Une « morale » chrétienne ?

Je voulais écrire depuis longtemps un billet sur la morale en général… et il se trouve qu’il y a quelques jours, j’ai succombé à la tentation, me suis inscrit sur un forum et y ai pondu cinq ou six réponses dans un débat qui portait à l’origine… sur la contraception, once again. C’est écrit dans le feu du débat, ça manque de références et je réinvente l’eau chaude, je sais, mais voilà toujours quelques paragraphes.

[…]

Un gendarme vous demandera « Que faisiez-vous le 22 janvier entre 23 h 45 et 00 h 15 ? ». J’ose être à peu près sûr que Dieu ne vous posera jamais une question pareille. Dans le cas qui nous occupe : quand Dieu vous jugera, croyez-vous qu’il va vous dire : « Ah, de janvier 2006 à septembre 2008, entre vos deux premiers enfants et le petit dernier, vous avez utilisé la contraception, votre couple a donc exclu la procréation, vous n’étiez donc pas dans une relation d’amour authentique ! ». Soyons sérieux.

[…]

 

Votre position me semble dangereuse parce qu’elle mélange le christianisme avec des choses issues des cultures dans lesquelles le christianisme est né et s’est développé. Le christianisme a puisé de très bonnes choses dans ces cultures. Il y a aussi trouvé des  choses très nuisibles. La notion « d’acte intrinsèquement mauvais », qu’on retrouve encore dans le catéchisme de 1991, me semble faire partie des éléments à éliminer.

En fait, à la limite, peut-être qu’il y a des actes mauvais et des actes bons. Mais le problème éthique ne se pose pas en ces termes, pour un chrétien, la question n’est pas de savoir si un acte est bon ou mauvais. La question est de savoir quelle relation j’entretiens avec Dieu ; à partir de là, et à partir de là seulement, je peux m’intéresser au retentissement qu’ont mes actes sur cette relation. Cela a-t-il du sens de chercher à évaluer la relation que vous entretenez avec Dieu à chaque instant du jour et de la nuit, dans le moindre de vos actes ? Ce qui compte, c’est le mouvement général de l’âme : la conversion, si vous voulez.

S’il y a bien une tendance qu’on discerne dans l’Évangile en matière de morale, c’est la transition d’une morale qui sépare les actes purs et les actes impurs (celle de l’Ancien Testament, même si l’on y trouve déjà des éléments qui annoncent la suite) vers une « morale » (et je ne sais pas si l’on peut parler de morale à ce niveau-là) qui érige en seul critère la relation d’amour que nous entretenons avec Dieu et notre prochain.

C’est très embêtant, parce qu’à partir de là, il n’y a plus de morale objective, et même plus de morale à proprement parler. C’est très fragile, tout repose sur la liberté et la responsabilité de chacun, sur la façon qu’il a d’envisager Dieu et le prochain. Mais c’est ça, l’essence du christianisme. Cela dit, je comprends votre manière de présenter les choses : nous avons tous tendance, consciemment ou non, à revenir à la morale d’avant l’Évangile. C’est très humain, vous, moi, et même l’Église cédons souvent à la tentation. C’est tellement plus simple, n’est-ce pas ?

Le droit, très présent dans nos sociétés, imprègne également nos représentations : à chaque acte, une sanction prévue. Je regrette, je ne suis pas certain que Dieu pense en termes d’acte et de sanction [d’ailleurs Dieu ne pense pas, il se contente d’aimer, et il a bien raison]. Il faudrait probablement aller jusqu’à évacuer cette bonne vieille distinction entre le péché et la peine due au péché, qui semble là encore très imprégnée de justice humaine… Dieu est juste d’une manière dont nous n’avons aucune idée, et la seule chose qui nous donne une idée de Sa justice, c’est la mort du Christ sur la croix.

19 réflexions sur “Une « morale » chrétienne ?

  1. Tu ne t’étonneras pas que je réponde à ton article : c’est une conversation que nous avons depuis un certain temps maintenant.

    M’est avis que la question que tu poses ici n’est pas tant celle de l’existence d’une morale spécifiquement chrétienne, que celle de la nature des actes que nous portons.

    D’un certain côté, je suis assez d’accord avec toi : il n’y a pas de morale chrétienne. Ce que l’on appelle « morale chrétienne » est pour une grande partie en fait une application de l’éthique greco-romaine et notamment celle décrite dans l’Ethique à Nicomaque. Je ne poserai pas ici la question de la légitimité ou non de cette reprise : tu sais quelle est ma position.

