Toc523293634

    • Elle ne s’éloigne pas de la tradition, elle la prolonge, tout simplement.

      Vous comprenez mal ce que veut dire Rahner, à mon avis il signerait sans hésiter votre citation de saint François de Sales. Voir Dieu sur terre, ça n’est pas en soi un problème. Les choses se gâtent quand on commence à doter Dieu d’attributs divers et variés, qui n’ont plus grand chose à voir avec ce qu’il est.

  5. Dans un sens, si je comprend cette volonté de débarrasser le christianisme de ces « oripeaux panthéistes », j’ai également tendance à penser que la modernité a justement « divinisé le monde » (compris dans un sens johannique) : le monde, la société et ses évolutions deviennent une évolution absolue qu’il faut suivre. Une sorte de « théologie de l’Histoire » mélangeant St Augustin et Hegel dans un grand charabias incompréhensible.

    La vérité c’est que si l’époque moderne s’est peu à peu détaché de ses pieusetés souvent douteuses, il revient au monde contemporain, c’est-à-dire à nous, de réinscrire Dieu au centre de notre monde : dans notre vie de chaque jour. Ce n’est pas pour rien que Dieu s’est incarné : il veut être au centre de nos vies, au centre du monde, pour faire « lever la pâte » dont il est le levain.

    En ce sens, « Dédiviniser le monde », est aussi désastreux que le diviniser…

    • C’est l’écueil de la modernité. Quand la science a permis de comprendre que telle maladie n’était pas d’origine divine, certains esprits se sont empressés de conclure qu’il n’y avait plus d’origine divine à rien.

      La nature ayant horreur du vide, on a déDivinisé le monde pour le remplir de nouveaux dieux païens… dont le Progrès ou la Liberté, qui sont de nouveaux absolus, et non des outils au service de l’Homme (et de Dieu).

    • Je crois que vous ne saisissez pas ce que Rahner entend par « dédiviniser le monde ». Il ne s’agit pas de mettre Dieu en dehors du coup, il s’agit de faire attention à ne pas fausser la relation qui nous unit à lui, en faisant de lui ce qu’il n’est pas. Une citation du même : « Il faut aimer Jésus en acceptant sans restriction que son destin devienne la norme de notre propre existence comme totalement libérée, sereine, heureuse ». Par exemple.

    • … ça tombe bien, il ne s’agit absolument pas de « rejeter Dieu hors du monde, en le pensant comme un être lointain et coupé des hommes »… c’est tout le contraire en fait.

      • J’imagine bien que Rahner – que je n’ai ceci étant jamais lu – ne tire pas cette conclusion. Votre premier commentaire laissait cependant planer un doute sur votre opinion à ce sujet ; maintenant c’est plus clair.

  6. Tout est relatif prenez Maciel, le fondateur mexicain de la légion du Christ déjà suspect sous Pie XII, incestueux, corrupteur et adepte d’une thérapie singulière (il demandait à ses disciples de le sodomiser à chaque fois qu’une douleur de foie l’atteignait, il prétendait alors qu’une sorte d’exception papale lui était consenti, le pire dans cette histoire c’est que des centaines de disciples ont suivi sans broncher) vous le classez où avec sa foi de légionnaire ?

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