À propos de l’ethnie, ou d’autre chose

« […] Ainsi est-il parfaitement légitime de se revendiquer comme Peul ou Bambara. Ce qui est contestable, en revanche, c’est de considérer que ce mode d’identification a existé de toute éternité, c’est-à-dire d’en faire une essence. Un ethnonyme peut recevoir une multitude de sens en fonction des époques, des lieux ou des situations sociales : s’attacher à un de ces sens n’est pas condamnable ; ce qui l’est, c’est d’affirmer que ce sens est unique ou, ce qui revient au même, que la série de sens qu’a revêtue la catégorie est achevée. […] »

Jean-Loup Amselle, « Ethnies et espaces : pour une anthropologie topologique », dans J.-L. Amselle et Elikia M’Bokolo, Au cœur de l’ethnie, La Découverte, 1985, p. 38.

 « […] Pourquoi faut-il absolument que « les Bambaras » soient quelque chose, bêtes ou méchants, rustres ou philosophes, paisibles ou sanguinaires, etc. ? Double illusion : d’abord ou suppose qu’être désignés d’un même nom est le signe assuré de quelque consubstantialité fondamentale, alors qu’il suffit, par exemple, d’occuper une même position au regard d’un tiers. On suppose ensuite qu’un Bambara ne saurait piller ou penser qu’en vertu de cette nécessité immanente, de ce « quelque chose » – nature, destin ou vocation – qui définit sa spécificité. C’est la bambaraïté qui fait agir le Bambara et inversement chacun de ses actes la signifie : terrible logique de l’imputation, telle qu’elle est à l’œuvre dans toute lecture méta-sociale (raciste ou autre) de la réalité sociale. […] »

Jean Bazin, « À chacun son Bambara », dans J.-L. Amselle et E. M’Bokolo, id., p. 90.

2 réflexions sur “À propos de l’ethnie, ou d’autre chose

  1. Le nom collectif puise sa force dans une société et une culture dans un imaginaire partagé. Il ne dit rien de la personne dans sa relation à l’autre. Il y a des Français, des Espagnols, des Incas, difficile de ne pas le reconnaître. La question n’est pas celle de l’identité collective d’une société ( en tout cas pas à ce niveau) mais du jugement global que l’on porte sur un plan moral sur tel ou tel groupe ethnique ou culturel en partant bien sur de son propre point de vue.

  2. L’autre réifié, rendu à l’incarnation esthétisée dans la photo ou la caricature du négatif…. En ces temps sombres où la France écoute les fascinés d’une identité fantasmatique, il serait bon de retrouver raison

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