    Par contre, je m’intéresserai à la notion que tu évoques ici d’acte « intrinsèquement mauvais ». Et là je dois t’avouer que je suis en totale contradiction avec toi (mais tu ne t’en étonnera pas). En effet, si l’on y regarde de près, la notion d’intrinsèquement mauvais ne se retrouve que très peu dans d’autres cultures ou religions. Même dans l’Ethique à Nicomaque il me semble difficile d’y retrouver la moindre trace. L’intrinsèquement mauvais est, pour moi, spécifiquement judéo-chrétien. Pas seulement chrétien : « judéo-chrétien ».

    Je pense que tu me suivras (enfin je l’espère ici), si je te dis que le christianisme et le judaïsme ne sont, en fait qu’une seule est même religion : le premier étant l’accomplissement du second (selon les paroles mêmes du Christ). Il faut donc rechercher non seulement dans l’Evangile, mais dans toute la Sainte Ecriture, le fondement de nos actes. C’est d’ailleurs un apport fondamental de Vatican II, consistant à réinscrire dans la liturgie, ce que la liturgie tridentine avait abandonné : les lectures de l’Ancien Testament. Le Christ lui-même n’a-t’il pas dit que pas un iota de la loi ne serait retranché ?

    Qu’est-ce donc qu’un acte intrinsèquement mauvais ? Disons que la notion se rapproche de celle de parole performative : c’est un acte dont la qualification morale ne dépend pas de l’intention de celui qui le porte, mais qui porte en lui-même sa qualification morale : le seule fait de le commettre est mauvais. Bien. D’une manière générale on admet qu’est intrinsèquement mauvais, un acte qui va en directe opposition, avec un commandement divin. Si je comprends bien, pour toi, l’intrinsèquement mauvais serait un emprunt qu’il faudrait retrancher de la morale. Mais, si l’on admet cela, il faudrait admettre, a contrario, que tout acte est intrinsèquement bon et que sa qualification morale dépend de l’intention ou de l’amour qui le motive. Ais-je bien résumé ta pensée ?

    Mais si l’on admet ça, il faut examiner certains actes ou comportements pour voir si (d’un point de vue chrétien), ces actes sont compatibles avec l’enseignement de la Sainte Ecriture (car en théologie, et également en théologie morale, on commence toujours par se fonder sur la Sainte Ecriture). Que lis-t-on dans l’Evangile ? Rappelle-toi le passage du jeune homme riche ? Quelle est la première question que poses le Christ ? « Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. » L’homme répondit : « Maître, j’ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse. » Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi. » » Lorsque le Christ lui dis cela, le jeune homme s’en va tout triste. Il faut également mettre cet évangile avec le passage ou un scribe lui pose la question du « grand commandement ». Question qui taraudait les juifs de l’époque : existe-t-il parmis les plus de 600 commandements qui existaient, un commandement qui les dépassait tous. Le Christ indique alors les deux commandements de l’amour : le Shema Israël : Aimer Dieu et aimer son prochain comme soi même. Les 10 commandements sont un préalable la vie authentiquement chrétienne. Il est nécessaire de les respecter, avant de prétendre suivre le Christ.

    Peux-t’on honnêtement dire qu’un acte qui irait de manière frontale contre l’un de ces commandements n’est pas intrinsèquement mauvais ? Par exemple : si je commet un adultère ? si je tue un homme ? si je blasphème contre Dieu ? si j’ai des sentiments de haine ? La qualification morale de ces actes dépend-elle de mon amour de Dieu ? N’est-il pas imaginable que des hommes commettent de tels actes par « amour » ou « dévérance » envers Dieu ? Dans ce cas là, seraient-il toujours bons ?

    Il me semble que dans ta vision, il y a une confusion entre la qualification morale de nos actes et notre responsabilité morale. Dans l’Ancien Testament, toute l’humanité était condamnée. La loi mosaïque servait avant tout à poser des actes objectifs permettant de séparer le bien du mal. La responsabilité était dans la loi, elle était en quelque sorte globale et ne dépendait pas de l’intention. Ce qui change avec l’Evangile, c’est que c’est la responsabilité de l’acte devient personnelle, pas la qualification de l’acte. Un blasphème reste un blasphème après l’Evangile. Par contre, la responsabilité est plus ou moins engagée selon les circonstances de chacun. C’est une nouveauté majeure, mais elle ne remet pas en question la validité des dix commandements.

    On peut encore développer sur l’essence de ce qui est intrinsèquement mauvais. Nous savons que c’est un acte qui se pose en opposition directe avec les commandements divins. Mais creusons un peu. Allons voir un peu dans la Genèse. Nous découvrons tout d’abord que nous avons été créés à l’image et ressemblance de Dieu. Nous découvrons aussi qu’en posant l’homme sur Terre, Dieu lui donne un commandement, lequel est fondateur de sa liberté personnelle : « du fruit de l’arbre qui est au centre du jardin, tu n’en mangeras pas ». Le récit nous montre ici que, le seul fait, en soi, de manger du fruit de l’arbre est mauvais. Ce n’est pas l’intention. Il suffit de voir que l’homme essaye de se départir en disant que c’est la femme qui lui a donné du fruit de l’arbre : il en a sans doute mangé « par amour pour elle » qui sait ? Mais Dieu les chasse de l’Eden. Parce qu’en commettant cette acte, il se sont posés en seul juge du bien et du mal. Ils se sont opposés, par le seul fait de « manger du fruit », à un commandement divin et donc à la volonté de Dieu. On voit ici que c’est l’acte lui même qui est fautif : il n’y a pas d’entre deux, de flou moral : le seul fait de commettre l’acte est fautif.

    Les actes intrinsèquement mauvais sont en fait, des réactualisations de cette faute initiale : l’homme se pose en seul juge de ses actes en s’opposant directement à un commandement de Dieu. Ainsi, affirmer qu’il n’y a pas d’acte intrinsèquement mauvais, ou qu’il s’agit d’un ajout ou d’un emprunt à une autre religion me semble théologiquement faux : c’est une notion qui est au coeur même de la pensée judéo-chrétienne.

    Je te suis par contre dans le fait que tous nos actes doivent être motivés non pas seulement, par un sens du devoir, mais par l’amour de Dieu. Mais ta vision suppose (en rejetant l’intrinsèquement moral), ce qui me semble un postulat faux, que tout homme dispose d’une conscience éclairée et qu’elle est relation totale est parfaite avec la volonté divine. En effet, si mon agir est une expression de mon amour pour Dieu, c’est que j’ai avec lui une relation constante. Mon agir est une expression de la « crainte de Dieu », c’est-à-dire de cet amour qui craint de blesser l’être aimer. C’est tout le sens du « Aime et fait ce que tu veux » de Saint Augustin. Et je pense qu’il serait le dernier à affirmer qu’il n’y a pas d’acte intrinsèquement mauvais : sinon, il n’aurait pas changé radicalement sa conduite morale. Saint Augustin est l’exemple même que l’amour authentique de Dieu, conduit à un changement du comportement. Changement oui, mais vers quoi ? Tous les saints ont eu un amour radical de Dieu, mais leur comportement moral était également radical. Cela devrait nous « interpeller » comme on dit aujourd’hui.

    Le fait est que la morale est quelque chose qui n’est pas abstrait. Pas plus que l’amour est abstrait. La morale est incarnée, parce que nous sommes fait de chair, de même que l’amour s’exprime de manière incarnée. Il ne faut pas ici confondre la motivation de l’agir et l’agir. Si ma motivation est de plaire à Dieu, je dois rechercher ce qui plait à Dieu pour agir en conséquence. Or il y a des choses qui ne plaisent pas à Dieu. La Sainte Ecriture nous le révèle à longueur de pages. Par exemple : l’adultère (David avec Bethsabée par exemple), l’idolâtrie (les juifs dans le désert), le non respect des choses divines (Jésus chassant les marchands du Temple), le refus définitif de la volonté divine (le péché contre l’Esprit, donc le premier exemple est le suicide de Judas), le détournement des commandements divins à notre profit (Jésus dénonçant la pratique du « korban » sur les biens destinés à l’entretien des parents, ce qui contrevient au 4e commandement) etc…

    L’Evangile nous conduit sur un chemin consistant à découvrir personnellement l’amour et la volonté de Dieu. Il y a une progression dans cet amour, mais, comme Saint Augustin, cette connaissance progressive de l’amour de Dieu amène également à une transformation progressive de notre agir moral. La grâce divine qui devient de plus en plus efficace au fur et à mesure que nous progressons, nous permet de mettre en conformité nos pensées et nos actes.

    Voilà, désolé d’avoir été aussi long 😉

    ps : raaah, et cesse d’utiliser ce « Soyons sérieux » voltairien, qui n’est pas un argument, n’apporte rien au débat et ne peux qu’agacer le lecteur qui n’est pas d’accord avec toi…

    • @ Skeepy
      Je me dois d’être au contraire un peu rapide (dimanche familial oblige), mais il me faut me rappeler que Dieu n’interdit absolument pas de manger de l’arbre qui est au centre du jardin.
      Il y a mention de deux arbres particuliers dans le jardin : l’arbre de vie et celui de la connaissance du bien et du mal.
      Le premier est au centre, et aucune interdiction n’est faire à son sujet. Seul le second nous est interdit, mais son emplacement n’est pas précisé. Si ça se trouve, il est en périphérie.
      D’ailleurs, quand le serpent tente la Femme, celle-ci confond les deux arbres. Est-elle dans l’erreur, ou Adam lui a-t-il mal répété l’interdiction divine (puisque Eve fut créée APRES celle-ci) ?
      Il est donc très révélateur pour le sujet qui nous occupe que 99% des gens confondent également les deux arbres (ou ne se souviennent que d’UN arbre). Ne plaçons-nous pas inconsciemment l’interdiction au centre de notre religion ? N’accordons-nous pas plus d’importance à la connaissance du bien et du mal qu’à l’arbre de vie, dont les fruits nous sont permis (et il semble, d’après un ami dominicain qui avait bossé le sujet, que « connaissance du bien et du mal » doive se comprendre « possession pleine et entière du monde») ?
      Bref, une lecture attentive de la Genèse nous apprend beaucoup sur notre propre vision des « interdictions » divines… Dieu nous enseigne que vouloir posséder le monde est mortifère, surtout si cela nous détourne de l’arbre de vie…

      Du reste, à la fin, maintenant que l’homme est comme lui, Dieu le prévient qu’il n’étendra pas la main vers l’arbre de vie… dont il n’a pas mangé le fruit, alors qu’il lui était autorisé…

      • « Tu peux manger de tous les arbres du jardin,; mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras tu mourras certainement » (Gn, 2, 15-17). Le futur est utilisé dans l’Ancien Testament pour les injonctions divines. Il s’agit donc bien d’une interdiction, accompagnée d’une mise en garde « tu mourras » : car le fait de vouloir se mettre à la place de Dieu conduit logiquement à une rupture des liens avec Lui, donc à la mort (puisqu’il est la source de la Vie).

        Est-ce que le fait qu’Eve se trompe d’arbre est révélateur de quoi que ce soit, si ce n’est de l’incertitude que le serpent a déjà commencé à inscrire dans son âme ? Je ne sais pas… j’aurais du mal à en dire quoi que soit.

        Les interdits moraux dans le christianisme, ne sont qu’une conséquence logique de l’aspiration au bien : si je veux faire le bien, il est logique que je fasse ceci et dont que j’évite de faire cela. Ex : si je veux faire le bien, je dois aimer mes parents, ce qui a pour conséquence que je ne dois pas les insulter, car ce serait illogique.

        Les interdits s’inscrivent dans une pédagogie divine qui était collective avec la loi de Moise, mais qui devient individuelle et personnelle avec le christianisme. C’est tout le sens de la loi de gradualité 😉

    • @Skeepy
      Je te rejoins – et rejoins en même temps Baroque, dont je perçois le libéralisme sournois qui sommeille en lui 😉

      Mais j’accorde une plus grande importance que toi à la confusion d’Eve (qu’elle soit due à elle-même, au serpent… ou à Adam, ça n’a que peu d’importance : le diable existe-t-il ou est-il en nous… ?).

      Car cette confusion, partagée par beaucoup (fais un sondage : demande qu’on te raconte cet épisode et compte le nombre de personnes qui te diront qu’il y a deux arbres, lequel est au centre, etc. Tu seras édifié), signifie que l’interdiction prend une place centrale dans la vision du christianisme. Et cette importance de l’interdit est dénoncée par les anti-chrétiens et au contraire promue par les chrétiens disons, un peu zélés.

      Au fond, si nous étions éclairés, rationnels et logiques, et surtout toujours aimants, nous n’aurions pas besoin de morale.

      @ baroque
      « S’il y a bien une tendance qu’on discerne dans l’Évangile en matière de morale, c’est la transition d’une morale qui sépare les actes purs et les actes impurs (celle de l’Ancien Testament, même si l’on y trouve déjà des éléments qui annoncent la suite) vers une « morale » (et je ne sais pas si l’on peut parler de morale à ce niveau-là) qui érige en seul critère la relation d’amour que nous entretenons avec Dieu et notre prochain.

      C’est très embêtant, parce qu’à partir de là, il n’y a plus de morale objective, et même plus de morale à proprement parler. C’est très fragile, tout repose sur la liberté et la responsabilité de chacun, sur la façon qu’il a d’envisager Dieu et le prochain. »

      C’est très libéral, ce que tu dis là 😉

  2. Bonjour à vous deux,

    J’avais d’abord commencé un commentaire qui allait être aussi long que celui de Skeepy 😉 et puis cette saleté d’internet ou de WordPresss m’a coupée dans mon élan et les mille mots déjà tapés ont purement et simplement disparu.

    Vous avez raison tous les deux car vous ne regardez pas la question du même côté.

    Skeppy a raison : les actes mauvais sont mauvais et les bons sont bons.

    Baroque aussi a raison mais le côté copié/collé d’un forum ne lui a probablement pas permis d’être précis : Baroque en évoquant la relation avec Dieu, parle de CEUX qui posent les actes et du jugement de Dieu sur eux.

    Celui qui commet un meurtre n’est pas, définitivement, un meurtrier. Il peut avec un repentir sincère, réparer le dommage causé, prendre la ferme résolution de ne pas recommencer et il sera Réconcilié.

    L’Ancien testament dresse la liste des actes mauvais et le Nouveau testament annonce aussi le nouveau jugement : l’immense miséricorde de Dieu prêt à nous pardonnner pour peu que nous le Lui demandions.

    L’adultère est mauvais mais Jesus refuse de lapider la femme adultère. Il pardonne aussi à Marie-Madeleine. Il n’approuve pas les actes : il pardonne à leurs auteurs qui les regrettent.

    Je me souviens enfin de Mr Lustiger qui tonnait en chaire que nous, bons chrétiens, devons craindre le jugement de Dieu qui ne serons pas jugés à la même aune que celle qu’il appliquera à ceux qui ne le connaissent pas.

    La morale peut être un guide pour nous chrétiens, et encore, soyons vigilants. L’adultère et l’avortement ne sont plus des crimes dans la morale d’aujourd’hui. Le vol non plus lorsqu’il s’agit de se faire rembourser par la Sécurité sociale l’aspirine qu’on se fait prescrire pour remplir sa pharmacie. Le vol non plus lorsqu’il s’agit de télécharger pour des besoins privés des musiques ou des programmes.

    Non seulement la morale est évolutive, mais en plus, elle peut conduire au pharisianisme, à l’auto satisfaction ….

    Heureusement que Dieu est miséricordieux.

  3. J’ai lu autrefois, chez Peter Brown, que cette équivalence entre l’acte et la sanction avait été inventée dans le feu de l’évangélisation de l’Irlande à destination d’un peuple encore païen qu’il fallait convaincre du bien-fondé de la vraie foi, de toutes les façons si celui qui vit doit se poser à chaque pas la question de savoir si Dieu l’approuve il peut raccrocher les crampons de l’existence dans le vestiaire et attendre la mort assis sur un fauteuil, ce sera certainement une vie sans faute aucune et la question posée par la parabole de Jésus reviendra ; qu’as-tu fait de ton talent ?

  4. Pour répondre de manière très générale à la plupart des commentateurs, le problème que pose l’idée (classique) de morale est le jugement des actes. Par exemple, l’auteur évoquait le « intrinsèquement mauvais » qui nous vient du thomisme. Selon cette théorie, un acte est dit intrinsèquement mauvais si quelque soient le contexte, les circonstances, il ne peut être bon. Par exemple, la masturbation. Mais l’homicide n’est pas intrinsèquement mauvais car il peut y avoir des justifications comme… la peine de mort. Rappelons-nous les bûchers! Ce n’est qu’après que toute l’Europe ait aboli la peine de mort que l’Eglise a parlé de la peine de mort en des termes très critiques. Idem pour la torture, saint Thomas d’Aquin justifiait la torture au nom de la vérité (cf son commentaire de Job), et là encore ce n’est qu’à partir du XIXème siècle, bien après l’abolition de la torture sous l’influence des Lumières, que l’Eglise ait commencé à parler de la torture comme intrinsèquement mauvaise. Je peux citer bien d’autres exemples….

    Le problème de la morale est de savoir reconnaître tel ou tel caractère d’un acte posé. Bergson soulignait que la vie était infiniment plus riche que toute théorie morale et défendait (avec Péguy) une morale « souple », ce que défendra aussi Péguy : «Les méthodes souples, les lois souples, les méthodes souples sont les plus sévères étant infiniment plus serrées.»

    Par ailleurs, l’idée de jugement implique celle d’un juge. C’est une attitude extrêmement ambivalente puisque d’un côté il s’agit de discerner, et de l’autre, il y a la pensée de domination, de dire le « je » à la place d’autrui. Une attitude potentiellement très violente. Paul Ricoeur a écrit des pages très intéressantes sur ce sujet. Et d’expérience, les chrétiens n’ont pas moins tendance que les autres à juger les autres. Ce type de jugement est même parfois plus pervers puisque enrobé de charité doucereuse.

  5. @Skeepy

    Merci de cette longue réponse, et heureux de voir que nous tombons d’accord sur un certain nombre de points !

    En fait, non, tu ne résumes pas bien ma pensée quand tu dis que pour moi « tout acte est intrinsèquement bon et que sa qualification morale dépend de l’intention ou de l’amour qui le motive ». Ce qu’il me semble, c’est que la question du bien et du mal ne se pose pas au niveau des actes. Et à la limite, j’irais presque jusqu’à dire que l’acte en lui-même est neutre. Si je tue quelqu’un, ce qui compte aux yeux de Dieu, ce n’est pas l’acte, le meurtre en lui-même : c’est le fait que je me sois suffisamment détourné de Dieu pour commettre cet acte. L’acte ne vaut que comme signe de ma conversion, en somme (conversion manifeste ou non, les hommes de bonne volonté non chrétiens n’en sont évidemment pas exclus). C’est de cette manière que la controverse entre salut par la foi et salut par les œuvres me semble devoir être résolue.

    Je vois bien tout ce que cela a d’embêtant : à première vue, on ne peut pas fonder la vie en société sur ces bases-là. Si je prends l’exemple de la prison, je dirais que du point de vue chrétien, mettre quelqu’un en prison parce qu’il a tué n’a aucun sens. Or on ne peut pas demander au juge de laisser courir le criminel, sous prétexte qu’au fond, tout ce qui compte, c’est que le criminel se rapproche de Dieu. Néanmoins, il est du devoir du chrétien de dire et de redire que ce qui compte le plus, c’est que le criminel se rapproche de Dieu. Et à partir de là, il n’est pas interdit d’agir pragmatiquement, de faire tout notre possible pour empêcher le criminel de nuire à nouveau à son prochain… tout en faisant tout notre possible pour qu’il se rapproche de Dieu.

    Je crois que tu fais une erreur de perspective en écrivant « il est nécessaire de respecter [les commandements], avant de prétendre suivre le Christ » ou que les dix commandements sont un « préalable » à la vie chrétienne. Crois-tu que le jeune homme riche ne suivait pas le Christ avant de le rencontrer, quand il respectait les commandements ? Le commandement de l’amour est premier, il donne son sens à tous les autres. On ne peut respecter les commandements que parce qu’on vit déjà de l’amour de Dieu, respecter les commandements n’est pas un « préalable », une « condition » à l’accès à un niveau supérieur de relation avec Dieu.

    Je crois que tu ne vas pas assez loin dans ta vision du bouleversement apporté par le Christ sur le plan moral. Je maintiens qu’il apporte un changement de perspective radical, même s’il est déjà amorcé dans l’Ancien Testament, et en particulier dans les livres les plus récents. Ce qui est premier, ce n’est pas l’acte que je commets, c’est la relation d’amour que j’entretiens avec Dieu. Une fois cela posé, l’acte peut retrouver un sens comme signe de cette relation d’amour. Il n’y a plus de blasphème, ni même de blasphémateur, il n’y a qu’un homme qui se tient éloigné de Dieu.

    Tu fais à mon avis une lecture beaucoup trop littérale du récit du péché originel, mais je ne rentre pas dans les détails, ça nous emmènerait assez loin. Pour faire vite, je ne suis pas sûr du tout que le sens du récit du péché originel dans la Genèse soit : « il y a eu une faute initiale ».

    Sur le fait que l’homme ne soit pas juge de ces actes, précisément, c’est bien cela. Le seul juge, c’est Dieu dans sa relation personnelle avec chacun d’entre nous. Et dans cette relation personnelle, Dieu juge le fond de notre cœur, et non nos actes ; cela, c’est écrit quasi noir sur blanc dès les livres sapientiaux de l’Ancien Testament. L’Église est là pour nous aider à vivre cette relation personnelle avec Dieu. Pas pour nous dire ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire, toute inspirée qu’elle soit.

    Je ne te comprends pas quand tu parles de saint Augustin. Je n’ai écrit nulle part qu’il ne fallait pas changer de comportement, simplement que ce qui compte, ce qui est premier, ce sur quoi nous serons jugés, c’est la conversion du cœur. Conversion qui se traduit bien évidemment dans les actes, si elle est authentique.

    Je ne crois pas qu’il faille penser en termes de motivation. Si nous vivons dans l’amour, nous agirons selon l’amour. Les recommandations de l’Église, et celles de ceux à qui nous demandons conseil (parents, prêtres, amis…) peuvent bien évidemment porter sur les actes et pas immédiatement sur la relation avec Dieu (difficile d’ailleurs de parler de la relation à Dieu de manière immédiate…), et en changeant nos actes nous aimerons Dieu davantage, cela marche aussi dans ce sens-là, bien entendu.

    Pour finir, je suis entièrement d’accord avec ton dernier paragraphe (de « L’Évangile » à « nos actes »), ce qui tend à confirmer que nous sommes plus en désaccord sur la perspective et le vocabulaire que sur le fond. Pour le « soyons sérieux », j’implore ton indulgence, c’était sur un forum (sur lequel je ne suis pas revenu d’ailleurs, les réactions étaient, disons, moins intéressantes que celles que j’ai pu lire en commentaires ici !).

  6. @pourquoisecompliquerlavie

    Merci pour votre commentaire. Oui, la morale à titre de guide pratique, et en s’en méfiant beaucoup, pourquoi pas.

    @memento mouloud

    Oui, je crois qu’on perd moins de temps si l’on essaye dans un premier temps d’éclaircir un minimum notre relation à Dieu et aux autres, en agissant ensuite selon que l’Esprit nous inspire. Comme disait Mary Poppins, « pour bien faire il faut bien commencer ».

    @Bashô

    Merci pour votre commentaire. Tiens, cette citation de Péguy m’était restée en tête en le lisant l’année dernière 😉 Quant à Ricœur, pourriez-vous me dire où se trouvent les pages en question ?

  7. @baroque : je dois t’avouer que ton commentaire me laisse perplexe. Tu dis dans ce que l’on pourrait appeler la première partie que nos actes pourraient être neutres (en prenant les précautions d’usage); tu dis également qu’il n’y a plus de blasphème ni de blasphémateur seulement quelqu’un qui a manqué d’amour.
    Dans une seconde partie, tu admets le fait que progresser en amour suppose d’abandonner des conduites mauvaises pour bien agir. Cela me semble contradictoire.

    Le fait est que nous sommes des êtres incarnés : notre amour s’exprime dans nos actes et nos actes influent sur notre amour. Plus j’aime plus je le montre, plus je le montre plus j’aime et inversement. Nos actes et notre amour (« le moteur » de nos actions, si tu préfère ce terme à « motivation ») sont imbriqués et influent l’un sur l’autre.

    Honnêtement, je ne crois pas que l’on ait besoin de vivre de l’amour de Dieu pour savoir qu’il ne faut pas tuer, pas commettre d’adultère ou ne pas voler… si ces normes étaient purement judéo-chrétiennes ça se saurait. Par contre, qu’il s’agisse d’une expression de ce que nous somme faits à l’image et ressemblance de Dieu, ça oui. Mais je ne crois pas qu’une personne qui ne respecterais pas ces commandements serait très réceptif à l’amour de Dieu et pourrait aisément suivre le Christ.

    Comment expliquer qu’une personne qui s’éloigne de l’amour de Dieu en vient nécessairement à ce genre d’actes et pas à l’inverse ? Si je commet ces actes lorsque je m’éloigne de Dieu, c’est bien que ce sont des actes mauvais ! Ils sont l’expression universelle de notre éloignement de Dieu. Un homme qui s’éloigne de Dieu ne va pas honorer Dieu en allant à la messe, il aura plutôt tendance à blasphémer; un homme qui rejette la dignité de l’homme aura tendance à le tuer plutôt qu’à en prendre soin. C’est bien qu’il s’agit là de l’expression du mal et qu’il ne peuvent servir à rien d’autre. Je ne peux pas honorer Dieu ou exprimer la dignité de l’homme en le tuant… car ainsi je détruit l’image de Dieu qu’il y a en lui.

    Je ne peux pas dire d’un côté : ce sont des actes neutres ou qui ne sont pas intrinsèquement mauvais et de l’autre dire que progresser en amour de Dieu suppose d’abandonner ces agissements, c’est totalement illogique.

    • Je ne crois pas que ce soit contradictoire. L’acte ne vaut pas en lui-même, l’acte n’existe pas au plan moral si on le pense en dehors de la relation d’amour qui lie la personne humaine à Dieu. Donc définir des catégories d’actes intrinsèquement mauvais est une très mauvaise manière de faire de la morale – à mon humble avis.

      « Honnêtement, je ne crois pas que l’on ait besoin de vivre de l’amour de Dieu pour savoir qu’il ne faut pas tuer, pas commettre d’adultère ou ne pas voler… si ces normes étaient purement judéo-chrétiennes ça se saurait. »

      Au contraire, je crois qu’on a besoin de vivre de l’amour de Dieu – consciemment ou non, la question n’est pas là – pour savoir ces choses-là. Qu’on s’inscrive ou non dans la tradition judéo-chrétienne, d’ailleurs. On peut d’ailleurs « oublier » ces choses-là très facilement, hélas.

      « Si je commet ces actes lorsque je m’éloigne de Dieu, c’est bien que ce sont des actes mauvais ! » Non : ces actes sont mauvais parce que m’éloigne de Dieu en les commettant ! 😉 Le fait qu’ils m’éloignent ou me rapprochent de Dieu est le seul critère permettant de les évaluer au point de vue moral.

      C’est bien pour cela que je suis très sceptique quant à la définition d’une « morale naturelle ». Celui qui agit bien (quelle que soit sa religion ou ses convictions) aime Dieu, qu’il le veuille ou non. Mais dire aux hommes « faites cela, c’est ce qui est bien » avant de leur avoir montré l’amour de Dieu, ça n’a absolument aucun sens.

      Pour finir… non, ce n’est pas illogique, c’est un renversement de perspective, c’est tout ! Par exemple, progresser en amour de Dieu ne « suppose » pas d’abandonner ces agissement, cela « se traduit par » l’abandon de ces agissement.

  8. Il y a cet article qui vient de sortir et qui recouvre un peu la discussion : http://www.americamagazine.org/blog/entry.cfm?blog_id=2&entry_id=3670

    C’est une analyse (adaptée au format journalistique) critique d’un livre (qui avait fait beaucoup de bruit) sur ce que les théologiens anglophones appellent le « Moral Therapeutic Deism » (MTD) qui caractérise l’attitude religieuse de la plupart des jeunes (et des vieux). Pour résumer très grossièrement, la MTD est le suivi d’un code moral (les actes bons vs mauvais) dont la finalité est de se sentir meilleur dans les deux sens du terme (d’où le terme thérapeutique) et sous-tendu par une vision de la divinité comme étant radicalement éloignée de la réalité et qu’on consulte essentiellement pour s’éloigner du réel, du quotidien. C’est donc un déisme.

    Je renvoie à une note d’un autre blog sur le même sujet : http://jeffkeuss.com/2010/10/03/the-danger-of-mtd-moral-therapeutic-deism-to-youth-ministry-but-not-what-you-think/

    Pour la petite histoire, L’auteur de l’article est un jeune théologien très doué fondateur d’un site très vivant étudiant le rock d’un point de vue théologique : http://www.rockandtheology.com/ De même, Jeff Keuss fait des réflexions extrêmement intéressantes sur la pop culture. Cela donne une idée de la vitalité sans commune mesure de la théologie américaine et combien intellectuellement l’Eglise de France a un côté vieillot pour reprendre une remarque du père général jésuite.

  9. Baroqueetfatigué> Pour Paul Ricoeur, je crois que c’est dans « Soi-même comme un autre » mais pour les pages exactes, pourriez-vous me laisser le temps des vacances pour les retrouver. 🙂

  10. Skeepy> « Je ne peux pas honorer Dieu ou exprimer la dignité de l’homme en le tuant… car ainsi je détruit l’image de Dieu qu’il y a en lui. » C’est pourtant ce qu’on n’a cessé de faire tout en invoquant le nom de Dieu.

  11. Je dois certainement être très mauvais mais je ne trouve votre mail nulle part sur le blog, je pose donc ma question ici, même si j’ai bien conscience d’être complètement hors sujet : Il y a un certain temps vous avez posté je crois un extrait de Marinetti, ce doit être un passage du manifeste , dans lequel apparaissait une image comme « aviateurs descendus de leurs avions, cavalier descendus de leurs montures » ou quelque chose comme ca, ca m’avait marqué mais impossible de retrouver l’extrait en question.

    Ça vous dit quelque chose ?

    sinon tans pis, en tous les cas, merci.

    • Pas vraiment le temps, et certaines réactions ne me donnent pas envie de continuer. J’ai eu ma période « forums », mais elle est loin derrière moi…

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